DOSSIER

Les attentats jihadistes sur le sol français depuis 1995

Des fleurs et des bougies sont déposées en hommage aux vistimes des attentats du 13 novembre 2015 devant le restaurant Le Carillon à Paris.
Des fleurs et des bougies sont déposées en hommage aux vistimes des attentats du 13 novembre 2015 devant le restaurant Le Carillon à Paris. © Frank Augstein / AP Photo

À partir de 1995, et surtout de 2012, le territoire français est régulièrement ciblé par des attaques jihadistes. L’attentat à Toulouse devant l’école juive Ozar Hatorah, Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher, l'attaque du Thalys, le Bataclan, Magnanville, Nice, Saint-Étienne-du-Rouvray : les attaques sont bien souvent imprévisibles et imparables commises par des individus organisés en filières ou isolés, se réclamant de l’islam. Retour sur les attentats jihadistes qui ont frappé la France. 

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Pour de nombreux spécialistes, les attentats de Paris à l’été 1995, qui ont fait huit morts et 200 blessés, le plus meurtrier étant celui de la station de RER Saint-Michel Notre-Dame, attribués au GIA (Groupe islamiste armé basé en Algérie), sont le marqueur d’une transition vers le schéma du terrorisme islamiste tel que le connaît la France des années 2000.   

Jusque-là, des combattants venus de l'étranger attaquaient la France parce qu'elle soutenait le pouvoir algérien. Khaled Kelkal, reconnu coupable des attentats de Paris de 1995 est, lui, né en Algérie mais a grandi dans la banlieue lyonnaise. Il initie la lignée de jeunes en rupture avec leurs familles, fascinés par la mort, radicalisés sur le sol français qui vont passer à l’acte. La violence de la guerre d'Algérie n'est pas très loin dans leurs esprits. En mai 2004 un groupe islamique, le Front islamique français armé, revendique l'attentat contre l'ambassade d'Indonésie à Paris et réclame la libération de deux membres du GIA et poseurs de bombes de 1995.  

Des assauts planifiés et orchestrés

Par la suite, les jihadistes changent de référence. Bien souvent, ils ont fait des séjours en Afghanistan ou au Pakistan, ou les deux. Ils se revendiquent d’al-Qaïda, organisation clandestine engagée dans le terrorisme de masse, fondée par Oussama ben Laden, le responsable des attaques terroristes du 11 septembre 2001. Le 11 mars 2012, Mohamed Merah abat Imad Ibn Ziaten, maréchal des logis-chef, puis assassine dans les jours suivants deux autres militaires, en blesse un grièvement, et tue quatre personnes, dont trois enfants, à l’école Ozar Hatorah de Toulouse (Haute-Garonne). Il dit agir au nom d’al-Qaïda. Le 20 décembre 2014, un homme fait irruption dans le commissariat de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) aux cris d’« Allah Akbar » (Dieu est grand). L'exploitation du téléphone portable de l'assaillant, abattu au moment de l’attaque, prouve qu’il était en contact avec des individus connus pour leur radicalisation et leurs liens avec la mouvance salafiste.

Le 7 janvier 2015, en visant la rédaction de Charlie Hebdo à Paris, c’est à la liberté et ses nuances démocratiques dont la liberté d’expression ou la laïcité que les jihadistes s’attaquent. La publication des caricatures du prophète Mahomet par le magazine satirique met le feu aux poudres. Les victimes sont Frédéric Boisseau, un responsable des opérations de la société Sodexo chargée de la maintenance du bâtiment dans le XIe arrondissement de Paris où se situe Charlie Hebdo, les dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, la psychanalyste Elsa Cayat, l'économiste Bernard Maris, Mustapha Ourrad, correcteur au sein de la rédaction, le policier Franck Brinsolaro qui assurait la protection de Charb, Michel Renaud, invité à assister à la conférence ce jour-là, et Ahmed Merabet, un policier tué boulevard Richard Lenoir. Les frères Kouachi revendiquent l’attentat au nom d’al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA). Amedy Coulibaly, le complice des frères Kouachi revendiquera, lui, au nom de l'organistation État islamique, le meurtre de Clarissa Jean-Philippe, une policière municipale à Montrouge, survenu le 8 janvier, puis des quatre personnes de confession juive tuées au cours de la prise d'otages de l’Hyper Cacher porte de Vincennes. Malgré la complicité avérée des assaillants, aucun lien entre les deux organisations terroristes, en rivalité depuis 2013, n’a été démontré.

Le 26 juin, c’est un individu radicalisé en lien avec la mouvance salafiste qui exécute, en Isère, Hervé Cornara, 54 ans, directeur de l’entreprise de transport ATC et blesse onze autres personnes. Plusieurs attentats sont déjoués en France en juillet 2015, mais également dans un train Thalys effectuant la liaison Amsterdam-Paris, le 21 août 2015, où des passagers ont réussi à neutraliser l’assaillant d’origine marocaine.

Puis le 13 novembre 2015, Paris est à nouveau attaquée en plusieurs endroits par trois commandos jihadistes. Au total, cent trente morts et près de quatre cents blessés. L’ensemble est revendiqué par le groupe État islamique dans un texte qui fait référence explicitement à l’engagement de la France dans la coalition internationale en Irak et en Syrie. Le seul survivant des trois commandos, Salah Abdeslam, est arrêté en Belgique en mars 2016. Le 29 juin 2022 , après dix mois d’audiences, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sureté incompressible, la peine la plus lourde du code pénal français. Pour les autres accusés, les peines vont de deux ans d’emprisonnement à la perpétuité, avec une peine de sureté de vingt-deux ans. Les principaux organisateurs sont présumés morts en Syrie ou encore en Irak. Les tueurs du 13 novembre sont considérés comme des exécutants.

