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Théâtre et Cie...

Un automne tout feu tout flamme !

Rodrigo García "Versus"
Rodrigo García "Versus" © Christian berthelot
Texte par : Elisabeth Bouvet
5 min

A peine le temps de se languir de l’été qui a tout juste remballé ses festivals que s’installe déjà un automne festif. Paris accueille depuis le 15 septembre dernier (et jusqu’au 19 décembre) son traditionnel Festival d’Automne. Durant trois mois, impossible de ne pas trouver chaussure à son pied dans la foultitude de propositions (plus d’une soixantaine, soixante trois précisément) tant en théâtre, le plus gros du programme, qu’en danse, en cinéma, en arts plastiques et même en poésie. Entretien avec Denis Bretin, secrétaire général du Festival d'Automne.

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(Première publication : 21 septembre 2009)

Le Festival d'Automne n'est pas un label. L'idée même de réduire cette manifestation à un « tampon, fût-il de qualité » ulcère radicalement Denis Bretin qui rappelle que, même si le Festival se déploie dans tous les quartiers de la capitale et dans certaines salles de la banlieue proche, le programme n'est pas conçu autrement que comme une « co-production ». Pour preuve, un théâtre peut être associé une année et pas la suivante. En revanche, reconnait-il, « s'il n'y a pas la proposition qui vient de nous, 80% des spectacles qui sont présentés chaque année à l'automne n'existeraient pas ».

Une caution financière qui n'empêche pas l'écoute : « Ce n'est pas une politique de garage, c'est une politique de dialogue. Par exemple, quand on travaille avec Serge Laurent au Centre Pompidou, il y a un certain nombre d'artistes qu'on sait qu'il aime plutôt, donc quand on se voit on lui demande avec qui il aurait envie de travailler, on lui fait part de nos découvertes, et si on tombe d'accord, le projet se fait. Sinon, il ne se fait pas ». Dans tous les cas, le seul moteur reste le projet artistique. Le choix du lieu vient ensuite.

 
Du reste, Denis Bretin considère le Festival d'Automne avant tout comme un festival « artistique » plutôt que comme un festival culturel. Toujours dans l'esprit finalement de celui qui en 1972 lança cette manifestation : Michel Guy qui « à l'époque est secrétaire d'Etat à la culture. Et en fait, la personnalité de Michel Guy est l'élément central de la fondation du Festival. C'est un grand voyageur, c'est un érudit et pendant ses voyages à l'étranger, au Japon, aux Etats-Unis, il découvre des choses qu'il ne voit absolument pas sur les scènes parisiennes, pas même européennes. Il se dit alors que c'est important que la France s'ouvre à ces cultures de l'ailleurs ». C'est ainsi qu'il réunira sur une même affiche des spectacles d'essence traditionnelle et des créations de l'avant-garde en provenance notamment des Etats-Unis où l'on reconnait John Cage, Jasper Johns et Merce Cunningham (décédé cet été et dont la mémoire sera évidemment saluée lors de cette édition 2009).
 

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« L'esprit du Festival d'Automne, c'est ça : des gens qui s'engagent personnellement sur des choix et qui établissent des programmes en fonction de ce qu'il aiment et pas en fonction de ce qui devrait être montré ». D'où sans doute ce qualificatif d'élitiste qui a longtemps collé à la réputation de ce rendez-vous de fin d'année, une critique qui a le don d'agacer Denis Bretin : « 90% de la programmation du Festival est donnée en langue originale, en raison de la mission que le Festival s'est lui-même fixé c'est à dire de s'ouvrir à la scène internationale, ça demande peut-être un effort mais avec la mondialisation, ce qui pouvait être taxé d'élitisme est devenu quelque chose de large et de populaire ».

Ce que confirment les chiffres de fréquentation : 125 000 spectateurs soit autant que pour le Festival d'Avignon. Et Denis Bretin d'ajouter qu'en termes de tarifs, « le Festival pratique parmi les prix les plus bas, sans oublier la possibilité de s'abonner ».

Il n'en coûtait par exemple qu'entre 24 et 30 euros pour voir au Théâtre de la Ville, en ouverture de cette 38e édition, L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, dans une mise en scène de l'Américain Robert Wilson avec le Berliner Ensemble fondé par Bertoldt Brecht en 1949 et qui n'était pas revenu à Paris depuis près d'un demi-siècle. Bob Wilson, un habitué du Festival qui, lui aussi, était là dès les premières années et qui est devenu un classique. Cela étant, l'exigence de modernité des premières éditions n'a pas fondu au fil des années : « Cette mission d'exploration dans des endroits où tout le monde ne vas pas est toujours très forte. La programmation est finalisée par des personnes qui voyagent beaucoup, voient énormément de spectacles et essayent de ne pas rater beaucoup de choses ». 

 

MerCe CunninghaM - "nearly ninety"
MerCe CunninghaM - "nearly ninety" © Anna Finke

Parmi les inédits, Denis Bretin évoque ainsi la rétrospective cinématographique consacré au Canadien Guy Maddin, la première jamais organisée dans l'Hexagone ou encore, en danse, la venue pour la première fois en France de la troupe de l'Américaine d'origine coréenne Young Jean Lee, très engagée sur les questions raciales. Entre autres. « Ce qu'on cherche, ce sont des chercheurs », résume le secrétaire général du Festival qui met aussi l'accent sur « la sur-représentation des femmes par rapport à d'autres manifestations ». La présence à la tête de la direction artistique du Festival d'Automne de deux femmes, Marie Collin pour la danse et le théâtre, et Joséphine Markovits pour les arts plastiques et la musique n'est sans doute pas pour rien dans ce désir sinon de faire jeu égal, du moins de donner une visibilité aux artistes femmes. 

Théâtre, danse, musique, arts plastiques... C’est donc là, durant les trois prochains mois « transfrontaliers », que peuvent se découvrir des perles, éclater des pépites en passant d'un univers à un autre, d'un méridien à un autre. De quoi donner des couleurs à l’automne et faire des provisions pour l'hiver !

 

 

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