Analyse

Kazakhstan: pourquoi le pouvoir a pris le risque de faire intervenir la Russie

Après une semaine de manifestations déclenchées pour protester contre le doublement du prix des carburants et devenues meurtrières, le calme est revenu au Kazakhstan. Des violences qui ont conduit le président à décréter l’état d’urgence et à faire appel à l’Organisation du traité de sécurité collective, une alliance militaire post-soviétique dominée par la Russie. De quoi faire craindre une aggravation de la situation interne au Kazakhstan, pays au fragile équilibre ethnique. 

Des soldats russes enregistrent les ressortissants russes qui quittent le Kazakhstan, dans un aéroport d'Almaty, le 9 janvier 2022.
Des soldats russes enregistrent les ressortissants russes qui quittent le Kazakhstan, dans un aéroport d'Almaty, le 9 janvier 2022. AP - Vasily Krestyaninov
Publicité

Avec notre correspondant pour l’Asie centrale, Régis Genté

Kassym-Jomart Tokaïev n’avait peut-être guère le choix. La violence qui s’est déchaînée à Almaty en fin de semaine dernière, a probablement à voir avec la crainte du clan de l’ancien président, Noursoultan Nazarbaïev de tout perdre. Le chef de l’État, en poste depuis 2019, a donc cru nécessaire de faire appel à Moscou, qui a déployé 3 000 soldats dans le cadre d’une « mission de paix » de l’Organisation du traité de sécurité collective (OSTC).

Or, déployer des soldats de l’ancienne puissance coloniale est pour le moins délicat dans un Kazakhstan où le nationalisme n’est pas un vain mot. Voilà qui fait craindre à nombre d’observateurs de l’Asie centrale une possible dérive des tensions actuelles en conflit ethnique. Le pays est régulièrement en proie à des tensions ethniques, que ce soit entre Kazakhstanais et Caucasiens dans les régions pétrolières de l’Ouest, ou contre les Dounganes, des musulmans chinois, dans le sud du pays. 

Ce lundi, lors d'une réunion virtuelle avec les dirigeants de l'OSTC, le président du Kazakhstan Kassym-Jomart Tokaïev a assuré que les troupes déployées dans le pays allaient bientôt partir : « Très bientôt, l'opération antiterroriste d'ampleur s'achèvera », a-t-il assuré. Le président russe Vladimir Poutine a confirmé : « Une fois que le contingent aura rempli sa mission, il se retirera du territoire du Kazakhstan ».

La présence russe inquiète d’autant que ces derniers mois ont été marqués par plusieurs incidents où des Kazakhstanais reprochaient à des Russes de ne pas parler leur langue par exemple, ou de ne pas se comporter comme il faudrait.

Internet rétabli

En attendant, le calme est revenu ce week-end dans le pays. Internet a été rétabli à Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan, après une coupure de cinq jours. Dans la capitale économique de 1,8 million d'habitants, les sites web locaux et étrangers étaient à nouveau accessibles lundi, décrété jour de deuil après les pires troubles de l'histoire indépendante de l'ex-république soviétique. La vie revenait progressivement à la normale, les transports publics étant visibles sur les routes de la ville pour la première fois depuis le début des violences, selon des journalistes de l'AFP.

Le Kazakhstan a présenté les violences à Almaty comme une « attaque de groupes terroristes » et a exprimé son mécontentement à l'égard de la couverture médiatique étrangère des événements, qui ont commencé par des manifestations contre une hausse du prix du carburant dans l'ouest du pays le 2 janvier.

Couverture médiatique

Dimanche soir, le ministère de l'information a retiré une déclaration publiée plus tôt dans la journée sur un groupe officiel Telegram, selon laquelle plus de 164 personnes avaient trouvé la mort dans le pays au cours des violences, expliquant à deux sites internet privés que cette déclaration était le résultat d'une « erreur technique ».

Dans une déclaration envoyée aux médias lundi, le ministère des Affaires étrangères a affirmé que les articles des médias étrangers avaient créé « la fausse impression que le gouvernement du Kazakhstan s'en était pris à des manifestants pacifiques. Nos forces de sécurité ont affronté des foules violentes qui ont commis des actes de terreur éhontés ». Et le gouvernement a encore annoncé ce 10 janvier  que 7 989 individus étaient « détenus par les organes du (ministère) de l'Intérieur ».

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI