Accéder au contenu principal
Climat

Barcelone: l’avenir d'un accord mondial reste incertain.

Barcelone.
Barcelone. RFI/Anne Lobjoie
Texte par : Anne Lobjoie
5 min

Du 2 au 6 novembre 2009, Barcelone accueille 4000 délégués de près de 180 pays chargés d’ébaucher le nouvel accord mondial qui devra être présenté, discuté et décidé lors de la conférence de Copenhague en décembre prochain pour faire suite au protocole de Kyoto (2012). Rassembler dans un accord équitable les pays du Nord et du Sud est un pari loin d'être gagné. Regard du scientifique Benjamin Pohl, chargé de recherche au CNRS à Dijon (France)

Publicité

RFI: Après deux années de discussions interminables à la suite du Sommet de Bali (décembre 2007), la conclusion d’un traité mondial complet relève apparemment de la mission impossible. Pourquoi  les pays du Sud ont-ils tant de mal à négocier avec les pays du Nord?

Benjamin Pohl:Schématiquement, on observe de grosses difficultés dans les négociations entre pays du Nord et pays du Sud. Les pays du Sud se perçoivent comme les victimes car leur contribution au changement climatique est limitée. De plus, les conséquences du changement climatique seront plus fortes dans la ceinture tropicale. Leurs sociétés qui reposent essentiellement sur l’activité agricole sont d’autant plus vulnérables aux fluctuations climatiques.

D'où une volonté de ces pays de diversifier leurs sources de revenus pour les rendre moins dépendants de l'agriculture. Mais se tourner vers l'essor industriel implique une émission de gaz à effet de serre. Cela contribue à expliquer la réticence de ces pays à participer aux efforts de réduction des gaz à effet de serre, car cela ne pourrait que nuire à leur développement économique des quelque années voire dizaines d'années à venir.

Mais toute politique menée par les seuls pays du Nord est vouée à l'échec, la Chine et l'Inde regroupant à elles seules 40% de la population mondiale. Les populations des pays en émergence attendent le progrès du développement économique qui leur a été promis depuis quelques décennies, ce qui amènerait à la généralisation du mode de développement "occidental" ... le plus émetteur en gaz à effet de serre!

 RFI : Sera-t-il difficile pour les pays du Nord d’adopter de nouvelles mesures ?

B.P. : Bien sûr. Les pays du Nord eux mêmes auront du mal à légitimer des lois de type "taxe carbone" s'ils sentent qu'ils sont les seuls à faire des efforts, et que des biens d'importation ne sont pas soumis également à de telles taxes (ce qui nuit à la compétitivité internationale de leur industrie domestique).

La stratégie des pays du Nord consiste donc à accompagner les pays du Sud vers un modèle de développement plus respectueux de l'environnement, via de possibles transferts de technologie, en contrepartie d'un engagement à réduire les émissions de gaz. Ce que les dits pays ont du mal à accepter, renvoyant les pays du Nord à leurs responsabilités historiques. C'est donc sur la contribution respective des blocs occidentaux et des pays en émergence que porte le problème actuel, et c'est là tout l'enjeu des négociations.

RFI: Quelles seront les conséquences si un accord ne parvient pas à être trouvé?

B.P.: Quoi qu'il arrive le climat continuera de se réchauffer même si toute émission de gaz à effet de serre s'interrompt brutalement. En raison de l'inertie du système climatique, un mouvement amorcé ne peut facilement être arrêté. C'est l'ampleur du réchauffement qui dépend de nos politiques actuelles : il s'agit de décider, collectivement, si nous voulons d'une Terre où il fera +2°C ou +5°C d'ici un siècle.

RFI: Changer les comportements en termes d'environnement implique un coût élevé. Ceci est-il encore réalisable malgré la crise financière persistante?

B.P.: Les enjeux sont sans doute à plus longue échéance que la crise actuelle et liés aux stocks de pétrole restants dans les sous-sols de la planète. Le véritable enjeu est d'aboutir à un mode de développement capable de se passer complètement des énergies fossiles d'ici une trentaine à une quarantaine d'années, mais sans recourir uniquement au nucléaire, les stocks d'uranium étant eux aussi limités (mais avec une échéance légèrement plus longue, quoi que ne dépassant probablement pas le siècle).

Martine Pouchard, correspondante à Barcelone

La forte demande en pétrole / gaz des pays en émergence et l'offre qui va tendre à se raréfier ne permettent pas de laisser présager une baisse prochaine et durable des cours des matières fossiles : c'est ce problème qui sera le plus épineux. Les efforts doivent tendre à rendre cette phase de transition aussi douce que possible.

La crise financière actuelle, de durée beaucoup plus courte que la crise climatique, peut constituer une opportunité pour amorcer cette transition en fondant une partie de la reprise sur de nouvelles filières économiques respectueuses de l'environnement.

RFI: Pensez-vous qu'un réel changement est encore possible ou est-il trop tard?

B.P.: Il est trop tard pour arrêter le réchauffement. Il n'est pas trop tard pour réduire son amplitude et donc ses effets, mais chaque année perdue augmente l'effort qui devra être fait par la suite pour maintenir un réchauffement limité.

* Mardi 3 novembre 2009: Les 53 pays de l'Union africaine, auxquels se sont joints plusieurs pays en développement dont la Bolivie et le Venezuela, attendent des pays les plus riches une réduction de 40% de leurs émissions polluantes en 2020 par rapport à 1990. Ils ont menacé de quitter les négociations si les pays industrialisés -dits de l'Annexe 1- ne ne s'engageaient pas à montrer la voie et mettre leurs chiffres sur la table. L'incident inquiète vivement le secrétariat de la Convention climat des Nations unies (CNUCC) qui pilote les négociations climat, car si autant de pays manquaient à l'appel, les discussions ne pourraient reprendre.

Pour en savoir plus:

IPCC/GIEC

CNRS

Réchauffement climatique

Benjamin Pohl

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.