Chine: les acteurs «poules mouillées» et les chanteurs «efféminés» interdits à la télévision

Des fans avant un concert sur le thème de la série télévisée chinoise «Word of Honor», à Suzhou,  le 3 mai 2021. Les billets se sont vendus en quelques secondes alors que le phénomène «L'amour des garçons» en Chine s'empare des streamers vidéo.
Des fans avant un concert sur le thème de la série télévisée chinoise «Word of Honor», à Suzhou, le 3 mai 2021. Les billets se sont vendus en quelques secondes alors que le phénomène «L'amour des garçons» en Chine s'empare des streamers vidéo. AFP - STR

Les autorités sont fâchées avec la « génération Z » en Chine. Parmi les mesures prises récemment par les régulateurs chinois, la directive interdisant la diffusion de clips comprenant des chanteurs jugés « trop efféminés » à la télévision a choqué une partie de la jeunesse. 

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De notre correspondant à Pékin,

Un gazouillis d’oiseaux à chaque message qui arrive sur son smartphone, celui que nous appellerons Jiao n’a pourtant plus beaucoup envie de chanter. « Je souffre d’insomnie et quand je pense à l’avenir qu’ils nous réservent, j’ai des envies suicidaires », dit-il. 

Ses chanteurs préférés ont disparus des karaoké, les visages de garçons « trop » maquillés dans les séries télé sont désormais floutés. « Cette culture malade a un impact négatif considérable sur notre jeunesse » affirme l’agence officielle Xinhua. Pour les censeurs, les « Xiaoxien Lou » ( « beaux jeunes hommes » ), ces célébrités masculines jugées trop féminines, seraient une menace à la culture traditionnelle chinoise.

Retour en arrière

Les aspirations de la génération de la croissance et du temps libre en Chine, comme chez les voisins coréens a souvent suscité de l’incompréhension chez les grands-parents qui ont connu les horreurs de la « révolution culturelle » ou chez les parents qui ont connu les efforts de l’ouverture au capitalisme. Mais cette fois, cela va au-delà des différences intergénérationnelles. Les attaques viennent directement de l’État et des conservateurs qui critiquent une jeunesse chinoise qualifiée de « désœuvrée » et « sans ambitions ». Les premiers concernés, y voient surtout la marque d’un retour en arrière.

« C’est pour moi le signe que notre société recule, souligne Jiao. Et c’est une régression qui s’accélère. Ils refont la "révolution culturelle", ils ont besoin d’ennemis à attaquer et ils s’en prennent à ceux qui sont différents. Ils pensent que les minorités sexuelles, les transgenres, par exemple, sont des produits de la culture occidentale. »

Les associations LGBT de certaines universités ont vu récemment leurs comptes bloqués. Et au-delà de la discrimination des minorités sexuelles, il s’agit aussi de mettre au pas les stars dénuées d’un « comportement exemplaire » pour la jeunesse. L’arrestation du rappeur sino-canadien Kriss Wu, cet été, et la disparition médiatique de l’actrice Zhao Wei, début septembre, ont été très commentées sur les réseaux sociaux.

« Hommes fleurs »

Les partisans d’une « normalisation » du secteur culturel ont aussi une arrière-pensée politique dans cette campagne de régulation. Il s’agit enfin de briser les idoles venues d’ailleurs qui s’opposeraient au « rêve chinois» et la « renaissance de la nation » promus par le chef de l’État. L’influence de la culture occidentale ferait concurrence aux valeurs viriles et patriotiques du parti, et les « hommes fleurs » de la Kpop, à l’image du groupe BTS qui fait des émules dans toute l’Asie y compris en Chine, ainsi que les « jeunes garçons magnifiques » de la pop japonaise poseraient désormais un problème aux nationalistes. Ces attaques contre les groupes « aux pantalons de poules mouillées » ont d’ailleurs eu un écho jusqu’en Corée du Sud. Et l’ambassade de Chine à Séoul a dû publier ce mercredi un communiqué assurant que la directive contre les célébrités « ne vise aucun pays en particulier ».

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