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JUNGLE

Vies et avatars de Tarzan

Musée du quai Branly. Exposition : «Tarzan ! Rousseau chez les Waziri».
Musée du quai Branly. Exposition : «Tarzan ! Rousseau chez les Waziri». Photo : Antoine Schneck
Texte par : Elisabeth Bouvet
5 min

Tarzan au musée des arts premiers… Evidemment, la promiscuité a de quoi laisser songeur. « A l’heure de la mondialisation, […], nous donnons à chaque visiteur l’occasion de réfléchir sur tout ce matériau culturel et intellectuel qu’il porte en lui », expliquait Stéphane Martin, le directeur du musée du quai Branly, dans un entretien accordé au Journal du Dimanche la veille de l’ouverture de l’exposition. Beaucoup ayant découvert l’Afrique à travers les yeux de l’homme-singe, c’est donc la relation nord-sud que cette présentation justement intitulée Tarzan ou Rousseau chez les Waziris se propose de scruter en sept chapitres très colorés et précieusement illustrés. A visiter au musée du quai Branly jusqu’au 27 septembre.

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 (Première publication : 29 juin 2009)

 

Edgar Rice Burroughs avec Elmo Lincoln pendant le tournage de «Tarzan of the Apes», de Scott Sidney, 1918.
Edgar Rice Burroughs avec Elmo Lincoln pendant le tournage de «Tarzan of the Apes», de Scott Sidney, 1918. Edgar Rice Burroughs, Inc et utilisé selon permission

Lord Greystoke (car oui, c’était un aristocrate anglais) alias Tarzan voit le jour en 1912, tout droit sorti de l’imagination particulièrement fertile de l’Américain Edgar Rice Burroughs. Né en 1875 à Chicago, Burroughs n’a jamais voyagé. Et il mourra en 1950 sans avoir mis les pieds sur le continent africain. Sa source d’inspiration ? Très probablement l’exposition universelle qui s’est tenue à Chicago en 1893 et où le jeune Burroughs alors âgé de 18 ans a pu admirer les exploits du premier bodybuilder de toute l’histoire, l’illustre Sandow habillé d’un slip en peau de panthère. L’auteur de Tarzan of the Apes, première aventure d’une série qui en comprendra vingt deux, ne cache pas, par ailleurs, sa passion pour la mythologie et plus précisément pour la légende de Romulus et Rémus. Quant à l’éventuelle influence du Livre de la jungle de Kipling, il ne l’admettra jamais vraiment.

Darwin, l'exploitation coloniale et les gratte-ciel


Il faut également, souligne Roger Boulay, le commissaire de l’exposition, se souvenir de l’environnement propre à ce début de XXe siècle marqué par l’édification des gratte-ciel mais pas uniquement : « Nous sommes en pleine colonisation glorieuse de l’Afrique, et il observe tout cela, les safaris, les trophées de chasse, avec dégoût. Et dans le même temps, il est passionné par les théories du darwinisme publiées quinze ans avant sa naissance ». Tout un ensemble de données qui, mêlées les unes aux autres, vont façonner Tarzan, et l’inscrire dans la lignée des mythes fondateurs. Roger Boulay, dans son introduction, le présente ainsi comme « le frère d’Hercule et le petit cousin de Rémus et Romulus […]. C’est un ange que la méchanceté du monde oblige à sortir du jardin d’éden ». De fait, il est le premier blanc à s’élever contre le pillage de l’Afrique, à dénoncer le scandale de l’exploitation coloniale, les compagnies forestières et le massacre des grands animaux. Premier blanc, et premier vert…

Le cinéma au service du mythe
 

1946 Sol Lesser Productions, Tous droits réservés.

Dans les livres de Burroughs, « Tarzan est d’abord un personnage rousseauiste avec de grandes idées sur l’homme, dénaturé par la vie urbaine. Très vite, on parle de tout autre chose que de l’Afrique. Tarzan, de ce point de vue, est bien occidental », reprend le commissaire de l’exposition qui reconnait avoir été surpris par « la qualité et la richesse des romans, hélas jamais réédités ». De fait, c’est le cinéma qui fera de Tarzan un personnage très appauvri, réduit par exemple à ânonner quand il ne lance pas son célébrissime cri, alors que dans les récits de Burroughs, il est parfaitement polyglotte. « Le premier film sort en 1919, et c’est avec cette adaptation que l’Europe découvre l’homme singe puisqu’il faudra attendre 1926 pour trouver la première traduction chez Fayard ».

Si le cinéma - rien moins que 46 adaptations, sans citer les séries télévisées - a contribué largement à faire de Tarzan un mythe populaire, il en a également fait un personnage caricatural, véhiculant des stéréotypes racistes sur l’Afrique. Est-ce pour cette raison qu’on s’amuse beaucoup devant la galerie de portraits (carrément kitsch) des acteurs qui ont successivement incarné le héros jusqu’au Français Christophe Lambert ? Roger Boulay avoue « avoir beaucoup ri devant les chaussons de Franck Merrill (le dernier acteur muet, ndlr) ». Car si on ne présente plus l’ancien champion olympique de natation Johnny Weissmuller, 12 fois Tarzan à l’écran et véritable icône, ils sont une petite dizaine à avoir tour à tour revêtu la peau de panthère puis le pagne.

Robes-léopard, peluches et pub


Même prolixité en ce qui concerne la bande dessinée qui n’a pas moins que le 7e art facilité la diffusion à grande échelle de Tarzan. Tous les dessinateurs qui l’ont croqué sont présents à commencer par le légendaire Burne Hogarth (1911-1996) qui excellera à partir de 1936 dans la représentation des corps en mouvement, son « dada ». « L’exposition permet de découvrir la beauté et la richesse des planches de Hogarth. Trente sont présentées qu’on n’est pas prêt de revoir puisque les collections publiques n’en possèdent qu’une ». L’occasion également, une fois n’est pas coutume, de voir Jane, la fiancée de Tarzan, en tenue d’Eve… Une image qui ne fut jamais publiée, les censeurs américains ayant exigé de son auteur, l’illustrateur Rex Maxon, qu’il dissimulât un tant soit peu son anatomie. Nous étions en décembre 1947.

Du gorille qui nous accueille à l’entrée de l’exposition à l’accumulation de documents, livres, planches, extraits de films, peluches, figurines à l’effigie de l’hôte des lieux, affiches publicitaires jusqu’aux créations façon léopard de stylistes contemporains cherchant à réveiller la part sauvage qui sommeille en chacun de nous… C’est donc toute la saga de Tarzan (« L’homme blanc » dans le lexique élaboré par Burroughs) que l’exposition se propose de revisiter jusqu’à ce final qui marque le retour, pour de bon, dans le giron de mère nature, seule alternative sensée à la décadence moderne. Tarzan engagé dans le sauvetage de la planète... Tendance, quoi !
 

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