ART CONTEMPORAIN

Claude Lévêque sur la lagune : noir c’est noir

Claude Lévêque.
Claude Lévêque. AFP/François GUILLOT

De Montreuil (où il vit) à Venise… Claude Lévêque représente la France à la 53e Biennale de Venise, en Italie (7 juin-22 novembre). A 56 ans, l’artiste hyperactif et engagé prend donc ses quartiers dans les Giardini, les jardins qui accueillent la foire d’art contemporain sur le Grand Canal. Même auréolé du titre d’artiste officiel 2009, Claude Lévêque n’a rien perdu de son abrasivité. Titre de son installation : Le Grand Soir.

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(Première publication :5 juin 2009)

Avec son physique de videur, Claude Lévêque est de ces hommes qui intimident. Et il est fort à parier que la lagune se souviendra de la venue de cette personnalité « en réaction ». Ce qui du reste, ainsi qu’il le confiait à RFI tout récemment, ne l’empêche pas de se dire très heureux de représenter la France, de concourir pour elle. L’œuvre qu’il expose dans les fameux Giardini de la cité lacustre, joue sur ces deux aspects comme le résume assez bien le titre de son installation : Le Grand Soir. Référence évidente à l’honneur qui lui est fait de défendre le pavillon tricolore mais également (et surtout) au mouvement anarchiste français, ou du moins à son souvenir à jamais enterré.

Avec cette installation toute tendue de noir et qui s’articule autour d’un système de cages, Claude Lévêque fait en quelque sorte le deuil des utopies. « Mon installation est liée à une réalité : celle du tout sécuritaire, de la perte des utopies et de nos illusions quant à des améliorations à venir pour changer le monde ». Et de reconnaitre que oui, sa position est « radicale », à l’aune finalement de ce que son dispositif tend à exprimer : « L’inaccessibilité à une vie meilleure ». Pas d’échappatoire pour le visiteur puisque, reconnait-il sans ambages, il a fait « une proposition autoritaire de mettre les gens en cage ».

Et même la bande son - inséparable du travail de l’artiste français - ne leur laisse guère plus de chance : « J’ai recueilli le brouhaha des bateaux sur le Grand Canal et c’est cette rumeur que l’on entend dans l’installation. On a donc la sensation d’un bateau qui rentre dans les différents espaces du dispositif. Au bout de chacun de ces espaces, on entend ce bateau qui arrive mais qui ne s’arrête jamais ». Encagé, emprisonné… Le visiteur vit tout simplement un cauchemar.

L'artiste français Claude Lévêque devant son installation "Le grand soir" au pavillon français de la Biennale d'Art de Venise, le 4 juin 2009.
L'artiste français Claude Lévêque devant son installation "Le grand soir" au pavillon français de la Biennale d'Art de Venise, le 4 juin 2009. AFP/Alberto Pizzoli

Autant dire que le pavillon français avec son style rococo s’apprête à vivre durant six mois une de ces métamorphoses dont Claude Lévêque s’est fait le spécialiste, lui qui, s’il vit à Montreuil, n’y possède pas d’atelier préférant s’inspirer du lieu où il se « produira » pour penser ses dispositifs y compris sous la contrainte, ce qui a été le cas à  Venise. C’est d’ailleurs aussi pour « contrarier cet espace mignon » - le pavillon français -  qu’il a imaginé l’agencement du Grand Soir qui tranche effectivement avec l’architecture néo-classique du lieu. Où l’on revient à cette ambiguïté, qu’il revendique du reste, entre la part honorifique de sa présence en Italie et l’aspect réactif et politique de son installation.

Un projet « circonstancié », dit-il, qui, pour être sans illusions, n’en reste pas moins une forme de reconnaissance pour le plasticien français. « J’ai du mal à espérer », le genre d’aveu qui ne pouvait rencontrer plus bel écho que là même où fut tourné Mort à Venise.



Venise mais aussi Paris où Claude Lévêque présente à la MEP, la Maison de la photographie européenne une installation baptisée Le Crépuscule du jaguar. Soit un oeil qui vous fixe et dans l'iris duquel on finit par deviner la silhouette toute en rondeurs de l'artiste. Sui regarde qui ? Telle est la question que pose cette oeuvre réalisée dans un hôpital pour enfants atteints de troubles psychiques. Une expérience à vivre jusqu'au 30 août.

 

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