Afghanistan: de très prudentes réactions face au nouveau gouvernement des talibans

Un homme vend des drapeaux talibans à Kaboul. (Image d'illustration)
Un homme vend des drapeaux talibans à Kaboul. (Image d'illustration) AP - Khwaja Tawfiq Sediqi

Les talibans ont dévoilé leur gouvernement le 7 septembre en fin d'après-midi, un gouvernement dirigé par un de leurs responsables, Mohammad Hassan Akhund. Un gouvernement exclusivement composé de talibans, et sans aucune femme. Le chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, leur a déjà demandé faire respecter la charia dans le pays. Les réactions internationales sont d'une grande prudence.

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Ce qui ressort surtout, c’est que ce gouvernement est « exclusivement composé de membres des talibans ou de leurs proches alliés », résument les États-Unis. Un gouvernement ni « inclusif » ni « représentatif », contrairement à ce que « les talibans promettaient ces dernières semaines », a regretté l’Union européenne. Les États-Unis se disent « préoccupés », mais prêts à juger les talibans « sur leurs actes ».

En visite sur la plus grande base américaine à l'étranger, à Ramstein en Allemagne, le secrétaire d'État américain Antony Blinken a retrouvé son homologue Heiko Maas mercredi. Les deux hommes ont discuté avec d'autres pays de la réponse à donner au nouveau régime des talibans. Il s'agissait aussi pour Washington et Berlin d'afficher leur unité alors que l'Allemagne, deuxième force présente en Afghanistan, n'a pas apprécié de ne pas avoir été informé par les USA de leur retrait accéléré, rapporte notre correspondant à Berlin, Pascal Thibault.

« Les talibans recherchent une légitimité internationale. Ils devront d’abord la gagner », a lancé Antony Blinken, qui comme son homologue allemand, attend des nouveaux dirigeants afghans qu’ils satisfassent différentes exigences : un gouvernement incluant des personnalités qui n’appartiennent pas à leur mouvement, l’assurance que les Afghans qui le souhaitent puissent quitter leur pays, le respect de certains droits fondamentaux notamment ceux des femmes et des minorités.

Malgré ces exigences adressées à Kaboul, Anthony comme Heiko Maas ont admis que des contacts avec les talibans avaient lieu et étaient indispensables pour négocier l’évacuation d’autres personnes du pays mais aussi permettre à l’aide humanitaire particulièrement nécessaire de parvenir aux populations qui en ont besoin.

Prudence

Même son de cloche du côté du Qatar, depuis des années au cœur des tractations diplomatiques dans le dossier : les talibans doivent être « jugés sur leurs actions publiques ». La Turquie, en pleine discussion sur la réouverture de l’aéroport de Kaboul, a été encore plus prudente : « Nous ne savons pas combien de temps ce gouvernement temporaire va durer. Notre devoir est de suivre ce processus avec attention ».

Ce que remarque surtout Pramila Patten, la responsable d’ONU femmes, c’est l’absence de femmes dans ce gouvernement qui fait « douter du récent engagement à protéger et à respecter les droits des femmes et des filles d’Afghanistan ». Ce gouvernement taliban, le secrétaire d’État américain Anthony Blinken va en discuter avec les ministres de vingt pays occidentaux cet après-midi en Allemagne : il s'agit de coordonner une réponse à l’arrivée des talibans à Kaboul, alors que, selon l’ONU, l’économie afghane est à deux doigts de s'effondrer.

De son côté, la Chine, voisine de l'Afghanistan, a salué la composition à Kaboul de ce gouvernement intérimaire, une mesure qui met fin, selon Pékin, à « trois semaines d'anarchie » dans le pays. Et constitue « une étape importante pour le rétablissement de l'ordre dans le pays et sa reconstruction », a indiqué devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin.

« Illégitime »

Enfin, le Front national de résistance (FNR), emmené par le fils du légendaire commandant Massoud dans la vallée du Panshir, a qualifié d'« illégitime » le nouveau gouvernement taliban, qui sera dirigé par Mohammad Hassan Akhund, un ancien proche collaborateur du fondateur du mouvement, le mollah Omar, décédé en 2013. Et presque tous les membres appartiennent à l'ethnie pachtoune. Plusieurs des nouveaux ministres, dont certains étaient déjà très influents sous le précédent régime taliban, figurent sur des listes de sanctions de l'ONU. Quatre sont passés par la prison américaine de Guantanamo. Le Premier ministre, Mohammad Hassan Akhund, est connu pour avoir approuvé la destruction en 2001 des bouddhas géants de Bamiyan (centre), selon Bill Roggio, rédacteur en chef du Long War Journal (LWJ).

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