La cyber-pédocriminalité internationale, un fléau qui s'est accentué depuis le début de la pandémie

Aujourd'hui, des pédocriminels, en quelques clics de chez eux, paient pour voir, avec un sentiment d’impunité, parfois en direct, des enfants être violés ou sexuellement agressés.
Aujourd'hui, des pédocriminels, en quelques clics de chez eux, paient pour voir, avec un sentiment d’impunité, parfois en direct, des enfants être violés ou sexuellement agressés. Getty Images - Peter Dazeley

Des contenus pédopornographiques en provenance d’Asie du Sud-Est circulent dans le monde entier. Derrière ce fléau se cache un business criminel en augmentation, rendu possible par la bonne maîtrise de l’anglais dans cette région du monde, des connexions Internet correctes et un manque de législation internationale. 

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De notre correspondante dans la région,

S’il est de notoriété mondiale que l’Asie du Sud-Est est une région de prédilection pour les pédocriminels qui n’hésitent pas à voyager pour trouver des victimes, la numérisation de ce phénomène est moins connue. Désormais de plus en plus de pédocriminels restent derrière leur écran d’ordinateur et payent pour voir, parfois en direct, des enfants agressés sexuellement ou même violés. Ces derniers sont souvent manipulés par des complices exécutant les ordres et désirs de la personne qui envoie des transferts d’argent.

Un phénomène très nébuleux et difficile à contrôler qui est pratiqué avec souvent un sentiment d’impunité, observe Thomas Müller, le vice-directeur exécutif de l’ECPAT, une ONG mondiale de référence en matière de lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs. « Certains pédocriminels ne se rendront jamais à l’étranger pour y trouver des enfants, mais depuis chez eux, depuis leur canapé, dans la sécurité de leur foyer, ils peuvent se dédouaner du fait de violenter un enfant. »

Du côté de ceux qui étaient prêts à prendre l’avion pour trouver des victimes aux Philippines, en Indonésie, Malaisie ou Thaïlande, la fermeture des frontières en temps de pandémie a aussi pu profiter à l’augmentation de la cyber-pédocriminalité. 

D’autant plus qu’en Asie du Sud-Est, le Covid est arrivé avec tout un lot de conjonctures favorables au phénomène, explique Thomas Müller. « L’école est souvent l’endroit où les sévices sexuels que subit un enfant sont repérés, note-t-il. Avec la pandémie, les écoles sont fermées, les enfants sont enfermées chez eux. Et ça n’est pas du tout un endroit sûr pour beaucoup d’entre eux, malheureusement, car on voit que l’exploitation sexuelle des enfants, la majeure partie du temps, est pratiquée dans la sphère intime, où personne ne se demande s’il est bizarre de voir un enfant traîner avec un adulte, car ils sont de la même famille. »

Dans un rapport qui date de 2020, Interpol note également que la pandémie a ralenti les efforts des forces de l’ordre pour lutter contre ce phénomène sordide qui a donc pu prospérer. 

De difficiles identifications

Si les pédocriminels ne se sentent pas inquiétés, c’est aussi car les identifier et les arrêter reste extrêmement compliqué.Un exemple récent le montre bien. Cela faisait 20 ans qu’un Malaisien de Bornéo utilisait Internet et le Dark web pour diffuser des images de viols et d'agressions sexuelles sur enfants. Avec plus de 1000 contenus postés, il était considéré comme l’un des pédocriminels les plus recherchés au monde. Mais ce n’est qu’en 2019, grâce notamment à une image postée, où l’on voyait en arrière-plan l’enseigne d’un restaurant, qu’il a pu être identifié avec l’aide de la police australienne, arrêté puis enfin condamné à 48 ans de prison, en septembre dernier. 

Au-delà de l’anonymat que peut conférer Internet, c’est aussi le manque de coordination entre les forces de l’ordre des différents pays où se trouvent les pédocriminels qui pose problème selon Lennnon Chang, criminologue spécialiste du cyber-crime en Asie du Sud-Est. « Les termes juridiques, ce qui est répréhensible ou non, tout ça diffère d’un pays à un autre, rappelle-t-il, et dans certains pays, en voie de développement surtout, la pédocriminalité n’est pas la priorité de la police. Celle-ci peut aussi souvent manquer de moyens et d'expertise pour lutter contre ça. »

Les lois parfois évoluent, comme aux Philippines où l’âge de la majorité sexuelle est passée de 12 à 16 ans cette année. Mais devant la lenteur des législateurs, l’espoir de ceux qui luttent contre la cyber-pédocriminalité repose aussi sur le changement de pratiques de certaines entreprises, dont les manquements sont de plus en plus exposés.

Ainsi l’année dernière, suite à un article duNew York Times dénonçant la présence de contenu pédopornographique sur la plateforme Porn Hub, celle-ci s'est vue menacée par d'autres entreprises : MasterCard et Visa. Ne souhaitant pas être rendues complices de cyber-pédocriminalité, ces dernières ont donc assuré que leurs cartes ne seraient plus autorisées à payer sur Porn Hub, et la plateforme a donc fait du ménage sur son site en supprimant 80% de ses vidéos.

En Australie, c’est la banque WestPac qui a été dans le collimateur de la justice pour avoir été très complaisante avec les virements de clients pédocriminels vers les Philippines dont la fréquence et le montant auraient dû alerter en interne.  

Mais pour combattre la cyber-pédocriminalité, suggère pour conclure Lennon Chang, aider en amont les populations précaires qui pourraient considérer cette manne financière pour subsister est aussi nécessaire “ fournir le soutien nécessaire aux familles pauvres et perdues pourraient aussi permettre d’éviter que ce genre de choses ne se produise “ observe-t-il.

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