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Guinée

Le grand malade de l'Afrique de l'Ouest

Le capitaine Moussa Dadis Camara, lors d’une réunion au Camp militaire d'Alpha Yaya Diallo à Conakry, le 27 décembre 2008
Le capitaine Moussa Dadis Camara, lors d’une réunion au Camp militaire d'Alpha Yaya Diallo à Conakry, le 27 décembre 2008 (Photo : AFP)
6 min

La sanglante répression du 28 septembre marque une nouvelle étape dans la descente aux enfers de la Guinée. Exsangue, à l’arrivée du capitaine Dadis Camara au pouvoir, le pays s’enfonce toujours plus vers le chaos, héritage empoisonné de la gestion calamiteuse de l'ancien président Conté.

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Dans les années 90 le Libéria et la Sierra Leone étaient plongés dans les guerres civiles les plus atroces qu’ait connues l’Afrique de l’Ouest. La Guinée, qui accueillait sans compter des centaines de milliers de réfugiés, faisait alors figure de pôle de stabilité. Aujourd’hui, la situation pourrait s’inverser tant la décomposition du tissu guinéen s’accélère.

Les dernières années du régime de Lansana Conté, mort le 22 décembre 2008, furent marquées par une lente déliquescence des institutions. Népotisme, corruption, narcotrafic:  la caste au pouvoir n’a rien épargné au pays. Au sein du clan Conté, des hommes d’affaires comme Mamadou Sylla mettent l’administration en coupe réglée. Tandis que le Président à la mainmise sur les contrats signés avec les grandes compagnies minières qui exploitent la bauxite et le fer, son fils, Ousmane Conté, verse dans le narcotrafic avec les mafias colombiennes. L’administration est laissée à vau-l’eau et les Premiers ministres qui se succèdent avouent leur impuissance à remettre de l’ordre dans l’appareil d’état. « Le Président bloque tout »,  dira François Fall en quittant la primature au bout de trois mois, fin avril 2004.

Sur le plan politique, la démocratie instituée par Lansana Conté est une façade. Les élections sont régulièrement truquées et les opposants, quand ils deviennent trop populaires, finissent en prison, à l’instar d’Alpha Condé, arrêté et incarcéré au lendemain de la présidentielle de 1998. En outre, le régime s’y prend parfaitement bien pour affaiblir et diviser cette opposition, tout en veillant à ne jamais réellement partager le pouvoir.

Parallèlement, la Guinée connaît une montée de la xénophobie et de l’ethnocentrisme. Les clivages entre les trois grands groupes ethniques, Soussou, Peuhl et Malinké se cristallisent au niveau politique et les grands partis, constitués sur une base régionale, deviennent les vecteurs de cet ethnisme rampant qui traverse le pays.

Armée grangrenée

L’armée, pourtant fer de lance du régime, n’est guère mieux lotie. Echaudée par la mutinerie de 1996 qui a failli lui coûter le pouvoir, Lansana Conté se méfie des militaires et s’ingénie à morceler les chaînes de commandement. Certains bataillons sont privilégiés, d’autres délaissés. Le système de promotion dépend en grande partie du général-président et la corruption au sein des forces armées est considérée en haut lieu comme une bonne méthode pour tenir les troupes. L’armée guinéenne compte un officier pour trois soldats contre une moyenne de 1 pour 10 au niveau mondial. Cette armée de caporaux, gangrenée par le népotisme et l’indiscipline, est, par ailleurs, amenée à effectuer des tâches de maintien de l’ordre, comme en 2007 lors de la répression des grandes marches consécutives à la grève générale. Le régime fait tirer sur la foule par l’armée brisant l’un des derniers tabous.   

