EXPOSITION

Ingres parmi les modernes

Elisabeth Bouvet/RFI

musée Ingres (1780-1867) rend hommage à la modernité de l’artiste français généralement considéré comme un peintre néo-classique. Deux cents toiles, dessins et photographies d’artistes venus du monde entier et survolant un vaste panel allant, entre autres, de Picasso à Picabia, de Masson à Rauschenberg, de Raysse à Bacon, de Mappelthorpe à Muniz, de Sherman à Miss.Tic, ont été réunis, nourrissant un dialogue fructueux avec le maître des lieux. Dedans mais aussi dehors, dans les rues de la ville natale de l’académicien, par ailleurs excellent joueur de violon. Ingres et les Modernes, le titre de l’exposition, fait la preuve que Jean-Auguste-Dominique Ingres est plus vif que mort. A voir absolument jusqu'au 4 octobre." > Jeu de piste à Montauban, dans le Tarn, où le musée Ingres (1780-1867) rend hommage à la modernité de l’artiste français généralement considéré comme un peintre néo-classique. Deux cents toiles, dessins et photographies d’artistes venus du monde entier et survolant un vaste panel allant, entre autres, de Picasso à Picabia, de Masson à Rauschenberg, de Raysse à Bacon, de Mappelthorpe à Muniz, de Sherman à Miss.Tic, ont été réunis, nourrissant un dialogue fructueux avec le maître des lieux. Dedans mais aussi dehors, dans les rues de la ville natale de l’académicien, par ailleurs excellent joueur de violon. Ingres et les Modernes, le titre de l’exposition, fait la preuve que Jean-Auguste-Dominique Ingres est plus vif que mort. A voir absolument jusqu'au 4 octobre.

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(Première publication : 20 août 2009)

En contrebas du musée Ingres, au bord de la voie sur berge, a été installé l’imposant Monument à Ingres (1871) d’Antoine Etex qui reproduit en bronze l’Apothéose d’Homère, tableau peint en 1827 et visible aujourd’hui au Louvre. Devant, en toge et de profil - façon médaillon - trône celui auquel cette sculpture est dédiée : un Jean-Auguste-Dominique Ingres nourri de Raphaël, Michel-Ange, Poussin, Dante, Virgile, Racine, Boileau, etc… Tous reconnaissables dans les nombreux personnages réunis dans cette œuvre. Le temps d’une exposition, et par la grâce d’une installation conçue par des étudiants en arts appliqués, les visages changent de noms et les anciens sont tout bonnement remplacés par les modernes, ceux-là mêmes qui, un peu plus haut, intramuros, expriment, sans détour, leurs dettes envers l’enfant du pays.

Elisabeth Bouvet/RFI

Car, indique le conservateur au Louvre Dimitri Salmon, l’un des trois commissaires de l’exposition, si Ingres et les modernes rappelle brièvement qu’« avant d’avoir été utilisé, pillé, détourné, le peintre a beaucoup regardé et dévoré tout ce qu’il y avait de graphique en France et en Italie pour se former », la source, ici, c’est lui. Une source à laquelle les trois commissaires ont tenu à « coller le plus possible » : « Le principe de l’exposition consistant à prendre un prototype d’Ingres et sa suite immédiate. On n’a pas réuni des œuvres dans l’esprit d’Ingres. A chaque fois, on parle de choses formellement très précises pour montrer l’omniprésence d’Ingres au XXe siècle jusqu’au début du XXIe ». Et cela, quel que soit l'appartenance esthétique et la renommée des « émules ».

Pas de grandes catégories donc, mais des tableaux ou des dessins soigneusement choisis et dont le motif, le sujet se répètent, reconnaissables, dans les cent soixante œuvres qui entourent la quarantaine de pièces d’Ingres, faisant de cette exposition une ronde étourdissante, comme un jeu de miroirs qui démultiplierait à l’infini Œdipe et le Sphinx, La Grande Odalisque, Monsieur Bertin, Mademoiselle Rivière, La Petite Baigneuse ou encore La Source. Edifiante mise en regard(s) qui, au vu de la diversité et des courants et des artistes se réclamant d’Ingres, déclame avec une foisonnante richesse la persistance ingresque. « Tous les artistes se sont reconnus d’une manière ou d’une autre, à un moment à un autre, dans Ingres », confirme Dimitri Salmon.

