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Honduras

Les Etats-Unis sortiront-ils le pays de la crise ?

Le dispositif de sécurité autour de l’ambassade du Brésil à Tegucigalpa, où Manuel Zelaya a trouvé refuge. Septembre 2009.
Le dispositif de sécurité autour de l’ambassade du Brésil à Tegucigalpa, où Manuel Zelaya a trouvé refuge. Septembre 2009. RFI/Sylvain Biville
Texte par : Sylvain Biville
8 min

Les Etats-Unis sont longtemps restés en retrait dans la crise du Honduras. Négocié par les diplomates américains, l’accord ouvrant la voie à un retour au pouvoir de Manuel Zelaya, est présenté comme une victoire pour l’administration Obama. Il marque un retour en force de Washington dans une région, l’Amérique centrale, considérée comme l’arrière-cour des Etats-Unis. 

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L’accord signé vendredi 30 octobre à Tegucigalpa par les représentants de Roberto Micheletti et de Manuel Zelaya a remis les Etats-Unis au centre du jeu hondurien. Depuis le coup d’Etat du 28 juin, Washington, tout en réclamant le retour à l’ordre démocratique, avait pris soin de ne pas trop s’exposer, en laissant les autres monter en première ligne.

Cette position prudente, n’ayant pas porté ses fruits, les Etats-Unis se sont résolus à une intervention directe dans une région, l’Amérique centrale, qui a longtemps été considérée comme leur arrière-cour.

Face à l’échec des médiations successives, Barack Obama a fini par dépêcher à Tegucigalpa le secrétaire d’Etat adjoint chargé de l’Amérique latine, Thomas Shannon. C’est lui qui, après avoir fait la navette entre l’ambassade du Brésil, -où est confiné Manuel Zelaya depuis le 21 septembre-, et le palais présidentiel, -que Roberto Micheletti refuse toujours de quitter-, a obtenu à l’arraché un accord de sortie de crise.

Malgré tous les discours sur le nouvel essor d’une Amérique latine plurielle, le leadership américain est toujours sollicité.

Chris Sabatini, chercheur au Council of the Americas

Le texte donne au Congrès le dernier mot sur un possible retour au pouvoir du président déchu, avec des prérogatives sévèrement rognées, et pour une durée limitée, jusqu’à la fin de son mandat le 27 janvier 2010. L’accord doit également permettre de donner une légitimité internationale aux élections présidentielle et législatives prévues dans moins d’un mois, le 29 novembre.

llustration du nouveau rôle assumé par Washington, la ministre américaine du Travail, Hilda Solis – qui est l’une des rares hispaniques au sein de l’administration Obama – est attendue mardi 3 novembre à Tegucigalpa, où elle sera chargée, aux côtés de l’ancien président chilien Ricardo Lagos, de veiller à la mise en œuvre de l’accord de sortie de crise. Elle sera la personnalité américaine de plus haut rang à se rendre au Honduras depuis le coup d’Etat.

Un succès diplomatique pour l’administration Obama

C’est Hillary Clinton qui est responsable de l’évolution de la stratégie américaine au Honduras. Lorsque les négociations entre les deux parties ont tourné court, la secrétaire d’Etat américaine a personnellement appelé tour à tour Manuel Zelaya et Roberto Micheletti pour leur remonter les bretelles.

C’est d’ailleurs Hillary Clinton qui a annoncé, alors qu’elle était en visite au Pakistan, la signature d’un « accord historique » au Honduras. « Je ne vois aucun autre exemple de pays en Amérique latine qui, après une interruption de son fonctionnement démocratique, a réussi à surmonter une telle crise par la négociation et le dialogue » s’est félicité vendredi à Islamabad la chef de la diplomatie américaine.

« Hillary est la grande gagnante de la crise hondurienne » titrait, le jour même, The New Republic, tandis que le Washington Post allait jusqu’à parler de « triomphe diplomatique ». « C’est un succès de politique étrangère », confirme Chris Sabatini, directeur politique de Americas Society/Council of the Americas, un centre de recherche basé à New York.

Manifestation contre le coup d’Etat, devant l’université de Tegucigalpa, septembre 2009
Manifestation contre le coup d’Etat, devant l’université de Tegucigalpa, septembre 2009 RFI/Sylvain Biville

Au Honduras, les opposants réclamaient de longue date une intervention plus ferme de Washington. « Les Etats-Unis ont joué un double jeu », estime Gustavo Aguilera, ancien ministre de l’Economie, pour qui, sur le dossier hondurien, le Pentagone et le Département d’Etat ont été plus décisifs que la Maison Blanche. Nelson Avila, conseiller économique du président déchu Manuel Zelaya, voit derrière le coup d’Etat la main de la droite américaine la plus conservatrice, « l’aile du parti républicain qui a toujours soutenu les coups d’Etat, depuis Pinochet » précise-t-il.

Le soutien appuyé apporté par un petit nombre d’élus conservateurs aux autorités issues du coup d’Etat, a contribué à brouiller la position de l’administration Obama. Une délégation de parlementaires, conduite par le Sénateur de Caroline du Sud Jim DeMint a ainsi été reçue par Roberto Micheletti au palais présidentiel de Tegucigalpa, début octobre, en contradiction avec la politique américaine de non-reconnaissance du gouvernement de facto.

