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EXPOSITION

Le travail par-delà les clichés

Jean Gaumy/Magnum Photos
Texte par : Elisabeth Bouvet
4 min

Avec la crise économique, la question du travail se trouve plus que jamais au centre des débats. Et cela d’autant plus qu’à force d’égrainer, en France notamment, les chiffres du chômage qui ne cessent d’augmenter, de mettre en avant les délocalisations pour justifier les licenciements, on finirait par oublier la valeur du travail. Et au-delà, l’implication de chacun d’entre nous, quel que soit le domaine d’intervention. Et s’il y a des pesanteurs, des risques d’aliénation, il ne faut pas négliger la part d’épanouissement que réserve la pratique d’un métier entre savoir faire, fierté et accomplissement. Le travail révélé, regards de photographes, paroles d’experts montre tout cela, et de ce point de vue, tient son objectif : nous surprendre. Et cela jusqu’au 30 août au musée des arts et métiers à Paris.

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(Première publication : 7 juillet 2009)

D’un côté les grands noms de l’agence Magnum - Raymond Depardon, Marc Riboud, Martin Parr, Fernandino Scianna, Patrick Zachmann, Abbas ou encore Martine Frank l’une des rares femmes photographes présentes - auxquels se sont joints quatre indépendants, de l’autre, des chercheurs ou spécialistes en ergonomie. Les seconds ayant été invités à commenter les images des premiers, à la faveur d’un tirage au sort. Pas de grand format comme pour refuser toute approche spectaculaire d’un sujet trop souvent déployé, approché, présenté de manière caricaturale.

Des images de travail vraies

Ce qui frappe d’ailleurs d’emblée, c’est la présence sur toutes les photographies d’hommes et de femmes dans l’exercice de leur profession. Aucun ne pose en effet. Marins pêcheurs pris dans une tempête mais qui n’en continuent pas moins à trier le poisson, ouvriers du bâtiment la tête à l’envers à plus de 100 mètres d’altitude, écrivain dans l’attente d’une signature, caissières d’un fast-food débordées ou chauffeur de taxi en maraude, « Le travailleur est au centre, toujours. Ce qui nous amène immédiatement à nous demander ce que serait le travail sans les travailleurs », note Sophie Prunier-Poulmaire, professeure en ergonomie à l’université de Paris-Ouest et responsable du projet.

Marc Riboud/Magnum photos

Tout le sens du panneau qui fait face à l’entrée et sur lequel, en guise d’introduction, ont été disposées des photographies de Lucien Clergue prises en 1959 sur le tournage du Testament d’Orphée de Jean Cocteau. Au premier plan, tous les techniciens tapis dans l'ombre et qui vont contribuer par leur talent et leur patience à faire de la scène en train de se jouer, un réussite. Tous tendus vers un seul et même but. « Le travail n’est-il pas avant tout ce qui ne se voit pas ? », nous interroge-t-on en exergue à une exposition dont l’intitulé met précisément l’accent sur l’idée de « révélation ». « Dévoiler ce qui reste dans l’ombre est effectivement le propos de ce projet », confirme Sophie Prunier-Poulmaire.

Hormis cette introduction cinématographique et métaphorique, nulle image du passé. Les photographies présentées couvrent une période contemporaine, de 1990 aux années 2000, et si elles veillent à représenter un large panel d’activités décrivent essentiellement des situations qui s’observent dans les pays industrialisés.

La différence entre travail prescrit et travail réel

Accrochées par affinité, correspondance ou par thème, elles ne véhiculent ni misérabilisme ni douleur, tout au contraire. Car même dans les situations délicates voire extrêmes, même de nuit là où la pénibilité est peut-être la plus forte, « c’est l’humanité qui ressort. Il y a toute la vie qui passe par là », observe Even Loarer, professeur à l’université de Paris-Ouest. La vie et l’évidente fierté du travail bien fait car, et on aurait tendance à l’oublier, le travail est également synonyme d’épanouissement, de développement personnel. De plaisir, tout simplement. « Les dirigeants ne mesurent pas la quantité d’intelligence qui est investi dans le travail, on a beaucoup de mal à leur faire comprendre que la vraie richesse humaine est là », estime pour sa part René Baratta, réalisateur et ergonome consultant. Et Even Loarer de reprendre : « C’est toute la différence entre d’un côté le travail prescrit qui s’exprime en termes d’économie et de rentabilité et de l’autre, le travail réel autrement dit le savoir faire avec ce que cela comporte d’ingéniosité et de courage ».

Sur l’un des panneaux qui découpent l’exposition en une dizaine de sections, quasiment côte à côte, deux images a priori antinomiques. L’une a été prise dans un hôpital, probablement dans un service de gériatrie : on y voit une infirmière essayer d’arranger l’oreiller d’un vieillard placé sous oxygène ; la seconde montre une jeune mère donnant le sein à son bébé tandis qu’elle consulte des diapositives… Toute la vie ainsi réunie, de la naissance à la mort, et entre ses deux extrémités, il y a effectivement ces gestes qui ne se mesurent pas mais qui, comme l’écrit la sociologue Danièle Linhart, se veulent « respectueux d’autrui ». Décidément non, le travail ne saurait se réduire à un vulgaire exercice comptable.

Jean-Michel Turpin


Un catalogue a également été publié qui réunit images et textes. Le travail révélé : regards de photographes, paroles d'experts disponible aux éditions Intervalles.

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