Australie: une motion de censure votée contre l'ex-Premier ministre Scott Morrison

L'ancien Premier ministre australien Scott Morrison, debout, lors de l'annonce du motion de censure contre lui à la Chambre des représentants, au Parlement de Canberra, mercredi 30 novembre 2022.
L'ancien Premier ministre australien Scott Morrison, debout, lors de l'annonce du motion de censure contre lui à la Chambre des représentants, au Parlement de Canberra, mercredi 30 novembre 2022. AP - Mick Tsikas

Pendant la pandémie de Covid-19, l'ex-dirigeant australien s'était auto-nommé en secret aux postes de ministre des Finances, de l'Intérieur, du Trésor, des Ressources minières, de l'Agriculture et de l'Environnement. Scott Morrison a été formellement blâmé par la Chambre des représentants. 

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C'est la première fois dans l'histoire de l'Australie qu'un ancien Premier ministre est formellement blâmé par la Chambre des représentants. Le Parlement australien a voté ce mercredi 30 novembre une motion de censure contre l'ex-Premier ministre Scott Morrison pour s'être nommé lui-même en secret à plusieurs portefeuilles ministériels durant la pandémie de Covid-19. Par un vote de 86 voix contre 50, le Parlement a déclaré que les actions de l'ancien dirigeant conservateur ont « érodé la confiance du public dans la démocratie australienne » et rendu impossible une véritable responsabilisation.

« Il doit des excuses au peuple australien »

Pendant deux ans, Scott Morrison s'était auto-désigné aux postes de ministre des Finances, de l'Intérieur, du Trésor, des Ressources minières, de l'Agriculture et de l'Environnement, sans en faire part publiquement et sans en informer les ministres en place.

« Il doit des excuses au peuple australien pour avoir porté atteinte à la démocratie », a affirmé le Premier ministre Anthony Albanese, dont le parti de centre-gauche a chassé Scott Morrison lors des élections de mai 2022.

L'ancien chef du gouvernement était présent dans l'hémicycle pendant la majeure partie du débat et a écouté, impassible, les dénonciations dont il faisait l'objet. Lorsqu'il a pris la parole, c'était pour défendre vigoureusement ses actions et accuser le gouvernement travailliste d'esprit partisan, d'« intimidation politique » et d'essayer d'« imposer son châtiment ».

Scott Morrison a exprimé certains doutes quant à la confidentialité de ses nominations et a affirmé qu'il en aurait parlé au public si des journalistes le lui avaient demandé. « Je reconnais que la non-divulgation des arrangements a causé une offense involontaire et je présente mes excuses à ceux qui ont été offensés », a-t-il déclaré. Mais « je ne présente pas mes excuses pour avoir pris des mesures, en particulier des mesures de licenciement prudentes, dans une crise nationale afin de sauver des vies et des moyens de subsistance ».

L'Australie se dote d'un organisme anticorruption

Une enquête récente, menée par une ancienne juge de la Haute Cour d'Australie, estime que ces actes ont été « nuisibles à la confiance vis-à-vis du gouvernement » et recommande de supprimer plusieurs vides juridiques permettant aux nominations de rester secrètes. Malgré l'indignation qu'elles ont pu susciter, les actions de Scott Morrison ont été finalement jugées légales. L'ex-Premier ministre a refusé les appels à la démission du Parlement. De son côté, Anthony Albanese a indiqué que le Parlement allait tenter de modifier la loi pour faire en sorte que les nominations ministérielles soient rendues publiques.

Ce scandale a déjà eu une conséquence sur la vie politique australienne, Canberra a adopté mercredi une loi instituant un organisme national doté de pouvoirs élargis pour surveiller l'intégrité des membres du Parlement national. « Ce jour s'est fait attendre, c'est une victoire pour l'honnêteté, la responsabilité et l'intégrité », s'est réjoui le Premier ministre Anthony Albanese, y voyant un moyen de restaurer la confiance de l'opinion publique. L'organisme devrait être opérationnel d'ici la mi-2023.

Canberra accuse un retard par rapport à d'autres pays riches pour empêcher les intérêts privés d'influencer les politiques, selon un rapport de l'organisation Human Rights Law Centre publié cette année.

(avec AFP)

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