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Commémoration

Sur les traces de l'ex-RDA

Morceau de Mur côté ouest, à la veille de sa disparition (Berlin novembre 1989-3, série "Berlin no man's land, 1989-2009")
Morceau de Mur côté ouest, à la veille de sa disparition (Berlin novembre 1989-3, série "Berlin no man's land, 1989-2009") Jean-Claude Mouton
Texte par : Elisabeth Bouvet
4 min

Berlin 1989-2009… Les vingt ans de la chute du Mur donnent lieu à une multitude de manifestations. Et cela, dans toute l’Europe. En France, le Musée d’histoire contemporaine des Invalides (BDIC) propose une exposition baptisée Berlin, l’effacement des traces, 1989-2009. D’aujourd’hui à hier, des artistes contemporains mettent en scène le processus de destruction des traces de l’ex-RDA.

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Ce n’est pas le moindre des paradoxes, mais le temps d’un anniversaire, Berlin sera, au moins symboliquement, de nouveau coupée en deux. Dans cet esprit commémoratif, le BDCI a choisi d’exhumer en quelque sorte des traces, des stigmates, des empreintes de ce passé que les autorités ont durant ces vingt ans écoulés soigneusement cherché à gommer, à effacer, à détruire. Et qui nous paraissent aujourd’hui très lointaines. S’il n’y avait eu, récemment et pratiquement coup sur coup deux films traitant de cette période, Good bye Lénine et La Vie des autres, l’ex-RDA resterait très certainement nimbée de flou pour une grande majorité d’entre nous. D’où le choix peut-être de la part des responsables de l’exposition de faire passer le visiteur par un sas sombre et aveugle, comme une mise en condition.

Anonyme, «1917-1990, fin de l'expérience soviétique», 1990.
Anonyme, «1917-1990, fin de l'expérience soviétique», 1990. coll. BDIC

Remonter la piste et le temps

L’exposition, organisée autour de minuscules recoins dédiés aux différents aspects de cette disparition systématique, relève quasiment de l’enquête, ce qui n’en rend la visite que plus palpitante, d’autant que les commissaires ne l’ont pas voulue didactique. Alternativement plongé dans une semi-obscurité et dans une semi-clarté, le visiteur est ainsi amené à remonter le temps grâce aux indices que les artistes distillent d’un espace à l’autre, en mettant à chaque fois en avant les polémiques qui ont pu surgir au gré du long processus de réunification, avec ce que cela peut comporter d’aberrations et de précipitation.

Que ce soit Jean-Claude Mouton qui a régulièrement photographié la « bande de la mort » comme on appelait la zone minée qui se trouvait entre les deux « frontières » ; que ce soit Bernard Plossu qui s’est intéressé à la Postdamer Platz et à la manière dont l’ancien vide a été comblé dans une sorte de frénésie de constructions au point que cet endroit est aujourd’hui connu sous le nom de « petit Manhattan » ; que ce soit le mur recouvert d’affiches des spectacles de Brecht et Müller, « à la manière de Villeglé », précise Sonia Combe, l’une des commissaires, histoire de rappeler que « la plupart des grands auteurs étaient contre le régime est-allemand » ; que ce soit encore, à la toute fin de l’exposition, la projection du film de Dominique Treilhou tourné entre janvier 2006 et mars 2009 soit durant toute la période de destruction du Palast der Republik, ce symbole « intolérable » de l’ancienne Allemagne de l’Est qui devrait être remplacé par une pseudo-réplique de qu’il y avait avant, le château des Hohenzollern, au nom sans doute de la fameuse ironie de l’histoire… Cet ensemble de points de vue et de témoignages, mis bout à bout, finissent par construire un puzzle assez précis de ce qui fut.

Un cabinet des curiosités

La mémoire d’une époque qui n’est pas que recomposée, suggérée ou fouillée. Témoin, ce « cabinet des curiosités », sorte de caisson ou de petite maison en bois qui renferme « des objets du quotidien évocateurs d’un mode de vie et d’une forme de sociabilité, source aujourd’hui d’une certaine ostalgie ». Sauf que sur les vinyles, livres, affiches de mode et autre reproduction de la mythique Trabant plane l’ombre menaçante de la Stasi, la police secrète : c’est, en contre-point, la diffusion d’un extrait de La Vie des autres à savoir l’interrogatoire entre l’actrice et le policier, histoire sans doute de ne pas sombrer dans une espèce d'Ostalgie béate, et forcément amnésique. Nul angélisme donc et même, un peu plus loin dans le parcours, une bonne dose de scepticisme et d’ironie à travers l’entretien de l’artiste berlinois Wolf Leo que l’on peut suivre sur un écran installé sous les répliques des banderoles qu’il avait lui-même conçues, imaginées, écrites vingt ans plus tôt. « Comme si la réunification était même allée au-delà de toute attente », commente Sonia Combe.

Le mot de la fin est d’ailleurs dans la même veine ; au dessus de la porte, sur une banderole aux couleurs de l’Allemagne, on voit une énorme banane et cette question : « C’est fait… Et alors ? ». Eh bien, on a juste changé de régime !

«Palast der Republik, démontage sélectif», 2006-2009.
«Palast der Republik, démontage sélectif», 2006-2009. Dominique Treilhou

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