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EXPOSITION

Un Renoir bien en chair

RMN
Texte par : Elisabeth Bouvet
5 min

La mode est aux comparaisons. Alors que le Louvre réunit Titien, Tintoret et Véronèse, alors que la Tate Britain, à Londres, met en regard les œuvres de Turner et celles des grands peintres qui l’ont inspiré et alors que Picasso et ses maîtres reste dans toutes les mémoires, c’est au tour de Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) de s’afficher aux côtés de quelques-uns des grands artistes qui l’ont admiré à savoir Picasso, Matisse ou encore Bonnard. Ce qui, dans le cas présent, n’est pas forcément rendre service à l’hôte d’honneur. L’exposition se tient au Grand-Palais à Paris jusqu’au 3 janvier.

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Qu’on ne se méprenne pas. Il est bien écrit sur l’affiche de l’exposition, Renoir au XXe siècle. Exit donc les canotiers et autres déjeuners sur l’herbe si chers à l’impressionnisme dont Renoir fut l’un des plus ardents représentants. La période dans laquelle nous sommes invités à nous replonger débute en 1892 - qui n’est pas encore soi-dit en passant ce XXe siècle annoncé - et s’achève avec la mort de l’artiste en 1919. Soit un peu moins de trois décennies plus tard. Ce qu’indique la grande photographie en noir et blanc qui accueille le visiteur avant même de découvrir les 15 sections que compte l’exposition et qui nous montre un Renoir chenu et osseux. Vieux.

De fait, il a déjà cinquante ans quand il renonce à poursuivre dans la voie ouverte par les Monet, Degas et Sisley. Non sans avoir longtemps tâtonné puisque dès le début des années 1880, et à la suite de nombreux voyages notamment en Italie où il découvre toute l’ampleur de l’œuvre de Raphaël, il traverse ce que lui-même appelle « une cassure » autrement dit une « période de crise », nous dit Sylvie Patry, la commissaire de l’exposition. Et si la date de 1892 a été retenue comme point d’ancrage, cela s’explique doublement : « En 1892, le marchand d’art Durand-Ruel organise la première rétrospective de l’œuvre de Renoir et cette même année, l’Etat français lui achète pour la première fois une de ses toiles, La jeune fille au piano ».

«La source» de Pierre-Auguste Renoir (1906).
«La source» de Pierre-Auguste Renoir (1906). RMN

Dès lors, Renoir n’a plus qu’un souci : entrer au Louvre, ce musée qu’il a tant arpenté, pour rejoindre en quelque sorte ses modèles et se confronter avec les maîtres anciens comme Vermeer, Chardin, Titien, Rubens, Raphaël et Ingres. Ses sujets de prédilection se focalisent dès lors autour du nu féminin et du portrait (avec une belle galerie de son modèle favori, Gabrielle, la nounou des enfants), deux genres aussi inaltérables qu’incontournables. Et cela jusqu’à l’obsession, ce dont témoigne l’exposition qui, si elle vise clairement à « en finir avec les préjugés et à proposer un nouveau regard sur les trente dernières années de création de Renoir qui sont des années fécondes », devient vite au fil du parcours rébarbative. Car le renouvellement dont nous parle Sylvie Patry pour qualifier la singulière prolixité d’un homme souffrant de polyarthrite aigüe s’apparente plutôt à une forme de répétition, nettement moins stimulante.

« Parce qu’il veut peindre simple et grand, à la manière de l’art antique et des madones de Raphaël », son rêve d’une peinture sans sujet, intemporelle, détachée de la vie contemporaine, qui ne soit plus que savoir-faire, finit par donner corps à un monde de nacre et de chair assez vilain. Comme si toutes ces baigneuses dénudées, rondes et monumentales manquaient de caractère et son « Arcadie mythologique » de saveur. Certes, nous indique-t-on, certains de ses nus, à commencer par La Source, ont été admirés, salués, enviés par Denis, Bonnard (« qui n’a pas immédiatement aimé », nous précise-t-on), Braque et Picasso, ils n’en manquent pas moins de présence. Du reste, la juxtaposition aux côtés des toiles de Renoir d’un tableau de Picasso (une grande baigneuse), de Bonnard (un double portrait dans la loge d’un théâtre) et de Matisse (deux modèles au repos façon odalisques), si elle ne nie pas la parenté, affaiblit considérablement la démonstration : le visiteur étant spontanément aimanté par les œuvres d’une fulgurante intensité des invités aux dépens d’un Renoir un peu endormi et auquel on finit par tourner le dos.

Reste l’aspect documentaire avec de nombreuses photographies qui nous renseignent sur la vie de Renoir, au gré de ses déplacements entre Paris, sa région natale et sa villégiature de Cagnes-sur-Mer dans le sud, sur ses amitiés au sein du groupe des symbolistes, notamment avec le poète Stéphane Mallarmé. Sur d’autres clichés ce sont Picasso et Matisse que l’on voit, saisi devant une peinture ou un dessin de Renoir, confirmant ainsi qu’il fut bel et bien regardé par cette avant-garde tonitruante. Mieux, que cette dernière se mesura à l'auguste Renoir. C’est d’ailleurs tout le sens de la toute première salle qui met face à face deux Renoir et un Picasso sur le même thème de la danse villageoise.

Mais si leçon il y a eu, elle est peut-être dans ce courage que Renoir a déployé jusqu’à sa mort - allant même jusqu’à se mettre à la sculpture à l’âge de soixante ans -, ce dont s’est peut-être souvenu Matisse (« l’un des derniers à l’avoir vu peindre ses derniers tableaux », souligne Sylvie Patry) quand, atteint d’un cancer et à moitié paralysé, il n’a jamais renoncé à ses pinceaux. Avec l’immense talent que l’on sait, dans son cas.

«Le concert» de Pierre-Auguste Renoir (vers 1918-19).
«Le concert» de Pierre-Auguste Renoir (vers 1918-19). RMN

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