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Justice internationale

Karadzic boycotte son procès

Les femmes des familles des morts lors du massacre de Srebrenica en juin 1995 montrent un tapis sur lequel figurent les noms de leurs enfants, maris et frères, à Sarajevo, le 24 octobre 2009.
Les femmes des familles des morts lors du massacre de Srebrenica en juin 1995 montrent un tapis sur lequel figurent les noms de leurs enfants, maris et frères, à Sarajevo, le 24 octobre 2009. Reuters /Danilo Krstanovic

Le procès pour génocide de l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, qui s'est ouvert en son absence lundi devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), a été ajourné à mardi. Le bras de fer engagé par M. Karadzic, 64 ans, pourrait placer le tribunal dans l’impasse.

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De notre correspondante à La Haye, Stéphanie Maupas

L’ex-chef politique des Serbes de Bosnie a choisi de jouer, à l’ouverture de son procès lundi 26 octobre, la politique de la chaise vide. Incarcéré depuis quinze mois dans la prison de Scheveningen, une cité balnéaire en banlieue de La Haye, Radovan Karadzic estime qu’il lui faudrait encore une dizaine de mois pour être prêt face aux accusations du procureur. Un dossier de près d’un millier de pages, et les dépositions de 409 témoins parmi lesquels des victimes de la politique d’épuration ethnique orchestrée par Radovan Karadzic durant la guerre civile en Bosnie-Herzégovine. Accusé de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis dans l’objectif d’expulser les Musulmans et les Croates de Bosnie des territoires revendiqués par les Serbes, Radovan Karadzic prépare, depuis son arrestation dans une banlieue de Belgrade fin juillet 2008, sa contre-attaque. Elle tient en un mot : « Résistance ». Et en une théorie largement assénée durant la guerre : les forces serbes luttaient « contre la mise en place d’un Etat islamique au cœur de l’Europe ».

Au nom de la vérité

En matière de justice internationale, « l’auto-défense » ou la « résistance » n’a pas sa place pour justifier des crimes contre l’humanité. Radovan Karadzic s’oriente donc très clairement, et sans surprise, vers une défense politique face au tribunal, au nom de la vérité, argue-t-il, comme l’ont fait avant lui l’ancien président yougoslave, Slobodan Milosevic, son homologue irakien, Saddam Hussein, ou le responsable nazi, Herman Goering. Le dossier du procureur porte sur trois événements clés de la guerre : les 44 mois du siège de Sarajevo, le massacre en quelques jours de plus de 7 000 Musulmans de Srebrenica et la déportation des femmes et des enfants loin de l’enclave déclarée zone protégée par les Nations unies, enfin, la prise en otage de près de 200 Casques bleus en mai et juin 1995.

Violations de l’embargo des Nations unies

Radovan Karadzic, lors de sa première comparution devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.
Radovan Karadzic, lors de sa première comparution devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Reuters

Ces Casques bleus, Radovan Karadzic estime qu’ils ont été utilisés pour faciliter le trafic d’armes en faveur des forces bosniaques, en violation de l’embargo des Nations unies. Depuis plusieurs mois, il demande à vingt-sept Etats de coopérer – une obligation selon la procédure du TPIY – en lui fournissant pièces et documents. Parmi eux figurent la France, les Etats-Unis, le Royaume uni, l’Allemagne mais aussi l’Iran, le Pakistan, l’Egypte et la Jordanie et bien sur la Bosnie et la Croatie. Tous rechignent à ouvrir leurs archives au concepteur de l’épuration ethnique. S’il refuse d’être représenté par un avocat dans le prétoire, Radovan Karadzic a néanmoins confié son enquête à l’avocat américain, Peter Robinson. Epaulé par une vingtaine de spécialistes du droit international, il produit sans relâche requêtes, injonctions et courriers, adressés aux ambassades à La Haye. Au-delà du recueil de preuves qui conforteraient sa thèse, le chef politique des Serbes de Bosnie espère obtenir des documents qui décrédibiliseraient les futurs témoins du procureur. Parmi les témoins « internationaux » du procureur, figurent officiers, conseillers et diplomates, comme les généraux britanniques Michael Rose et Rupert Smith, anciens commandants des forces des Nations unies en Bosnie, ou encore l’ambassadeur américain Herbert Okun.

Le procureur a évité un procès minimaliste

Au cours des derniers mois, le procureur a du resserrer la présentation de son affaire, mais est parvenu à résister contre les tentatives des juges d’éliminer certaines des charges portées contre Radovan Karadzic, notamment après que des victimes aient manifesté à Sarajevo mi-septembre, enflammant des portraits des juges de La Haye. Echaudés par la mort de Slobodan Milosevic dans sa cellule, en mars 2006, après quatre ans de procès et à quelques mois de sa condamnation, et contraint par les limites imposées par New York, qui demande à la juridiction de fermer ses portes au plus vite, les juges ont finalement imposé au procureur de présenter ses preuves en 300 heures d’audience, évitant ainsi de conduire un procès minimaliste à l’encontre d’un homme contre lequel des milliers de victimes espèrent une lourde condamnation.
 

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