Accéder au contenu principal
Bande dessinée

Angoulême complètement dans sa bulle

Elisabeth Bouvet
Texte par : Elisabeth Bouvet
6 mn

Il aurait dû ouvrir ses portes en janvier dernier à l’occasion de la 36e édition du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Finalement le musée de la BD, installé dans les anciens chais de la préfecture de Charente et dont la restructuration a été confiée à l’architecte Jean-François Bodin, a été inauguré six mois plus tard. Sans dommages. Au contraire même, « cette ouverture découplée ayant eu valeur d’événement en soi », note Gilles Ciment, le directeur général de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (CIBDI), appellation derrière laquelle se cachent la Maison des auteurs, l’ex Centre nationale de la bande dessinée et de l’image et désormais le musée. Bon choix : début août, le musée accueillait (déjà) son dix millième visiteur. Visite guidée dans les pas de son tout jeune directeur, Ambroise Lassalle, trente ans… tout ronds comme les bulles-signalétiques disséminées dans les différents espaces du musée.

Publicité

(Première publication : 17 août 2009)

La table à dessin.Si vous arrivez de la vieille ville, le restaurant de la Cité offre une vue plongeante sur le nouveau musée de la bande dessinée, aussi horizontal que le bâtiment Castro (le siège de la CIBDI) est vertical. Entre les deux lieux, une longue passerelle en bois qui dessine (ou presque) un Z comme Zorro, encore que la présence statufiée de Corto Maltèse (le héros de Hugo Pratt) dont la haute silhouette scrute l’horizon par delà la paresseuse Charente, renvoie plutôt à l’idée du vaisseau. Quoi qu’il en soit, qu’on l’aborde à cheval ou en canoë - il en passe, qui pagaient ! -, à pieds ou à vélo, le musée de la bande-dessinée invite, dès son hall d’accueil, à ôter nos lunettes de soleil. C’est en effet dans une pénombre plutôt fraîche - les deux conditions sine qua non à une conservation optimale des papiers imprimés et autres dessins originaux exposés -, que se fait la visite, et dans un appréciable silence qu’impose l’atmosphère tamisée.

Calme, sobriété et dépouillement...

Elisabeth Bouvet

Pour nous guider Ambroise Lassalle dont la jeunesse et la blondeur, soi dit en passant, font singulièrement penser au héros de Terry et les pirates (1934) de l’Américain Milton Caniff. Idéal pour non pas se perdre (impossible), mais s’orienter (difficile), et cela en dépit du dépouillement et de la sobriété  voulue (« Ce sont les œuvres qui priment », fait observer Gilles Ciment) du cadre dominé par un gris clair, sols et murs, pas du genre à faire « Wizzz ». Le directeur du musée le reconnait volontiers, le sens de la visite ne s’impose pas d’emblée dans cette première grande salle entièrement consacrée à l’histoire de la bande dessinée, des origines à nos jours. « Le parcours se calque sur les banquettes, au nombre de quatre. Elles dessinent un serpentin qui permet de remonter près de deux siècles d’histoire », explique Ambroise Lassalle. Quatre courbes, quatre couleurs (le rouge brique, le bleu, le vert et le beige), quatre périodes depuis les premières histoires en images de l’instituteur Rodolphe Töpffer (vers 1830) jusqu’aux Mangas en passant par Hergé, Peyo, Franquin, Goscinny, Reiser, Tardi et autres McCay.

Etats-Unis/Europe... Le dialogue

Car, et c’est là l’un des atouts de cette nouvelle adresse : la place réservée aux Etats-Unis vaut bien celle occupée, comme de juste, par l’Europe et singulièrement la Belgique et la France. « En 1989, indique notre interlocuteur, le CNBDI a acheté une importante collection de bandes dessinées américaines à Florence Cestac, ce qui nous a permis de mettre en parallèle les deux espaces géographiques et de voir comment les deux se sont influencés ». Des pulp, des comics voisinent donc avec le supplément du Petit Vingtième, où Tintin fit son apparition en 1929, et le Pif gadget de notre enfance. De même, le musée présente toute la galerie des super héros qui à la fin des années 1930, alors que le vieux continent fait entendre d’inquiétants bruits de botte, voient le jour type Superman (1938), Batman (1939), et même un Robotman dont la puissance et l’invincibilité promises ne suffiront toutefois pas à lui accorder célébrité et pérennité. De l’émergence aux Etats-Unis de la vague underground dans les années 1970 au lancement en France d’un Pilote sous influence, le musée n’a de cesse de remettre en perspective l’évolution, de part et d’autre de l’Atlantique, de la bande dessinée.

