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Haute couture

Le succès de Yves Saint-Laurent à Rio de Janeiro

Karol Pichler
4 min

De longues files d´attente s´allongent quotidiennement autour du Centre culturel Banco do Brasil (CCBB), dans le centre historique de Rio de Janeiro. On se bouscule pour visiter l´exposition consacrée à Yves Saint Laurent, dans le cadre de l´Année de la France au Brésil. Un public mélangé, des enfants des écoles publiques aux amoureux de la fameuse griffe YSL, désireux d´approcher les créations du « plus grand couturier de l´histoire universelle de la mode », comme l’a écrit le quotidien Jornal du Brésil..

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Yves Saint Laurent avait horreur de voyager. Sa créativité n´en pâtissait pas pour autant, comme le démontrent les collections de ses « Voyages Extraordinaires », présentées depuis le 26 mai aux Brésiliens. « Mes plus beaux voyages, je les faisais assis sur un canapé, en lisant des livres » avouait le grand couturier français. Il voyagea sur le tard, à travers le monde, avec cette exposition. Mais il avait déjà signé ses plus belles créations, dont cinquante modèles sont exposés à Rio de Janeiro.

Toujours un hommage à l’Afrique

De l´Afrique, il ne connaissait que le Maroc, où il avait une résidence avec son ami Pierre Bergé. Mais le continent noir le fascinait : « L´Afrique est au coeur de chaque collection, il y avait toujours un hommage à l´Afrique, souligne Robin Fournier, directeur de la communication de la Fondation Pierre Bergé -Yves Saint Laurent. Monsieur Saint Laurent a été le premier à faire défiler une jeune femme noire sur un podium, en 1962. »

Karol Pichler

La collection africaine est présentée sur des mannequins de couleur bleu France, que YSL avait lui-même dessinés, pour rehausser les tons naturels des robes. Ces vêtements, qui datent des années 60, sont en matière naturelle, anticipant la mode actuelle. Il y a aussi cette robe à l´épaule dénudée, en vraie peau de panthère de Somalie... aujourd´hui éthiquement inimaginable. Mais la mode des motifs « léopard » entra dans la garde robe féminine pour toujours. Et puis, est aussi là la fameuse saharienne, sur un élégant pantalon noir. D’alleurs, à l´inauguration, la grande amie du couturier disparu, Betty Catroux, portait à Rio une saharienne, noire.

Ce soir-là, parmi les 1.500 personnes qui avaient envahi le CCBB, de nombreuses invitées avaient ressorti de leur armoire une création Yves Saint-Laurent : une robe bleue avec pour motif le bouledogue français du couturier, Moujik, un manteau, des accessoires, et puis des souvenirs : « Je l´avais croisé un soir dans un dîner à Paris,il portait une saharienne, se souvient Glorinha Paranagua, veuve d´un diplomate brésilien et créatrice d´accessoires de mode à Rio. Je suis une fanatique de YSL, un génie qui était plus qu´un couturier, un artiste. Et mes accessoires s´inspirent de lui, comme ces pompons en soie, un peu marocains. »

Haute couture en technicolor

DR

Les couleurs ne manquent pas au CCBB : en plus des lumineuses collections Russie, Maroc, Espagne, Japon, Chine, Inde... des tentures très colorées ornent les hauts murs des lieux : « J´ai voulu rendre hommage à ses fameux mélanges de couleurs, du turquoise avec le rouge, de l´orange avec le fuchsia... explique le scénographe de l´exposition Karol Pichler, en créant une ambiance « nuage de couleurs » une symphonie autour des mannequins statiques ».

Sans jamais être, non plus, venu au Brésil, alors qu´il habilla tant de riches Brésiliennes, YSL avait un jour imaginé la carioca (habitante de Rio) pour les costumes d´un spectacle de Zizi Jeanmaire et Roland Petit. Une série de dessins montre ces cariocas imaginaires, avec des fruits sur la tête, et un air de samba dans le corps. De véritables Carmen Miranda* !

Karol Pichler

Les Brésiliens peuvent aussi profiter de visites guidées pédagogiques, organisées par Helen Pompozelli, professeur à l´Institut de la mode Zuzu Angel, à Rio : « Au Brésil, il n´y a pas d´activités spécialement liées à l´art de la mode, regrette-t-elle, et ici, les gens pensent que la mode se résume à des défilés et à acheter, consommer, sans se rendre compte que la haute couture est une source de connaissance de l´histoire, des arts, de poésie... ».

L’exposition s’achève sur un espace silencieux où, sur des chaises venues de l´Atelier YSL, l’on est invité à écouter le maître, qui se confie face à une caméra. Un Monsieur Saint-Laurent déjà âgé et fatigué, entouré de volutes bleues, très émouvant : « Il n´y a pas de création sans douleur... c´est quelque chose d´heureux, mais pour y arriver, c´est très douloureux. Ce n´est heureux qu´à l´arrivée... Maintenant que j´ai créé un style, qui m´est tant personnel,  j´ai un peu moins peur... »

Yves Saint-Laurent s’est éteint le 1er juin 2008 à Paris.

*Une célèbre chanteuse et actrice brésilienne, haute en couleurs, qui fit une carrière internationale dans les années 1930 et 1940. Elle est décédée en 1955.

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