Chine: non-lieu dans l’affaire Xianzi, figure du mouvement #MeToo

Zhou Xiaoxuan devant le tribunal de Haidian au nord de Pékin le 14 septembre 2021.
Zhou Xiaoxuan devant le tribunal de Haidian au nord de Pékin le 14 septembre 2021. REUTERS - TINGSHU WANG

Un tribunal de Pékin a jugé irrecevables les accusations de harcèlement sexuel d’une ex-stagiaire de la télévision centrale de Chine à l’encontre d’un présentateur vedette de la chaîne.

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De notre correspondant à Pékin,

Il est plus de 23h et Zhou Xiaoxuan se tient debout dans la lumière des caméras et des téléphones portables qui filment la scène. Comme pour l’ouverture du procès, il y a plus de neuf mois, ce deuxième et dernier jour d’audience se tenait à huis clos. Ce qui n’a pas empêché plusieurs dizaines de soutiens de faire le déplacement pour assister à l’épilogue d’un procès que beaucoup qualifient d’historique pour le mouvement #MeToo, encore balbutiant en Chine

Fleurs et code civil

Comme à son arrivée, Zhou Xioxuan est ressortie du tribunal avec des fleurs et le code civil à la main. La jeune femme déplie une feuille froissée et remercie celles et ceux qui ont patienté pendant près de dix heures devant le tribunal de Haidian. Ce grand district du nord de Pékin accueille les universités prestigieuses de la capitale chinoise et le siège des fleurons de la high-tech.

Derrière les masques, des visages jeunes marqués par l’attente et l’émotion. Cela fait trois ans que l’ancienne stagiaire à la télévision d’État est sortie du silence. Trois ans de lutte juridique et de pressions pour tenter de la faire renoncer à sa plainte contre Zhu Jun qu’elle accuse d’avoir voulu l’embrassé et de l’avoir tripoté dans la salle de maquillage. Âgé de 57 ans, le présentateur vedette est connu jusque dans les villages les plus reculés du pays, pour avoir notamment présenté pendant dix ans les galas du Nouvel An lunaire de CCTV, l’émission la plus regardée de la planète.

La scénariste de 27 ans a tenu bon, mais ce mercredi soir, c’est la douche froide. Xianzi a perdu son procès. Les juges ayant statué sur un non-lieu « faute de preuves ». « Je pense que je ne peux pas faire plus, déclare alors la jeune femme avec des sanglots dans la voix. Trois années sont passées depuis que j’ai osé déposer plainte. J’avais 21 ans au moment des faits. J’en ai 27 aujourd’hui. Je ne peux pas revenir en arrière. Mais nous irons peut-être en appel, parce que les juges n’ont pas voulu enquêter sur les preuves que nous avons présentées. »

Absence de preuves

Les « preuves sont insuffisantes » pour poursuivre, a déclaré la cour, mais selon la plaignante déboutée, les juges auraient refusé de prendre en considération plusieurs éléments de l’accusation.

Le tribunal a rejeté notamment la demande de Xianzi de faire une deuxième analyse ADN de ses vêtements, note Darius Longarino, expert en droit chinois. Le tribunal a déclaré qu'il n'y avait plus d'échantillon à tester, ce qui laisserait entendre que ses vêtements ont été perdus ou détruits. Même refus d’examiner les enregistrements des caméras de surveillance filmant l’entrée de la salle de maquillage ou encore d’écouter l’enregistrement de l’interrogatoire des parents de la plaignante. Ces derniers affirment que les policiers ont tenté de les dissuader de déposer plainte. Xianzi reproche également à Zhu Jun de ne s’être jamais déplacé à l’audience. Ce dernier ayant déposé plainte pour diffamation à l’encontre de son accusatrice.

David contre Goliath, la frêle silhouette de la jeune femme est apparue en l’espace de quelques mois comme un véritable bulldozer mettant en avant le droit des femmes en Chine. Car la cause des femmes est aussi une affaire d’hommes, expliquent les participants. Surgit alors un jeune homme rondouillard dont le masque de chirurgien donne l’impression d’un timbre posé au milieu de la lune. Celui-ci tient une pancarte sur laquelle est inscrit en gros caractères : « Restons solidaire ! » « Je suis transgenre et le courage de Xianzi est très important dans l’époque que nous vivons », explique-t-il alors que trois inconnus sont en train de le filmer.   

Nationalistes rouges

Garçons à boucle d’oreilles et filles aux cheveux bleus se tiennent à l’écart de l’autre côté de la rue. La communauté LGBT en marre d’être regardée de travers. Victime de discriminations institutionnelles, elle s’est mobilisée depuis le début pour soutenir celle qui vient de perdre son procès. « Nous n’avons pas d’autres choix que de nous défendre, et Xianzi montre l’exemple », assure encore un jeune homme qui comme les autres préfère rester anonyme. « N’abandonnez pas trop vite, ce combat est aussi le nôtre ! », lit-on encore en petits caractères blancs sur le t-shirt noir d’une employée de la high-tech.

Ces échanges sur le droit à l’égalité et la liberté des genres a lieu également sur les réseaux sociaux, très vite harmonisés par la censure.  « C’est dangereux d’être féministe en Chine ? », demande alors la correspondante d’un média anglo-saxon à une étudiante présente dans le public. « Bien sûr, répond cette dernière. Il suffit pour s’en convaincre de regarder autour de nous ». Les micros et les caméras sont alors de nouveaux entourés par des agents en civil et des inconnus viennent contester les déclarations des interviewés.

Ces « nationalistes rouges » qui soutiennent le camp conservateur, font également beaucoup de bruit sur internet où ils n’hésitent pas à qualifier les féministes « d’armes à la solde de l’Occident ». Leurs propos ne sont pas censurés, alors que le réseau Sina-Weibo supprime en masse les publications qui mentionnent l’affaire judiciaire, à commencer par la vidéo des déclarations de Xianzi à la sortie du tribunal.

#MeToo a donc encore beaucoup de chemin à faire en Chine. Selon un rapport récent, seule 83 affaires de harcèlement ou d’agressions sexuels figurent dans les données publiques entre 2018 et 2020. Six victimes seulement auraient porté plainte.

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