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Toiles

Les peintres à Auvers-sur-Oise : Vincent et les autres

Paysage aux environs de Saint-Julien-des-Chazes, d'armand Guillaumin (1895)
Paysage aux environs de Saint-Julien-des-Chazes, d'armand Guillaumin (1895) Musée Daubigny
Texte par : Danielle Birck
5 mn

Si le court séjour de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise a fait la notoriété du lieu, celui-ci était déjà un foyer artistique avant son arrivée. A commencer par Charles-François Daubigny, dont on peut visiter le magnifique atelier, encore en l’état, tel qui a été décoré par ses occupants où l’on peut admirer les fresques de Corot. .

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On ne peut qu’être reconnaissant aux descendants de Charles-François Daubigny d’avoir ouvert au public, depuis 1990,  la maison-atelier du peintre, construite en 1861 et classée monument historique en 1991, après une restauration minutieuse des lieux, orchestrée par Daniel Raskin-Daubigny, l’arrière petit- fils de la fille de Daubigny. C’est sa veuve qui nous accueille pour la visite.  

Un lieu magique

Danielle Birck/RFI

On franchit l’entrée, décorée de panneaux peints notamment par Daubigny et son fils Karl, sans oublier la copie d’un Don Quichotte de Daumier dont l’original est au Musée d’Orsay à Paris. Puis on accède à la salle à manger où l’on retrouve la patte du père et du fils, mais aussi de la fille, Cécile, dont on traverse ensuite la chambre entièrement ornée de scènes extraites des contes et fables de l’enfance, cadeau de Daubigny pour les vingts ans de la demoiselle, le tout dans des nuances pastels.

Ce qui rend d’autant plus saisissant le contraste, en volume et couleurs, lorsqu’on pénètre enfin dans l’atelier : une vaste et haute pièce aux boiseries foncées surmontées d’immenses fresques qui courent sur quelque 100 mètres carrés de murs. Une décoration voulue, conçue et orchestrée par Corot, qui ne sera achevée qu’en 1873. Le lieu est impressionnant, véritable cœur de la maison, baigné comme il se doit d’une lumière provenant d’une baie orientée au nord. Une anecdote d’ailleurs à ce sujet : « un panneau a été entièrement peint par Daubigny, qui a modifié les dessins de Corot. Mécontent que celui-ci ait pris seul l’initiative de boucher la baie vitrée orientée à l’est, Daubigny a décidé d’imprimer sa marque sur ce mur, en face de la cheminée », raconte Anne Raskin…

C’est à regret qu’on quitte le lieu, mais pas tout à fait Daubigny pour se rendre au musée qui porte son nom, installé, avec l’Office du tourisme d’Auvers, dans une aile – c’est tout ce qu’il en reste - d’un ancien château.

Les couleurs de l'impressionnisme

Le Valhermeil à Auvers-sur-Oise, d'Eugène Mürer
Le Valhermeil à Auvers-sur-Oise, d'Eugène Mürer Musée Daubigny

Créé en 1984 à l’initiative de quatre personnes – dont Daniel Raskin-Daubigny – il s’est progressivement enrichi d’œuvres originales, toiles et gravures, et possède actuellement quelque 800 pièces, dont 14 œuvres de Daubigny. D’associatif, le musée devrait bientôt  devenir municipal, conformément au vœu de ses fondateurs.

L’exposition qui y est actuellement présentée, Les Couleurs de l’Impressionnisme : Guillaumin, oeneutte, Mürer,  invite à la découverte de trois artistes amis du Dr Gachet au travers d’une cinquantaine d’œuvres. « Le plus célèbre, c’est Armand Guillaumin, un impressionniste de l’époque de Monet, explique Bernard Vercruyce, vice-président de l’association du musée. Très proche du Dr Gachet, Norbert Goeneutte, est un peintre lus traditionnel et excellent graveur, qui est mort à Auvers-sur-Oise. Et Eugène Mürer, très bon pastelliste ».  Ce  dernier, le moins connu,  est le seul à ne pas être « un professionnel de l’art » : pâtissier de son métier. « Ce qui lui permettra d’aider financièrement Pissarro », souligne notre guide.

Un guide intarissable, lui-même peintre, d’inspiration « naïf », amoureux des chats… D’ailleurs, un peu plus tard en visitant une autre exposition, à l’Orangerie sud du château d’Auvers, on aura la surprise de le voir dans un tableau, représenté en félin…

Portraits et Mélancolie

Danielle Birck/RFI

Car le château d’Auvers s’est mis lui aussi à l’heure du Dr Gachet. L’exposition Portraits, autoportraits, révélations intimes, part du constat que celui-ci « malgré ses collections et ses relations amicales certaines  avec les impressionnistes, serait inconnu du grand public si Vincent Van Gogh n’avait réalisé trois portraits de lui, lors de son séjour à Auvers-sur-Oise », comme l’écrit dans le catalogue Anne-Marie Dubois, psychiatre et membre de la direction du Centre d’étude de l’expression, à l’hôpital Sainte-Anne à Paris.

Car l’exposition s’appuie sur l’expérience du Dr Gachet à l’hôpital de la Salpêtrière, où il étudie les maladies mentales, ce qui « marquera de façon durable son itinéraire de médecin ». A commencer par son sujet de thèse sur la mélancolie. Son talent pour le dessin s’exerce aussi à cette occasion, puisqu’il effectuera de nombreux croquis des malades. Des croquis rassemblés pour cette exposition, avec d’autres œuvres émanant de malades, puisées dans la collection du Centre d’étude de l’expression de l’hôpital Sainte-Anne. Des œuvres auxquelles s’intéresseront les surréalistes, avant que cet intérêt s’étende, avec l’art brut, à celles réalisées par des créateurs autodidactes. Tout cela est présent au travers des nombreuses œuvres exposées à l’Orangerie du château.

Une « galerie de portraits »  qui  s’ouvre avec une eau-forte originale L’homme à la pipe, le portrait du Dr Gachet, réalisée par Vincent Van Gogh en 1890.

Retour à Vincent, donc, en redescendant du château, on ne peut manquer l’auberge Ravoux, où il prit pension le 20 mai 1890 et mourut le 29 juillet. On ne peut manquer non plus la visite de cette chambre mansardée de 7mètres carrés éclairée d’une lucarne, « la moins chère des trois chambres de l’étage », nous précise-t-on, conservée en l’état et qu’aucun autre pensionnaire n’est venu habiter depuis lors. La peinture écaillée des murs de l’escalier qui y mène, elle aussi est "en l'état", accentuant l’effet mise en scène misérabiliste de l’ensemble …

… A l’opposé des « couleurs plus expressives, plus somptueuses » des 78 toiles que Van Gogh peignit pendant les 70 jours passés à Auvers, levé à 5 heures le matin, avec cette frénésie de peindre qui l’avait saisi dans cette campagne et ce qu’il y voyait « de sain et de fortifiant… », par opposition au « passage désespérément rapide des choses de la vie moderne »…

 

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