Les ambiguïtés de la position américaine

Et même si l’on excepte les positions marginales de certains élus, la ligne officielle des Etats-Unis sur le Honduras peut être source d’ambiguïté. Certes, Washington a officiellement condamné le coup d’Etat et a toujours appelé au rétablissement de l’ordre démocratique. Trente millions de dollars d’aide américaine ont été bloqués (contre 90 millions pour l’Union européenne). La coopération militaire a été suspendue. Les visas de plusieurs personnalités liées au putsch, ont été révoqués, dont celui Roberto Micheletti, habitué à se rendre aux Etats-Unis plusieurs fois par an.

Mais dans le même temps, Washington s’est toujours refusé à décréter des sanctions commerciales envers un pays très dépendant économiquement du grand voisin du Nord. « Nous ne voulons pas créer un nouvel Haïti » a déclaré un diplomate américain à RFI sous couvert d’anonymat. Par ailleurs, les Etats-Unis, contrairement  à la plupart des pays latino-américains et européens, n’ont pas rappelé leur ambassadeur à Tegucigalpa.

Soupçons d’interventionnisme

On ne peut pas jouer sur les deux tableaux!

Barack Obama, président des Etats-Unis

Cette position en retrait a pu donner l’impression que Washington n’en faisait pas assez pour faire tomber le régime putschiste. Si les Etats-Unis ont longtemps rechigné à un rôle public dans la crise du Honduras, c’est pour éviter d’être taxés d’interventionnisme, un reproche qui a beaucoup été fait aux Américains dans un passé récent. Barack Obama a d’ailleurs souligné le paradoxe qu’il y avait à réclamer davantage de Washington. « Les critiques qui disent que les Etats-Unis ne sont pas assez intervenus au Honduras sont les mêmes qui disent qu’on intervient tout le temps et que les yankees doivent s’en aller d’Amérique latine… a déclaré le président américain en août. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux ! » 

En choisissant, au départ, de laisser une institution régionale comme l’Organisation des Etats américains (OEA) gérer la crise du Honduras, Barack Obama a voulu signifier que l’ère de l’interventionnisme américain en Amérique centrale était révolue. « Les Etats-Unis ont  moins que jamais une vocation impériale en Amérique latine » assure Simon Serfaty, chercheur au Centre des études stratégiques et internationales (CSIS), basé à Washington.

Mais le principe de réalité a obligé la Maison Blanche à revoir sa copie. Le coup d’Etat au Honduras a suscité une réprobation générale du nord au sud des Amériques, réveillant le spectre des dictatures militaires soutenues en coulisse par les services secrets américains. Ce front commun sans précédent n’a cependant pas suffi à surmonter la crise. Il aura paradoxalement fallu attendre l’intervention directe de Washington pour entrevoir une solution.

Etats-Unis-Honduras, une alliance fondée sur la banane et le fusil

La banane. Dans le « pré-carré » latino-américain de Washington, le Honduras a longtemps fait figure de plus fidèle allié, au point qu’on l’a parfois qualifié de « cinquante-et-unième Etat américain ». Après l’éphémère République fédérale d’Amérique centrale, du nationaliste Francisco Morazan, les Etats-Unis ont commencé, au début du XXème siècle, à prendre le relais de la Grande-Bretagne comme puissance dominante dans la région. Et c’est la banane qui a été la porte d’entrée au Honduras.

Les plantations bananières ont rapidement dominé l’économie, au point que les multinationales américaines ont fini par jouer un rôle politique majeur dans le pays. « Les présidents étaient nommés par les entreprises bananières, avec l’accord du gouvernement américain », se souvient l’économiste Gustavo Aguilar.

Le fusil. Pendant la guerre froide, le Honduras a servi de base arrière aux Etats-Unis pour la lutte clandestine contre les guérillas communistes centraméricaines, au Nicaragua, ou au Guatemala. Les milices antisandinistes « contras » ont été entraînées et approvisionnées par l’armée américaine, à partir de la base aérienne de Soto Cano, à Palmerola, à une centaine de kilomètres au nord de Tegucigalpa. Héritage de cette période, le Pentagone a toujours aujourd’hui 400 hommes stationnés en permanence à Palmerola, officiellement pour des missions de surveillance du trafic de drogue dans la région.

En janvier 2009, le président Manuel Zelaya a annoncé son intention de convertir la base de Palmerola en aéroport commercial civil. C’est l’une des raisons qui a conduit la classe dirigeante hondurienne à prendre ses distances avec un président à qui l’on reprochait son alliance avec le Vénézuélien Hugo Chavez. Cette controverse autour de la présence militaire américaine au Honduras a été un signe avant-coureur du coup d’Etat du 28 juin. « Si les Américains perdent Palmerola, on aura immédiatement des avions de Chavez » s’inquiète un homme d’affaires franco-hondurien qui ne porte pas Manuel Zelaya dans son cœur.

 

Les entreprises bananières ont dominé tous les secteurs du pays.

Gustavo Aguilar, économiste

Palmerola est aujourd’hui l’unique base militaire américaine en Amérique latine.

Un homme d’affaires franco-hondurien

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