Elisabeth Bouvet

Trois autres salles, plus petites, complètent cette promenade « patrimoniale » : l’une dédiée aux techniques de création de la bande dessinée, une deuxième aux courants esthétiques qui irriguent le 9e art et, enfin, une troisième salle qui fait revivre l’un des temps forts du dernier Festival (Les 24 heures de la BD) en présentant le résultat du marathon qui, en l’occurrence, avait pour thème « Le musée dans la BD ». Au total, ce sont près de 420 documents qui sont présentés, soit une infime partie des réserves qui comprennent quelque 8 000 dessins originaux, objets dérivés, témoignages audiovisuels, extraits de film. Car, si le musée se décline en vitrines, il propose aussi d’écouter des interviews, de lire revues et albums au gré des quatre vastes banquettes qui délimitent les différents territoires de la grande salle.

Un musée différent tous les quatre mois

 Autant dire que la visite est riche et variée, d’autant plus riche et variée que la totalité des  documents exposés réintégrera les réserves, selon une rythmique qui permettra de renouveler les vitrines tous les quatre mois (et donc d'offrir un musée tout neuf, trois fois par an) et aux documents de se « reposer » pendant trois ans. Seul hic, les planches rares. Ainsi, par exemple, d’Uderzo dont le musée ne possède que deux originaux. Ou encore d’Hergé. Dans le même temps, une cinquantaine de pièces présentées pour l’exposition Tarzan - qui se tient actuellement au Quai Branly à Paris -, proviennent du fonds angoumoisin. « Nous sommes la seule collection publique de bandes dessinées en Europe », fait observer Gilles Ciment qui souhaiterait désormais que le musée du cinéma qui jouxte le musée de la BD rouvre ses portes, « ce qui, précise-t-il, couvrirait l’idée de ce que l’on se fait de l’image, des bulles au grand écran ».

Un vœu en conformité avec la réalité du terrain. Car, outre l’école des métiers du cinéma d’animation, le Festival du film francophone (dont la deuxième édition se tient du 27 au 30 août dans les salles de cinéma de la CIBDI), les studios dédiés à l’animation, le département attire pléthore de tournages. Pas moins de cinq en ce début du mois d’août dont ceux de Jacques Doillon et de sa fille, Lola. Autant dire que si la Charente a l’air assoupi et Angoulême des allures de belle endormie, la façade n’est que fictive !

Des expositions temporaires

La collection qui tourne et des expositions éphémères. C'est l'autre axe développé par le musée. En janvier 2010, pour être raccord avec le Festival, ce dernier présentera Résonances qui fera le lien entre patrimoine et nouveauté. Une centaine d'auteurs ont été conviés à choisir une planche dans les collections du musée et à dessiner, à leur tour, une planche qui fasse écho au dessin, à l'univers coloré ou non ou au motif récurrent de ladite planche. En avant-première, le musée présente actuellement six dialogues par cases interposées.La collection qui tourne et des expositions éphémères. C'est l'autre axe développé par le musée. En janvier 2010, pour être raccord avec le Festival, ce dernier présentera Réson&nces qui fera le lien entre patrimoine et nouveauté. Une centaine d'auteurs ont été conviés à choisir une planche dans les collections du musée et à dessiner, à leur tour, une planche qui fasse écho au dessin, à l'univers coloré ou non ou au motif récurrent de ladite planche. En avant-première, le musée présente actuellement six dialogues par cases interposées.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.