Afghanistan: pour l'ONU, l'aide humanitaire doit être un levier sur les talibans

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le 13 septembre 2021 à Genève, en Suisse.
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le 13 septembre 2021 à Genève, en Suisse. AP - SALVATORE DI NOLFI

Lors d'une conférence internationale à Genève, en Suisse, lundi 13 septembre, les Nations unies (ONU) ont indiqué avoir enregistré plus d'un milliard de dollars de dons pour aider l'Afghanistan, en proie à une catastrophe humanitaire. Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, veut que ces moyens servent à « faire progresser les droits de l'Homme » dans le pays.

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Avec le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan, les craintes sont nombreuses quant au respect des droits humains, en particulier pour les femmes. Une catastrophe humanitaire est redoutée : la quasi totalité des Afghans pourrait tomber sous le seuil de pauvreté d'ici 2022.

L'Afghanistan était au cœur de la réunion ministérielle de haut niveau qui s'est tenue lundi 13 septembre à Genève, sous l'égide des Nations unies. L'objectif était de lever une aide financière d'urgence pour le pays. Dès le début de la séance, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a rappelé à l'ordre les délégués des États-membres, un brin dissipés, rapporte Jérémie Lanche. Ils les a surtout appelés à prendre leurs responsabilités, car 11 millions d'Afghans sont en attente d'aide humanitaire.

Les moyens financiers sont arrivés : l'ONU a reçu plus d'un milliard de dollars de dons. Et elle a une idée de la façon dont cette manne doit être utilisée. Il n'y a, aux yeux d'Antonio Gueterres, aucun intérêt à imposer des sanctions aux nouveaux maîtres de Kaboul.

« Un certain nombre de droits élémentaires doivent absolument être respectés »

Dans un premier temps, le secrétaire général de Nations unies a rappelé qu'il est « très important de discuter avec les talibans en ce moment », car il est « impossible de fournir une assistance humanitaire sans discuter avec les autorités de facto du pays ».

Antonio Guterres a ensuite souligné que l'aide humanitaire seule ne pourra pas régler les maux de l'Afghanistan : « Tout ce que nous avons, c'est notre engagement pour le peuple afghan. Alors, imaginer un seul instant que les Nations unies vont pouvoir régler des problèmes vieux de 20 ans, qui n'ont pas été réglés par des centaines de milliers de soldats venus de je ne sais combien de pays, c'est tout simplement un non-sens. »

Fidèle à ses premiers mots, Antonio Guterres a appelé à ce que l'aide humanitaire soit un moyen de peser sur les décisions des talibans. « Si nous voulons faire progresser les droits de l'Homme pour le peuple afghan, le meilleur moyen est d'aller de l'avant avec l'aide humanitaire, de dialoguer avec les talibans et de tirer avantage de cette aide humanitaire pour pousser à la mise en œuvre de ces droits. »

Et d'ajouter : « Il ne faut pas se faire d'illusion, nous n'essayons pas de transformer l'Afghanistan en Suède ou même en Suisse. Mais nous savons qu'il y a un certain nombre de droits élémentaires qui doivent absolument être respectés. »

Les talibans, eux, ont assuré à l'ONU qu'ils faciliteront l'accès humanitaire. Antonio Guterres a espoir que les nouveaux maîtres de Kaboul tiennent leurs engagements. Il espère aussi ne pas voir les institutions internationales continuer de bloquer les réserves de la banque centrale afghane, afin qu'une crise monétaire ne vienne pas se greffer aux crises politique, économique et humanitaire. Si l'économie afghane reste privée de liquidités, dit Antonio Guterres, les conséquences seraient « dévastatrices » avec le risque d'un exode massif de la population vers les pays de la région.

« Les banques sont fermées et tous les virements sont interrompus. La population n'a plus accès au minimum vital, ni à la nourriture, ni au bois avec l'hiver qui arrive, ni aux vêtements. C'est un désastre humanitaire qui va s'aggraver dans les mois qui viennent si aucun plan n'est mis en place. »

Viktor Urosevic (ONG Emergency) sur la crise humanitaire à Lashkar Gah, en Afghanistan

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