Et l’échange est à ce point fructueux qu’aux évidents hommages, emprunts et variations connus et célébrés se mêlent également des œuvres et des artistes moins « mémorables » : « Pour traiter de la postérité moderne d’Ingres, souligne le commissaire de l’exposition, on ne voulait surtout pas choisir que des grands noms et faire un étalage. Traiter ce sujet, c’était aussi faire une place à de tout jeunes artistes et les exposer à deux pas de Francis Bacon, d’André Masson, de David Hockney ou de Robert Rauschenberg. De même, il s’agissait de remettre aux cimaises des artistes qu’on ne voit plus guère ».

Le Bain Turc, 1983 Charles-Marie Hilpert. (Collection particulière).
Le Bain Turc, 1983 Charles-Marie Hilpert. (Collection particulière). Elisabeth Bouvet/ RFI

Et Dimitri Salmon de citer l’artiste libano-américaine Rima Jabbur (inconnue en France) et sa provocante Odalisque au masculin (1999), la Coréenne Julie An (pareillement à découvrir et pareillement inspiré par La Grande Odalisque), Gaël Davrinche et son irrévérencieux portrait d’un Bertin (2005) plus proche du clown que du patron de presse, Stéphane Lallemand et, entre autres, son Télécran de la Grande Odalisque (1989), ou encore Jacques Brissot, peintre passablement oublié et dont l’exposition permet de revoir Songe (1984), en hommage au Songe d’Ossian d’Ingres. Soit un ensemble éclectique qui n’en souligne que davantage la force de la démonstration. Avec en prime des œuvres archiconnues qui, elles, ont fait l’objet de tractations intenses à l’instar du Collage (1967) de Robert Rauschenberg, en provenance de Russie et qui a été restaurée expressément pour cette exposition. C’est encore Martial Raysse dont la tête de la Grande Odalisque est exposée et qui a ressorti de ses tiroirs des dessins réalisés jusque dans ces dernières années et derrière lesquels se lit l'influence au long cours du maître de Montauban.

 

De g. à d. «Portrait de madame Gonse», 1852 (Musée Ingres à Montauban). «Portrait de Marie-Thérèse Walter», 1937 (Musée Picasso à Paris).
De g. à d. «Portrait de madame Gonse», 1852 (Musée Ingres à Montauban). «Portrait de Marie-Thérèse Walter», 1937 (Musée Picasso à Paris). Elisabeth Bouvet/RFI

En effet, note Dimitri Salmon, « le lien se fait aussi au sein même de la carrière d’un artiste. Ainsi de Martial Raysse mais aussi d’un Georges Rohner qui revient à Ingres régulièrement ». Quant à cette postérité largement partagée, il l’explique par le fait que « tous ces artistes vont chercher chez Ingres ce qu’ils cherchent dans leur propre pratique artistique. La personnalité de Monsieur Ingres ou les œuvres d’Ingres vont servir les problématiques de chacun des artistes qui le regardent ». Ingres, étalon pour leurs différentes sphères d’investigation plastique et/ou politique ? Même dans cette propension à le défigurer comme Pol Bury, voire l’attaquer tel Francis Picabia. Mais, fait-on observer, « Picabia dénonce surtout ce que ses contemporains ont fait d’Ingres, un chantre de l’art français. C’est cette vision nationaliste, cette récupération politique qui l’irrite et il va donc faire de La Belle Zélie (1806), une Espagnole (1902) ».

« Dans le registre de la provocation, tous ces artistes, et ils sont nombreux, à avoir travaillé sur les déformations formelles et la sensualité mettent en exergue des éléments incompris des contemporains d’Ingres, et encore aujourd’hui d’une grande majorité du public pour qui Ingres représente encore le comble de l’académisme ». Ingres et les modernes, une exposition en réaction contre cette image erronée ? C’est bien ainsi que Dimitri Salmon l’a conçue, pour modifier notre perception. On est bien dans cet esprit de dialogue déjà mentionné : les artistes du XXe siècle qui ont regardé Ingres influencent, à leur tour, le regard que nous avons du Montalbanais, lui redonnant du même coup un lustre, une (im)pertinence qui ne demandait visiblement qu’à être époussetée. La preuve, Ingres est même sorti du musée pour s’afficher sur les murs et sur le flanc des bus… à l’air libre !

Affiche des Guerilla Girls, 2009.
Affiche des Guerilla Girls, 2009. Elisabeth Bouvet/ RFI


 

A signaler trois autres expositions à ne pas manquer en province. Céret, un siècle de paysages sublimés, au musée d'art moderne de Céret, la ville qui inspira, entre autres, les cubistes dont Braque et Picasso.

L'infatigable Picasso que l'on retrouve à Aix-en-Provence aux côtés de Cézanne pour un tête à tête qui se tient au Musée Granet.

Enfin Miro (en son jardin) est à l'honneur à la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence.

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