Chine

Chine: 700 tonnes de particules de cyanure de sodium dans la nature?

Un pompier contemple les fumées, probablement hautement toxiques, qui s'échappent du lieu de l'explosion, le 13 août à Tianjin.
Un pompier contemple les fumées, probablement hautement toxiques, qui s'échappent du lieu de l'explosion, le 13 août à Tianjin. REUTERS/China Daily
Texte par : RFI Suivre
8 mn

Des bâtiments éventrés, des fenêtres pulvérisées, des milliers de voitures carbonisées. Trente-six heures après les deux gigantesques déflagrations de mercredi, le quartier portuaire de Tianjin, dans le nord-est de la Chine, est littéralement dévasté. Au moins 80 personnes ont été tuées. Il y a plus de 700 blessés. La cause des explosions n'est toujours pas connue. Plus de 200 experts sont à pied d'œuvre. Ils peuvent désormais travailler, les incendies ayant été maîtrisés.

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Les experts militaires étouffent peu à peu l’incendie sous des tonnes de sable. Si le feu a tenu aussi longtemps, c’est à cause d’un mélange détonnant de produits chimiques. Mais la zone de fret de Tianjin, où toute activité est suspendue jusqu’à nouvel ordre, est désormais sécurisée. A deux kilomètres du port, des barrages de police bloquent l’accès au public. Six mille personnes ont été évacuées. Elles vivent actuellement sur des matelas ou sous des tentes, par 35°C degrés tout de même. Des écoles ont été réquisitionnées, rapporte notre envoyée spéciale à Tianjin, Delphine Sureau.

La qualité de l'air suscite des inquiétudes

Devant les hôpitaux de la ville, le soutien aux sinistrés est désormais rodé. Les bénévoles affluent par centaines pour prêter main-forte. Ils distribuent de l’eau, de la nourriture, mais aussi des masques, car l’air est encore fortement chargé en produits toxiques qui grattent la gorge et le nez. Quand on approche du site, cela devient irrespirable. Les responsables de Tianjin assurent que l’air n’est pas pollué, mais Greenpeace a déjà fait ses propres mesures et a relevé la présence de particules de cyanure de sodium particulièrement toxiques, alors que le journal Les Nouvelles de Pékin a écrit, dans un article rapidement censuré, que 700 tonnes de ce produit étaient stockées sur le site de l’explosion et qu’on retrouve la substance dans les eaux usées.

Le gros du sinistre est maîtrisé, mais il y a forcément des foyers résiduels, il y a forcément des endroits où des produits vont nécessiter d'être reconditionnés, récupérés pour protéger l'environnement ; pour la lutte contre ce sinistre, concernant la partie effet sur l'environnement, on peut mesurer en semaine avant d'avoir un retour à la normale.

Emmanuel Clavaud

De quoi préoccuper les habitants, comme l'explique Chris Williams, un professeur anglais de Tianjin joint par RFI : « Je pense que la principale préoccupation des gens, aujourd'hui, c'est la qualité de l'air. Ils en parlent beaucoup entre eux : est-ce que l’air est bon ? Est-ce qu’il faut commencer à porter des masques, à être vigilants ? On a reçu beaucoup de conseils, qui en fait sont assez censés. Le principal conseil, c’est de ne pas se diriger vers la zone qui est directement affectée ; on nous a aussi dit de ne pas utiliser de voiture et de taxi dans la mesure du possible, pour que les routes soient dégagées pour les véhicules d’urgence. On nous a également dit qu'il fallait porter un masque pour nous protéger de la pollution de l’air causée par l’explosion. »

Les rescapés placés sous des tentes. Tianjin, le 13 août 2015.
Les rescapés placés sous des tentes. Tianjin, le 13 août 2015. REUTERS/Jason Lee

« Ce sont des conseils qui sont dans l’air, qui circulent, continue M. Williams. Certains sont partis de l’université, où des étudiants ont commencé à les donner à d’autres gens qui les ont donnés à d’autres. L’effet " boule de neige " sur les réseaux sociaux chinois est très impressionnant. Sur WeChat par exemple. Donc, je ne sais pas très bien si certains de ces conseils viennent du gouvernement ou des médias, mais en tous cas, tout le monde semble les suivre. »

A la recherche des disparus

Le bilan de la catastrophe risque encore de s'alourdir, car les disparus se comptent par dizaines. Leurs proches les cherchent, par exemple à l'hôpital Taida, à 3 km à peine de la zone de fret.

Devant l'entrée des urgences, où de grandes tentes rouges ont été dressées, Xiao Liu et son cousin, âgés d'une vingtaine d'années, arrêtent chaque brancard qui entre dans l’hôpital, mégaphone à la main. « Dès qu’une ambulance arrive, je vérifie si ce n’est pas mon grand frère ou mon petit frère à l’intérieur. Ils sont tous les deux pompiers. Leur caserne est située en face du lieu de l’explosion. Depuis hier, je les cherche. Mais je ne les trouve pas », se désole-t-il, alors que de nombreux pompiers, appelés sur le port pour éteindre un incendie, ont été surpris par les deux explosions dévastatrices.

Les pompiers sur le site de la catastrophe, vendredi 14 août 2015 à Tianjin.
Les pompiers sur le site de la catastrophe, vendredi 14 août 2015 à Tianjin. REUTERS/Jason Lee

Assise le bord d’un trottoir, Wang Li est épuisée. Elle tient dans ses mains les papiers d’identité de son père, manutentionnaire dans l’entrepôt qui a explosé. Son téléphone ne répond plus depuis mercredi soir. « Ses collègues m’ont raconté qu’après la première explosion, chacun avait fui de son côté, et qu’ils ne l’ont pas vu. On a fait tous les hôpitaux, en vain. On ne le trouve pas. Si vous savez, dites-moi ce que je dois faire ?! », implore-t-elle. Smartphone à l’appui, un bénévole l'interrompt et prend en photo la carte d’identité du disparu pour la publier sur les réseaux sociaux.

Des irrégularités dans l'enregistrement de l'entreprise

Une conférence de presse doit avoir lieu ce vendredi 14 août 2015. Les enquêteurs ont d'ores et déjà évoqué à demi-mot un élément nouveau : il y aurait des irrégularités dans l’enregistrement auprès des douanes de l’entreprise au cœur de l’explosion, une société chinoise spécialisée dans le transport des produits dangereux. Ce qui laisse entendre que les responsabilités sont peut-être à chercher de ce côté-là. Cette information résonne aussi avec un témoignage diffusé par la presse chinoise jeudi ; un employé de cette zone sensible disait qu’il n’avait jamais reçu de formation particulière pour manipuler de produits chimiques.

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