C’est donc un pays exsangue, divisé et gangrené que Lansana Conté laisse à sa mort, le 22 décembre 2008. A cette date beaucoup de Guinéens redoutaient la transition. Les grandes figures de l’opposition, en premier lieu, confiaient, quelques mois avant la mort du Président, leur préférence pour un régime militaire le temps de se préparer aux élections. Aussi, au lieu de favoriser la transition constitutionnelle et de permettre au président de l’Assemblée nationale d’assurer l’intérim, les opposants acclament la prise du pouvoir par un groupe d'officiers.  

Ce groupe qui prend le pouvoir le 24 décembre est emmené par un trio d’audacieux. Sekouba Konaté qui bénéficie d’une certaine aura auprès des jeunes soldats, Claude Pivi qui s’était illustré dans les répressions des manifestations de 2007 et Moussa Dadis Camara, l’un des responsables de l’intendance militaire, réputé pour sa générosité envers les jeunes soldats. Immédiatement, les militaires suspendent les institutions et renvoient le gouvernement. Ils créent le CNDD, le Conseil national pour la démocratie et le développement. Craignant un contre coup d’Etat, ils font arrêter une quinzaine de généraux. Un nouveau gouvernement est formé sous l’autorité de Kabiné Komara. Le capitaine Moussa Dadis Camara, qui s’est autoproclamé Président, tient alors des discours populistes et démagogiques promettant de punir ceux qui ont pillé l’économie nationale.

Un discours qui plaît au peuple, d’autant qu’il s’accompagne de l’humiliation publique, chaque soir à la télévision, des responsables soupçonnés d’avoir pillé les ressources de l’Etat. Dadis Camara promet aussi des élections libres et transparentes jurant sur le Coran qu’il n’y participerait pas. Dans un premier temps, la junte courtise certains opposants comme Alpha Condé et Sydia Touré. D’autres, comme Cellou Dalein Diallo, sont mis à l’index. Le capitaine navigue dans le marigot politique, prononçant à chacun les mots qu’il veut entendre, distribuant les promesses sans l’intention d’en tenir aucune.

 Désillusion

Mais au fil des semaines, la réalité se fait jour. Le gouvernement de Kabine Komara n’a aucun pouvoir. Celui-ci subit quotidiennement insultes et humiliation. Le trio exécutif de la junte qui a fait du camp Alpha Yaya le centre névralgique du pays, se partage les postes lucratifs de l’administration et redirige les recettes de l’état à son profit. Dans la rue, les militaires se sentent tout-puissants, rien ne leur résiste. Vols, rackets, exactions deviennent le quotidien des habitants de Conakry. Moussa Dadis Camara se révèle autoritaire, violent et vindicatif. Au sein de l’armée, il renforce sa base en recrutant des jeunes venus de Guinée forestière, sa région natale mais aussi, de l’aveu d’un militaire du BATA, des miliciens venus du Libéria. La Garde présidentielle fait régner la peur dans les casernes. Des militaires se plaignent de l’attitude des nouvelles recrues et surtout d’un manque criant de discipline. Rien n’est fait pour combattre la culture de la violence qui règne dans l’armée. Rien n’est fait non plus pour discipliner les troupes. L’impunité est totale.

Dès lors, la popularité initiale de la junte est en chute libre. Paradoxalement, c’est à ce moment que Moussa Dadis Camara songe à présenter sa candidature à la présidentielle de 2010. Il s’en ouvre aux diplomates du groupe de contact. Les opposants qui naviguaient dans son sillage comprennent alors que le petit capitaine veut le pouvoir. Son modèle n’est pas Amadou Toumani Touré mais bel et bien Lansana Conté. A l’été 2009, Alpha Condé et Sydia Touré s’éloignent de la junte et rejoignent les autres leaders de l’opposition. Le Forum des forces vives qui regroupe les syndicats, les partis et la société civile retrouve des couleurs. Le mot d’ordre est simple « Tout sauf Dadis ». C’est dans ce contexte qu’est décidée l’organisation du meeting du 28 septembre, date symbole dans l’histoire de la Guinée, puisque c’est l’anniversaire du « Non à De Gaulle ».

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