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CINEMATHEQUE

Bienvenue à Tativille

Elisabeth Bouvet/RFI
Texte par : Elisabeth Bouvet
5 mn

C’est tout Paris qui fête Tati. Rien moins que trois lieux pour rendre hommage au réalisateur des Vacances de Monsieur Hulot : le Centquatre qui présente, reconstituée grandeur nature, la Villa Arpel, décor ultramoderne du film Mon Oncle, le musée des arts décoratifs qui propose un Spécial Tati : le bel âge des arts ménagers et enfin la Cinémathèque qui, elle, évoque la carrière du cinéaste et saltimbanque (1907-1982). Des images, du son, des archives, des photographies, des portes vitrées, des poubelles-colonnes, des vélos, des cabines de plage et des invités-surprises… Avec l’exposition Jacques Tati, deux temps, trois mouvements, c’est Jour de fête jusqu’au 2 août !

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(Première publication : 10 avril 2009).

Il est tellement grand Jacques Tati (1m90 sous la toise) qu’il déborde, hors les murs. Et ça commence dès la sortie du métro Bercy. Le long de la rue qui mène à la Cinémathèque, on croise sa silhouette longiligne accrochée aux arbres, la pipe en l’air ou le nez penché sur le fameux teckel de Mon Oncle, mais l’imper trapèze et le pébroc de rigueur. Image d’Epinal bientôt relayée, une fois dans les lieux, par une installation non moins emblématique. Elle tombe du plafond, juste au dessus des caisses de la Cinémathèque : on y voit 5 Tati de 5 couleurs différentes juchés sur un vélo, hommage à François le facteur de Jour de fête. Et dans l’ascenseur qui vous mène au 5e étage, là où se trouve l’exposition, pleuvent des sonorités aussi étranges qu’inaudibles. Macha Makeïeff, la co-commissaire de l’exposition, le confirme : « C’est bien d’une expérience qu’il s’agit, à la fois plastique et sensorielle. J’ai voulu mettre le spectateur dans la situation de Hulot qui ne comprend pas le monde moderne qui l’entoure où tout est confusion ».

Elisabeth Bouvet/RFI

C’est précisément autour de ce décalage que s’est bâtie l’exposition dont le titre Deux temps, trois mouvements renvoie justement à cette ambivalence. Car si Macha Makeïeff est « partie du corps dégingandé, inadapté de Jacques Tati », c’est pour mieux renvoyer au music-hall où l’acteur et réalisateur a fait ses classes, et vers lequel d’ailleurs il est revenu, à la fin de son existence, notamment en 1973 avec Parade ce spectacle où il campe une sorte de centaure, mimant à la fois le cheval et le cavalier : « Tati, c’est vraiment l’essence du cinéma forain, et même s’il est allé jusqu’aux limites de ce que lui proposait la technologie dans une espèce de souci de modernité, de raffinement dans l’aspect technique de son travail, il y a toujours quelque chose de l’ordre du jeu, de la pantomime ».

Et la déambulation dans l’exposition s’articule autour de ces « deux temps » juxtaposés dans ce couloir qui nous jette immédiatement dans le bain : face à face des affiches dans toutes les langues (mais toutes sur le même modèle) de Playtime sur un fond uniformément gris (genre, la modernité c’est monotone) et une fresque où l’on revoit les différents personnages de Tati, du dernier au tout premier, dans les années 1930 quand il pratique le music-hall, son premier long-métrage, Jour de fête datant de 1949, même si Tati n’a jamais cessé de reprendre ses films ou pour rajouter une scène ou pour introduire la couleur… à la manière finalement des artistes du music hall qui retravaillaient sans arrêt leurs numéros.

Stéphane Dabrowski / Cinémathèque française.

« Deux temps » encore quand on songe à son rapport entre fascination et répulsion pour la modernité qu’il considère de toute façon comme « un vaste terrain de jeu ». Dans ce que Macha Makeïeff appelle « la nef », soit la partie centrale de l’exposition, le visiteur est introduit, après avoir franchi une porte (forcément) vitrée, dans les décors des films du Tati observateur ironique de son temps : Mon Oncle (1959), Playtime (1967) et Trafic (1971). Maquette de la villa Arpel, ustensiles, gadgets, néons multicolores, canapés-boudins, poisson-fontaine, poubelle-colonne… Ajoutez à ces éléments aux couleurs acidulées, une bande sons omniprésente, et on se croirait tout bonnement sur la pellicule. « Même s’il s’amuse avec malice de la modernité, de l’urbanisation, de la globalisation, du conformisme du regard et de l’avènement d’une société du spectacle, il y a aussi une fascination, une jubilation, toujours. Ces films rendent compte de ce goût qu’il avait à regarder la ville, sa beauté ». Ainsi que les voitures, personnages à part entière dans ses films, et plus particulièrement dans Trafic avec notamment ce long, interminable travelling sur un embouteillage suite à un accident de la route.

Images de tôles froissées qui trouvent un écho dans les œuvres concassées du sculpteur César (une d’entre elles est exposée) ou dans un film comme Crash de David Cronenberg dont un extrait est diffusé, en contrepoint. Aussi funambule soit-il, Jacques Tati n’en reste pas moins un inspirateur, un passeur. Pour l’exposition, Macha Makeïeff a tenu d’ailleurs à solliciter des artistes contemporains à l’instar de Pierrick Sorin ou de Guillaume Cassar : « Je voulais absolument que l’élan de la jeunesse soit là, que la création d’aujourd’hui réponde à l’exposition d’autant que la transmission était un thème auquel Tati était très sensible ».

Et ce n’est pas tout à fait innocent si - une fois n’est pas coutume - le belvédère s’ouvre sur l’extérieur, et en l’occurrence sur les quatre tours (tant décriées) de la BnF, site Mitterrand, « faisant ainsi écho à Tativille, à l’urbanisation rêvée de Jacques Tati qui se voyait d’ailleurs tout à fait architecte et qui s’est amusé de ces constructions-là ». Et de fait, elles entrent tout naturellement dans l’exposition, comme si, décidément, Jacques Tati débordait de toute part.

<em>Playtime</em> de Jacques Tati (1967)
<em>Playtime</em> de Jacques Tati (1967) Les Films de Mon Oncle.

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