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Amérique latine

Avortement: un pas en avant, deux pas en arrière

Au Pérou, le débat sur l'avortement provoque une véritable levée de boucliers dans les milieux religieux et conservateurs. Une commission parlementaire a voté pour qu’une dépénalisation partielle de l’interruption volontaire de grossesse soit débattue devant le Congrès.

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« Les riches avortent, les pauvres meurent ». Tel était le slogan crié par des milliers de défenseurs des droits des femmes, qui ont manifesté devant le Congrès à Lima, alors que la commission parlementaire devait se prononcer sur un débat devant les parlementaires concernant l’avortement.

Cette nouvelle a suscité un véritable tollé, tant du côté de l'Eglise catholique péruvienne que dans l'opinion publique. Même au sein du gouvernement, il y a eu des confrontations entre les « pro » et les « anti » avortement, tant est si bien que le ministre de la Défense a menacé de démissionner au cas où une dépénalisation partielle de l'IVG serait adoptée. Malgré ces tensions, le Congrès devrait se saisir du dossier dans les prochains jours. Une victoire importante pour les défenseurs des droits des femmes, qui se battent depuis des décennies pour un plus large accès à l’avortement, et ceci non seulement au Pérou mais plus globalement en Amérique latine.

« Selon les estimations de l'Organisation mondiale de la Santé, environ quatre millions d'avortement à risque, c'est-à-dire dans des conditions d'hygiène et de sécurité insuffisantes, se produisent chaque année en Amérique latine », explique Agnès Guillaume, démographe à l’Institut de recherche pour le Développement. « Cela représente environ 11 à 12 % des décès maternels. C'est aussi une cause importante de morbidité maternelle. On estime par exemple qu'entre 10% et 50 % des avortements à risque nécessitent des soins pour complication. Les conséquences pèsent non seulement sur la santé des femmes, mais également sur la charge du système sanitaire ».

Une législation très restrictive

Si les femmes risquent souvent leur vie pour interrompre une grossesse non désirée, c'est parce que la législation sur l'avortement reste très restrictive dans la plupart des pays latino-américains. Il n'y a qu'à Cuba, à Puerto Rico et dans la ville de Mexico où les femmes ont le droit d'avorter pendant les trois premiers mois de grossesse sans fournir de motif. Certains Etats de la région - comme le Salvador, le Honduras, le Nicaragua, la République dominicaine et le Chili - ont, au contraire, complètement interdit la procédure en toute circonstance, effectuant ainsi même un pas en arrière.

Au Chili et au Nicaragua, le droit à l'avortement avait auparavant été garanti aux femmes. Pour Maité Albagly, consultante à l’Union européenne, ancienne directrice générale du Planning familial en France et spécialiste des droits des femmes, la cause de cette régression est à chercher dans « une montée du religieux en Amérique latine, tant de l'Eglise catholique que des Eglises protestantes charismatiques. Et quand je parle de l'Eglise catholique, ce sont les éléments les plus réactionnaires de l'Eglise catholique, avec l'Opus Dei qui est très présent dans la société ».

« La société ferme les yeux »

Malgré l’interdiction de l’IVG dans certains pays, les avortements y sont bel et bien pratiqués. « La société et le gouvernement ferment les yeux », critique Maité Albagly, qui donne l’exemple de son pays natal, le Chili.
 

Maité Albagly, consultante à l’Union européenne, ancienne directrice générale du Planning familial en France

 « Les femmes riches ont des cliniques à leur disposition, sauf qu’on n’appelle pas ça avortement mais une crise de l'appendicite. Ce sont les femmes pauvres qui sont pénalisées. Elles vont chez les faiseuses d’anges ».
 

Même dans les pays latino-américains où l'avortement est autorisé sous certaines conditions, cet accès reste souvent plus théorique que réel.
Au Brésil, le cas tragique d’une petite fille de neuf ans a fait couler beaucoup d’encre, il y a quelques mois. Elle a été violée par son beau-père et était enceinte de jumeaux. Au Brésil, l'avortement est légal après un viol ou si la vie de la mère est en danger. Dans le cas de la fillette, les deux conditions étaient réunies. Pourtant, après l'avortement, la victime, sa mère ainsi que les médecins impliqués ont été excommuniés par le clergé catholique.

L’accès à l’avortement reste limité

En Colombie, les militantes pour les droits des femmes ont arraché en 2006 une dépénalisation partielle de l'avortement devant la Cour constitutionnelle. L'IVG y est maintenant autorisée en cas de viol, de malformation du fœtus ou de danger pour la vie de la mère. Pourtant, ces avancées ont apparemment du mal à se frayer un chemin. Florence Thomas milite depuis 40 ans pour les droits des femmes en Colombie.

 

Florence Thomas, militante pour les droits des femmes en Colombie

« Il y a une culture de la maternité ici qui est absolument impressionnante. Depuis trois ans il semble que très, très peu de femmes ont eu recours à ces trois causes exceptionnelles. Beaucoup ne savent même pas qu’elles sont sujet de droit ».

Le 28 septembre dernier, des militantes pour une dépénalisation plus large de l'avortement ont manifesté simultanément dans plusieurs pays latino-américains. Dans certains Etats, le sujet s'invite même dans les campagnes électorales. C'est le cas au Chili.

Maité Albagly, consultante à l’Union européenne, spécialiste des droits des femmes

« Les derniers sondages ont été tellement favorables à un débat sur l’avortement que les deux candidats à l’élection présidentielle ont déclaré que la question allait être discutée au Parlement s'ils étaient élus président ».

Comme le Pérou, le Chili est en effet un cas emblématique dans le débat sur l'avortement. Et la campagne électorale sera l'occasion de voir quelles sont les évolutions possibles sur ce dossier toujours très sensible en Amérique latine.

 

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