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Succès

«Exercices de style»… pas de terminus !

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Texte par : Bartholomé Girard
4 mn

Sur une bande-son originale de l’artiste Hedinsky, le trio composé par Stéphanie Hédin, Jérémy Prévost et Julien Sibre cartonne depuis l’été dernier au Théâtre du Lucernaire. Le sens burlesque imparable et le savoir-faire de la compagnie Minus & Cortex confrontés au génie littéraire de Queneau rassemblent chaque soir petits et grands pour un moment – osons l’hyperbole – jubilatoire. A nouveau prolongé, et avant une tournée prévue en France au mois de septembre, le spectacle est à savourer de toute urgence jusqu’au 23 mai.

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C’est toujours la même histoire, et pourtant on ne s’en lasse pas. Un homme au long cou et dont le chapeau est orné d’une tresse monte dans le bus S, se dispute avec un autre voyageur, avant d’aller s’assoir à une place libre. Deux heures plus tard, le narrateur le croise à nouveau, gare Saint-Lazare, alors qu’un ami lui conseille de mettre un deuxième bouton à son pardessus. Le rapport, c’est qu’il n’y en a pas. Et Raymond Queneau (1903-1976), à partir de cette aventure parisienne aussi banale qu’absurde, en offre 99 variations stylistiques réunies dans Exercices de style. Il ne fallait pas moins d’un texte aussi célèbre pour la compagnie Minus & Cortex – nom emprunté au duo de souries animées qui veulent « conquérir le monde » –, qui présente à son tour vingt-cinq tableaux d’humour et d’intelligence autour de cette même histoire, à travers le spectre de la télévision. Cartoons, jeu télévisé, sitcom, reportage de guerre, documentaire animalier, élection de miss, émission culinaire… l’univers du petit écran s’invite sur scène, bercé (balancé, même !) par l’esprit oulipien du texte original.

Mais, à l’origine, les comédiens Stéphanie Hédin, Jérémy Prévost et Julien Sibre n’avaient pas en tête la télévision comme fil conducteur. « On avait pensé à un asile psychiatrique », ironise Jérémy Prévost. Pas si éloigné, serait-on tenté de dire. Car quand on voit défiler pendant 1h20 une série de sketches dont les personnages sont plus frappadingues les uns que les autres, entrecoupés de pauses pendant lesquelles résonnent des extraits sonores de télévision (la « bravitude » de Ségolène Royal, l’annonce de l’élection de Barack Obama, des extraits d’émissions de téléréalité plus vulgaires les unes que les autres…) et de cinéma (Les Tontons flingueurs, Les 400 coups…) façon zapping de Canal+, c’est la folie qui imprègne nos rétines et nos neurones à longueur d’écran que les trois trublions mettent en scène. Et Stéphanie Hédin d’ajouter : « Le principe de répétition, à la base du texte de Queneau, est vrai aussi pour la télévision qui ne propose toujours les mêmes émissions recyclées ».

Une scène du spectacle, notamment, est emblématique du lavage de cerveau opéré par la petite lucarne : le personnage assis devant sa télévision, change de chaîne et passe d’une émission où une femme raconte qu’elle a payé 8000 euros sa nouvelle paire de seins à l’annonce de 15000 morts du SIDA. « Le zapping montre toute la vulgarité qui se dégage de ce média. Quand on zappe, on passe vraiment de n’importe quoi à n’importe quoi. NosExercices de styleont donc pour fil rouge la télévision, certes, mais qui a en même temps vocation à inviter les gens à prendre de la distance par rapport à ce média, et à aller voir autre chose… comme du théâtre, par exemple », explique Julien Sibre.

Tout le monde dans le bus !
 

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Mission accomplie, en tout cas, pour ce spectacle qui remporte un franc succès depuis juillet 2008. Créé en 2003, il avait été monté au Théâtre du Ranelagh et au Café de la Gare pendant deux ans et quelque cent-vingt représentations, avant de revenir en pleine forme sur les planches du Lucernaire, où les trois comédiens fêteront bientôt la 300ème, début avril ! Dix mois, donc, qu’ils réunissent une petite centaine de spectateurs chaque soir, hilares devant leur tourbillon de sketches enlevés qui se succèdent à un rythme effréné. Une spectatrice résume en quelques mots la recette du succès: « C’est très drôle, jamais vulgaire, d’une vitesse incroyable, avec trois excellents comédiens qui ont un éventail de jeu extraordinaire. » Le bouche à oreilles fait le reste.

S’ils n’ont pas retouché à un mot de Queneau, assurent-ils, le sentiment de liberté par rapport au texte d’origine vient de l’incroyable technicité dont les comédiens font preuve tous les trois, stakhanovistes du jeu qui ont répété, entre les deux saisons, presque une année entière. Le credo : pas d’improvisation. « Elle était là au départ, quand on a travaillé les textes et élaboré les personnages. Maintenant, tout est calé, millimétré », explique Jérémy Prévost. Et Julien Sibre de poursuivre : « Tout l’enjeu, pour nous, comédiens, est de prendre du plaisir dans un carcan. C’est quelque chose de très serré, et il faut s’amuser là-dedans. Je ne crois pas à la mise en scène débridée, où chacun fait ce qu’il veut ». Une rigueur qui paye : au Lucernaire jusqu’au 23 mai, la troupe partira en septembre prochain en tournée à travers tout l’Hexagone.

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