Afghanistan: le ministère des Femmes devient celui de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice

La police religieuse a pris ses quartiers dans ce qui fut jusqu’à il y a encore un mois le ministère des Affaires féminines et qui est désormais le ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice, à Kaboul, le 17 septembre 2021.
La police religieuse a pris ses quartiers dans ce qui fut jusqu’à il y a encore un mois le ministère des Affaires féminines et qui est désormais le ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice, à Kaboul, le 17 septembre 2021. AFP - HOSHANG HASHIMI

Les talibans continuent de mettre leur régime en place depuis leur prise du pouvoir le 15 août. Vendredi, à Kaboul, ils ont fermé le ministère des Affaires féminines pour le remplacer par celui de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice.

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La police religieuse a pris ses quartiers dans ce qui fut jusqu’à il y a encore un mois le ministère des Affaires féminines. Sur le nouveau panneau accroché au fronton de la bâtisse, on lit désormais « ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice ».

« Les talibans font disparaître tout ce qui lié aux femmes afghanes »

« C’est malsain », s’insurge Samira Hamidi. La chargée de campagne sur l’Asie du Sud à Amnesty International dénonce l’initiative du nouveau régime fondamentaliste, rapporte notre correspondante à Islamabad, Sonia Ghezali. « Les talibans font disparaître tout ce qui lié aux femmes afghanes », dit-elle. Elle pose également la question de l’avenir des 1 500 employés du ministère, pour la plupart des femmes. Des dizaines d’entre elles se sont rassemblées devant la bâtisse vendredi 17 septembre pour exprimer leur désaccord. Elles ont été renvoyées chez elles. Les talibans ont exhorté les fonctionnaires à retourner travailler mais pas les femmes. Celles-ci ne peuvent travailler que dans des lieux où la ségrégation est mise en place.

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L'éducation des filles dans le flou

Les établissements scolaires dans le secondaire sont soumis aux mêmes règles. Ils rouvrent ce samedi leurs portes en Afghanistan, mais uniquement pour les garçons. L’Unicef a exprimé son inquiétude à ce sujet. Les filles ne sont pas explicitement privées d'éducation, elles n'ont tout simplement pas été mentionnées par le nouveau ministre de l'Éducation du gouvernement taliban, qui a annoncé que seuls les garçons de 12 à 17 ans, ainsi que leurs professeurs masculins, doivent reprendre le chemin de l'école.

Les femmes conservent certes le droit d'étudier à l'université, mais elles devront pour cela porter une abaya ainsi qu'un hijab et les cours se feront dans la mesure du possible en non-mixité. Par ailleurs, aucune femme ne figure au sein du nouvel exécutif provisoire présenté début septembre.

Pour les plus autres, maintenir le flou, l'incertitude quant à l'avenir des jeunes filles et des enseignantes femmes est depuis toujours une des stratégies employées par les talibans. Ils n'interdisent pas formellement l'éducation des filles puisque la connaissance, le savoir, sont des valeurs prônées par le Coran, mais ils conditionnent l'école à leur interprétation de la charia : classes séparées pour les filles et encadrées exclusivement par des enseignantes. Or, moins de 30% des professeurs en Afghanistan sont des femmes. Il est donc sous-entendu qu'il y a une impossibilité structurelle d'accueillir les filles à l'école, en tout cas celles qui entrent dans l'âge de la puberté. 

De fait, sous les talibans, les filles ont exclusivement accès aux madrasas, les écoles coraniques, prennent des risques en allant dans des écoles clandestines ou, pour les plus chanceuses, ont accès aux quelques écoles (pour filles) gérées par des ONG. 

L'enjeu aujourd'hui, c'est que la moitié du budget du ministère de l'Éducation provient de l'étranger. La question de l'école pour les filles sera donc au cœur des négociations entre les talibans et la communauté internationale. 

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Les talibans, en faveur d’une application stricte de la charia, la loi islamique, procèdent à des changements profonds dans le système administratif. Des changements qui rappellent leur régime de 1996. Certaines voix en Afghanistan dénoncent le retour à l’obscurantisme.

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