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Spectacle

«Chouf Ouchouf», de tradition en création

(Crédit : Mario Del Curto)
Texte par : Cerise Maréchaud
5 min

Après le succès de Taoub, d’Aurélien Bory, Chouf Ouchouf, nouvelle pièce du Groupe acrobatique de Tanger mise en scène par Zimmermann & de Perrot, célèbre la rencontre entre tradition acrobatique marocaine et création théâtrale contemporaine. En tournée européenne d’octobre 2009 à août 2010.

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C’est une rencontre de tous les possibles. Entre douze acrobates marocains longtemps mal considérés, et deux metteurs en scène suisses acclamés dans le monde entier ; entre une tradition multiséculaire et la création théâtrale contemporaine. Présenté en avant-première à Tanger fin septembre, puis à Rabat le 5 octobre avant une tournée européenne, Chouf Ouchouf Regarde et regarde encore ! ») est le nouveau spectacle du Groupe acrobatique de Tanger (GAT), né en 2003 et qui vient de boucler six ans de tournée mondiale avec leur première pièce, Taoub (« Tissu »), d’Aurélien Bory. 

Patrimoine ancestral


Cette fois,  les créateurs sont Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot, dont l’œuvre commune (six pièces dont Gaff Aff en 2006 ou Öper Öpis en 2008) renverse les conventions des arts de la scène et explore la condition humaine. Tour à tour cirque nouveau, théâtre de l’absurde, comédie musicale et numéro d’illusionniste, Chouf Ouchouf reste fidèle à la scénographie mobile et onirique chère au tandem suisse, où les corps font les décors et le langage. « C’est notre curiosité qui nous a conduits à ces artistes », explique le duo.

C’est aussi sa curiosité qui a mené Sanae El Kamouni, fondatrice de l’association Scènes du Maroc, à donner à l’acrobatie traditionnelle marocaine une nouvelle dimension : « A l’origine, c’était un outil de guerre. Dans le sud, les acrobates étaient des ' rma ' des combattants, qui ont déployé l’art de la pyramide humaine pour espionner leur ennemi. Puis des commerçants firent appel à eux afin de repérer, dans le désert, d’autres caravanes ou d’éventuels dangers. Cette tradition familiale, transmise de père en fils, revêt même une dimension spirituelle : les acrobates font partie de la confrérie de Sidi Ahmed Ou Moussa (ndlr : un saint de Tazeroualt, dans le sud de l’Anti-Atlas) ».


La plage pour seule piste


Avec l’exode rural, les acrobates ont quitté le sud pour les villes. Perplexe de voir un tel patrimoine cantonné au folklore du cirque de rue ou à de maigres contrats pour des hôtels, Sanae El Kamouni, alors responsable de l’action culturelle à l’Institut français du Nord (Tanger-Tétouan), invite Aurélien Bory, directeur artistique de la Compagnie 111 à Toulouse, à mettre en place un atelier avec des acrobates locaux qui, jusqu’alors, ont pour seule piste d’entrainement la plage de la baie tangéroise. Parmi eux, la famille Hammich, acrobates depuis sept générations.

« Au vu de leur niveau, de leur vie, de leur histoire, on a voulu faire plus qu’un atelier », poursuit Sanae El Kamouni, qui créé le GAT. Pour Taoub, premier spectacle contemporain d’acrobatie marocaine, le succès est fulgurant : 360 dates dans une vingtaine de pays, de l’Italie à la Réunion, d’Espagne au Danemark, de l’Angleterre au Brésil, et « un mois salle comble au New Victory Theater de Broadway à New York », énumère Sanae El Kamouni.

D’acrobates à artistes


Au fil de cette première tournée, les douze membres du GAT se sont sentis devenir « plus complets, mieux considérés », témoigne Yassine Srasi, 25 ans, qui  a « appris à faire l’acteur, à chanter, à jouer dans un décor ». « Je me sens plus artiste qu’avant », poursuit Amal Hammich, 24 ans. Afin qu’à ce sentiment corresponde un réel statut, chose rare au Maroc, les membres du GAT sont salariés par la Compagnie 111 de Aurélien Bory qui leur garantit les visas, un revenu de 120 à 170 euros par représentation, une sécurité sociale, une assurance. « Au Maroc, aucune société n’a accepté de les assurer, arguant que c’était un métier… trop risqué ! », déplore Sanae El Kamouni.
 

(Crédit : Mario Del Curto)

En plus d’un changement de statut, le GAT a permis, selon Sanae El Kamouni, « un changement de mentalités » : « Maintenant qu’ils se sentent artistes, qu’ils effectuent ces voyages, ces rencontres, ils vivent moins bien de ne pas savoir lire, remplir sa fiche à l’aéroport, lire les articles sur eux… Désormais, leurs enfants sont scolarisées ». De la tradition à l’émancipation, il y a un saut que le GAT estime avoir franchi. Comme la jeune Amal Hammich qui, la veille de la première tangéroise de Chouf Ouchouf, se séparait de son mari : « Il ne voulait pas que je sois artiste, j’ai fait mon choix ».

La tournée mènera successivement la troupe en France, Belgique, Espagne, Hollande, Suisse et au Luxembourg.

Dates : le 5 octobre à Rabat, du 14 au 18 octobre au Havre, du 5 au 9 novembre à Madrid, du 1er au 3 décembre à Châlons-en-Champagne, les 8 et 9 janvier à Antwerpen (Belgique), du 28 au 30 janvier à Reims, du 3 au 4 février à Grenoble, les 11 et 12 mars à Saint-Médard-en-Jalles, les 18 et 19 mars à Bruxelles, les 25 et 26 mars à Petit-Quevilly, les 30 et 31 mars à Compiègne, les 1er et 2 mai à Rotterdam, du 4 au 6mai à Annecy, le 18 mai à Champagnole, les 21 et 22 mai à Draguignan, du 25 au 28 mai à Saint-Etienne, du 1er au 3 juin à Mulhouse, les 25 et 26 juin à Luxembourg, les 3 et 4 juillet à Barcelone, du 19 au 23 août à Zurich.

 

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