Indo-Pacifique: la relance du Quad, un outil contre la Chine?

Le Premier ministre australien Scott Morrison lors d'une réunion virtuelle du Quad avec le président américain Joe Biden, le Premier ministre japonais Yoshihide Suga et le chef du gouvernement indien Narendra Modi, le 13 mars 2021.
Le Premier ministre australien Scott Morrison lors d'une réunion virtuelle du Quad avec le président américain Joe Biden, le Premier ministre japonais Yoshihide Suga et le chef du gouvernement indien Narendra Modi, le 13 mars 2021. AP - Dean Lewins

Ce vendredi 24 septembre, les quatre pays du Quad se réunissent à Washington. Ce dialogue de sécurité entre les États-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde doit défendre leurs intérêts dans l’Indo-Pacifique. Ses membres semblent vouloir lui donner plus d’importance, principalement face à l’influence de la Chine dans la région. Ce vendredi, ce sera la première réunion du Quad où les quatre chefs d’État et de gouvernement seront présents.

Publicité

Le Dialogue quadrilatéral pour la sécurité avait été lancé en 2007, mais mis en sommeil du fait de l’Australie qui se voulait « moins clivante vis-à-vis de la Chine », explique Delphine Allès, professeure de sciences politiques et de Relations internationales à l’Inalco, l'Institut des langues et civilisations orientales à Paris. Depuis, ses positions ont évolué, mais aussi celles de New Delhi « à cause de la manière de plus en plus prononcée dont Pékin a utilisé ses forces à ses dépens, souligne Michael Shoebridge, spécialiste des questions de défense à l’Australian Strategic Policy Institute. Il y a eu les affrontements à la frontière entre l’Inde et la Chine ; la projection par la Chine d’une influence politique et économique de plus en plus importante dans le voisinage immédiat de l’Inde, particulièrement au Pakistan ; et la volonté claire des Chinois de projeter leur puissance militaire, y compris dans l’océan Indien. »

L'Australie, en pleine guerre commerciale avec la Chine, a suivi le même chemin que New Delhi. Après le début de la pandémie de Covid-19, elle avait demandé une enquête pour découvrir son origine, ce qui avait fortement déplu à Pékin. Résultat : « Depuis un an et demi, Pékin exerce des contraintes économiques sur Canberra, pour un total de 20 milliards de dollars d’échanges. Ce qui a provoqué un changement fondamental de l’Australie par rapport à la Chine », souligne Michael Shoebridge. Un changement matérialisé par l’annonce du partenariat Aukus entre le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Australie, « qui bien sûr a eu des conséquences très directes et dommageables sur le partenariat entre la France et l’Australie ».

► À lire aussi : Sommet virtuel du Quad: un partenariat pour contenir l'influence de la Chine

Réunion en pleine crise diplomatique

La réunion du Quad ce vendredi se tient donc en pleine crise diplomatique : la France n'a pas apprécié que l'Australie n'achète pas comme prévu ses sous-marins, mais ceux des États-Unis. Et si elle ne fait pas partie du Quad, elle reste une puissance de l’Indo-Pacifique. Cette crise sera certainement au centre des discussions, d’autant que, selon Delphine Allès, « il semble apparaître que les États-Unis et l’Australie n’anticipaient pas l’intensité de la réaction française, et donc réfléchiront peut-être à la façon de faire évoluer ou d’essayer d’apaiser les tensions ou de prolonger la coopération ». Car, explique la chercheuse, la France faisait partie des États extérieurs au Quad qui tendaient à coopérer de plus en plus, notamment dans le cadre de rencontres ou d’exercices militaires, dits du « Quad Plus » auquel la France participait régulièrement. « Échouer à agir ensemble pour faire face au défi systémique que présente la Chine à cause de problèmes posés aujourd’hui par la relation entre la France et l’Australie, ce serait un échec stratégique qu’aucun d’entre nous ne veut voir », estime pour sa part Michael Shoebridge.

En attendant, la situation avec la France reste compliquée. Joe Biden et Emmanuel Macron se sont parlés ce mercredi 22 septembre au téléphone. Le Premier ministre australien Scott Morrison attend toujours. Mais ce vendredi, le Quad a de toute façon l’intention de réfléchir à de nouveaux partenaires potentiels dans la région. D’autant qu’il se perçoit, rappelle Delphine Allès, « comme une force de stabilité en Indo-Pacifique, et potentiellement un pourvoyeur d’aide et d’assistance capable de faire concurrence à l’offre chinoise dans le cadre de son programme de ses "Nouvelles routes de la soie" ». Le Quad réfléchit en particulier à une participation des États du Sud-Est asiatique, « ceux qui font le choix de rester non-alignés par-rapport à la Chine, en particulier ceux qui contrôlent les détroits ». Et la chercheuse de citer l’Indonésie, mais aussi le Vietnam et les Philippines, deux alliés des États-Unis – Manille a d’ailleurs accueilli « à bras ouverts » l’annonce de l’accord trilatéral États-Unis – Australie – Inde.

► À écouter : Sommet virtuel du Quad: « l'Inde s'installe petit à petit dans un jeu stratégique face à la Chine »

Le Quad et la lutte contre le Covid-19 : plus qu’un forum de discussion

Avant même d’élargir ce forum en Indo-Pacifique, le Quad entend apporter sa pierre à la lutte contre le Covid-19 dans la région. Il y avait eu en mars une première réunion à ce sujet, mais les objectifs n’ont pas été atteints. « Les quatre pays avaient annoncé qu'ils augmenteraient la production de vaccins et leur distribution dans l’Indo-Pacifique, note Michael Shoebridge. Mais la lutte de l'Inde contre le variant Delta l’a empêchée d'exporter des vaccins. Je pense que cela va changer dans les six prochains mois, donc, ce sera un sujet de discussion vendredi. »

« On voit bien que le Quad n'est plus uniquement un endroit où échanger des opinions, mais bien un lieu où l'on agit », pointe le chercheur. La position de la Chine a d’ailleurs, elle aussi, évolué : après avoir regardé le Quad de haut, elle dénonce maintenant la formation en Asie de l’équivalent d’une Otan dirigée contre elle. Mais Delphine Allès souligne que le Quad n’est pas une alliance militaire, elle reste un simple partenariat stratégique. « Son mode de fonctionnement n’a rien à voir avec l’Otan : le Quad n’est pas institutionnalisé, ce n’est pas un engagement contraignant, et il n’a pas vocation à déployer des troupes. »

 À lire aussi : Sommet virtuel du Quad: le Japon réfléchit à sa relation avec le voisin chinois

Afghanistan

À noter que le Quad devrait aussi parler ce vendredi de l’Afghanistan, un peu plus d’un mois après la conquête du pays par les talibans. L’Inde s’intéresse évidemment beaucoup aux conséquences sur sa sécurité du retrait des Américains, et aussi à ce qu’il implique pour son voisin pakistanais. Les quatre pays, explique Michael Shoebridge, vont aussi en parler parce qu’ils ont besoin de continuer leur lutte contre le terrorisme : « sur ce plan, personne ne pense que la situation va s’arranger avec le retrait d’Afghanistan… »

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI