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Maxime Leo: « Je ne croyais pas que la situation serait durable. »

Maxim Leo.
Maxim Leo. DR

Le soir du 9 novembre 1989 ressemble pour Maxim Leo à un jeu de pistes. Le jeune homme, 19 ans à l'époque, se précipite dans la rue avec sa copine en apprenant que le Mur est ouvert. Il se rend à un premier poste-frontière où, comme partout, les policiers non informés sont pris de court. 

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 Pour gagner du temps, un officier conseille à ses compatriotes de se procurer un visa. « Nous étions encore très naifs. Pour nous, c’était évident qu’on ne pouvait pas franchir la frontière sans formalités », se rappelle Maxim Leo en souriant. Les bureaux où l’officier les a envoyés est fermé. Les jeunes gens se rendent au poste-frontière de Checkpoint Charlie, le point de contrôle mythique de la Guerre froide. Le Mur est déjà ouvert. Maxim Leo traverse sans qu’on lui demande le moindre papier le no man’s land, en allemand « la bande de la mort ».

L’euphorie dont témoignent tant d’images de cette soirée ne l’atteint pas : « Je n’ai pas ressenti ce moment avec l’émotion que j’aurais aimé éprouver. Je me suis dit que c’était historique, que c’était peut-être le moment le plus important de ma vie et mes sentiments sont passés à l’arrière-plan », se rappelle Maxim Leo avec un léger regret depuis son bureau au quotidien Berliner Zeitung qui domine l’Alexander Platz.

Il y a vingt ans, le jeune homme avait rompu avec le régime de l’époque. Paradoxalement, c’est son grand-père, un ferme soutien du pouvoir, qui y avait contribué. Gerhard Leo, juif communiste exilé en France où il s’engage dans la résistance croyait en la RDA qu’il avait contribué à bâtir. Le journaliste sera plus tard le correspondant à Paris de l’organe officiel du PC est-allemand Neues Deutschland. Mais faisant découvrir à son petit-fils son pays d’adoption lors d’un voyage en France en 1986, un privilège permis seulement à certains, Gerhard Leo dont la fille a déjà pris ses distances avec le régime contribue, bien malgré lui, à faire perdre ses dernières illusions à son petit-fils qui vient de sortir un livre sur l’histoire de sa famille : « Après ce que j’ai vu à l’Ouest, je ne supportais plus l’Est. Le socialisme que mon grand-père avait construit me paraissait complètement dépassé ».

Trois ans plus tard, Maxim Leo participe aux mouvements de protestation qui précèdent la chute du Mur. Il se rappelle une période unique : « L’Ouest à cette époque ne m’intéressait pas particulièrement. Je trouvais la perspective d’une troisième voie entre capitalisme et communisme plus passionnante. Personne ou presque personne ne pensait à la chute du Mur. L’objectif, c’était une autre RDA où le socialisme ne serait plus perverti par les Staliniens. Ces semaines étaient une période passionnante, beaucoup plus d’ailleurs que celle qui suit le 9 novembre. Le pouvoir était dans la rue. Des groupes politiques se créaient, on discutait, une dynamique fantastique règnait. On avait vraiment l’impression que le peuple avait repris le pouvoir et que tout devenait possible, que ce régime qu’on croyait invicible avait rendu l’âme. Toutes ces illusions ont disparu avec la chute du Mur. »

Durant les jours qui suivent, Maxim Leo encore sceptique après l’annonce de l’ouverture des frontières passe plusieurs fois d’Est en Ouest et inversement. Et pour assurer ses arrières, le jeune homme se fait établir un passeport ouest-allemand : « Je ne croyais pas que la situation serait durable. Je me suis dit qu’avec ces papiers, je serais du bon côté du Mur quoi qu’il arrive s’il devait se refermer. »

Malgré sa rupture avec l’ancien régime est-allemand, Maxim Leo accompagne la réunification avec des sentiments mêlés. Le jour de la réunification, le 3 octobre 1990, il préfère quitter son nouveau pays : « J’étais assez dégoûté par cette nouvelle Allemagne. Les drapeaux et l’hymne national, ça me faisait un peu peur. Je suis parti en Italie. J’ai mis du temps à dire 'Allemagne', ça me paraissait quasiment réactionnaire. Je préférais parler de la  République fédérale. Aujourd’hui, j’ai un lien plus détendu avec ce pays et je n’ai plus de problème à l’appeler par son nom. »

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