Terrorisme sporadique à l’arme blanche

Début 2016, un nouveau plan Vigipirate de lutte contre le terrorisme entre en vigueur en France, avec trois niveaux de menace. Le dernier niveau correspond à une « urgence attentat » quand les services de l’État estiment qu'un attentat est probable dans un bref délai. Cela n’empêche malheureusement pas une série d’attentats meurtriers commis sur l’ensemble du territoire français.

Le 13 juin 2016, Larossi Abballa tue à l’arme blanche Jean-Baptiste Salvaing, commandant de police, et sa compagne Jessica Schneider à Magnanville en région parisienne. Il prend également en otage leur fils de 3 ans et demi. Après s'être filmé avec l'ordinateur des victimes via Facebook, il déclare prêter allégeance au calife autoproclamé du groupe État islamique et est abattu lors d'un assaut. Contrairement aux terroristes du commando du 13 novembre, le tueur de Magnanville ne revient pas de Syrie. Mais il est inspiré par Daech (État islamique).

L’été 2016 n’apporte aucune accalmie sur le front des attentats sur le sol français. Le 14 juillet 2016 à Nice, un camion fonce sur la foule célébrant la fête nationale sur la Promenade des Anglais après le feu d’artifice. Il y a 86 morts et plus de 400 blessés. Mohamed Lahouaiej Boulel, un Tunisien de 31 ans, est tué le soir même au volant de son camion par les forces de l'ordre. Cinq ans après, l'enquête n'a confirmé aucune connexion entre l'organisation jihadiste État islamique et Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, même si l'attaque a bel et bien été revendiquée par Daech. Les spécialistes évoquent une revendication opportuniste. À Magnanville comme à Nice, il pourrait s’agir de contacts de dernière minute avec l’organisation terroriste.

Le 26 juillet, le père Jacques Hamel est assassiné dans son église à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) par deux hommes se réclamant de Daech. Le 4 septembre,un détenu radicalisé de la maison d’arrêt du Val-d’Oise à Osny attaque deux surveillants avec un poinçon artisanal, blessant grièvement l’un d’entre eux. Il est condamné à vingt-huit ans de prison.

En 2017, une nouvelle série d’attaques a lieu en France. Le 3 février, un homme armé d’une machette dans chaque main se précipite sur quatre militaires de l’opération Sentinelle au Carrousel du Louvre à Paris, en criant « Allah Akbar ». L’assaillant, un Égyptien de 29 ans, est grièvement blessé par des tirs de riposte. Le soir du 20 avril, Karim Cheurfi, un Français de 39 ans au lourd passé judiciaire, tire à l’arme automatique sur un fourgon de police garé sur les Champs-Élysées à Paris. Il tue un policier et en blesse deux autres, ainsi qu’une passante, avant d’être abattu. L’attaque est rapidement revendiquée par l'organisation État islamique. Le 6 juin, un Algérien de 40 ans attaque un policier à coups de marteau devant la cathédrale Notre-Dame à Paris. Il crie « C’est pour la Syrie » avant d’être blessé par la police. Le 15 septembre, un homme armé d’un couteau attaque un militaire de l’opération Sentinelle au métro parisien Châtelet au cri de « Allah Akbar ». Le 1er octobre, un Tunisien de 29 ans poignarde à mort deux jeunes femmes devant la gare de Marseille dans le sud de la France en criant « Allah Akbar », avant d’être abattu par des militaires. L’attentat est revendiqué par l’EI.

Le 23 mars 2018, un attentat survient au Super U de Trèbes, près de Carcassonne (Aude). Un gendarme, le colonel Beltrame, deux retraités et un boucher décèdent. Le groupe État islamique revendiquera cette attaque. Le 12 mai, un homme armé d’un couteau de cuisine attaque des passants dans le quartier de l’Opéra à Paris. L’individu, Français né en Tchétchénie, tue une personne et en blesse quatre autres. Encore une fois, l'EI revendique l’attaque. Le 11 décembre de la même année, le marché de Noël de Strasbourg est visé. Le tireur Cherif Chekatt abat cinq personnes, 11 autres sont blessées. Il est abattu par la police après 48h de cavale. Dans une vidéo retrouvée plus tard sur une clé USB, il avait prêté allégeance au groupe État islamique.

Un terrorisme individuel et religieux

Le 3 octobre 2019, c’est la préfecture de police de Paris qui est le théâtre d'un nouvel attentat. Trois policiers et un agent administratif sont assassinés par un employé́ radicalisé qui occupait la fonction d’adjoint administratif à̀ la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP). Aucune revendication n’intervient.

© Studio graphique FMM

Le 25 septembre 2020, une attaque à l’arme blanche a lieu à proximité des anciens locaux de Charlie Hebdo, rue Nicolas Appert dans le XIe arrondissement de Paris. Les deux blessés sont un homme et une femme, employés d’une agence de presse. L’assaillant, d’origine pakistanaise, a déclaré avoir agi en représailles à la republication des caricatures du prophète. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, enseignant, est décapité à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Son assassin, un Tchétchène de 18 ans, revendique son geste dans un message audio en russe où il dit avoir « vengé le prophète » Mahomet. Il reproche en effet au professeur d’histoire-géographie de l'avoir « montré de manière insultante ». « Frères, priez pour qu’Allah m’accepte en martyr » dit-il. Aucun mouvement jihadiste n’a revendiqué cette attaque. Le 29 octobre suivant, un Tunisien de 21 ans tue trois personnes à l’arme blanche dans la Basilique Notre-Dame de Nice. Le plan Vigipirate est relevé au niveau « urgence attentat » sur l’ensemble du territoire français.

Le 23 avril 2021, une policière meurt à Rambouillet sous les coups de couteau d’un Tunisien de 36 ans, radicalisé.

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