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EXPOSITION

Giorgio de Chirico : soixante-dix ans de peinture

«L'énigme d'un jour»
«L'énigme d'un jour» Giorgio di Chirico

La dernière exposition parisienne consacrée à Giorgio de Chirico (1888-1878) remontait à 1983. Et encore ne fût- elle que partielle, s’arrêtant aux années 1930. Cette fois, le Musée d’art moderne de la ville de Paris fait le pari de tout montrer. Car non seulement le peintre « métaphysique » a vécu très longtemps, mais il a de surcroît peint toute sa vie, sans se renier contrairement à l’opinion généralement admise notamment par les Surréalistes qui, après avoir salué son onirisme, ont renié son prétendu retour à un certain classicisme. Or, nous dit l’exposition Giorgio de Chirico, la fabrique des rêves, de ses premières toiles à ses derniers tableaux, le peintre italien fait preuve d’une absolue cohérence. Une rétrospective de 170 œuvres, pour beaucoup, mal connues.

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(Première publication : 27 février 2009).

Il y a ce que l’on connait - ou du moins ce que l’on reconnait - et puis, il y a tout le reste, l’inédit serait-on tenté d’écrire. Et la disposition des salles se prête merveilleusement bien à cette découverte de l’œuvre de Giorgio de Chirico puisqu’un couloir sépare ces deux temps dont l’exposition tend à montrer qu’ils ne font qu’un, en réalité, gommant du même coup l’artificielle césure héritée des Surréalistes : « On a voulu à la fois satisfaire la nouvelle génération qui n’avait jamais vu d’œuvres dites métaphysiques en aussi grand nombre et dans le même temps retrouver une articulation entre les différentes périodes car en fait, tout est concomitant », indique Jacqueline Munck, la commissaire de l’exposition.

L’exposition s’ouvre donc avec la série Metafisica qui occupera de Chirico jusque dans les années 1920, et cela quel que soit son lieu de résidence, Florence, Ferrare ou Paris. Le visiteur évolue dans un univers presque familier entre le portrait de Guillaume Apollinaire en buste à la grecque avec lunettes d'aveugle, les places italiennes entre ombre démesurée et lumière étirée, les statues de dos regardant un horizon systématiquement barré par un mur de briques, les tours d’usine, les mannequins à tête d’œuf, les régimes de bananes aux dimensions extravagantes, les trains à vapeur passant sous des horloges jamais à la même heure… Tout un monde étrange, inquiétant et onirique qui mêle éléments du quotidien et espace mental propre au peintre, avec toujours cette rigueur, cet aspect lisse qui tranche singulièrement avec le mystère de ses toiles : « On est au-delà des apparences. Les formes mentent toujours, comme sur cette toile L’Enigme du Jour où l’on voit une statue d’homme robuste, l’incarnation d’une romanité forte, alors que chacun des personnages ou fantômes de personnage de Giorgio de Chirico ne sont en fait que des pantins. On est en permanence dans cette dichotomie entre le sens et la représentation ».

Mais même si toutes ces toiles gardent leurs secrets, et donc leur pouvoir d’attraction, la surprise advient une fois passé ce fameux couloir : devant tout ce que l’avant-gardiste de Chirico - qui a peint près de 4 000 toiles dans sa longue vie - a produit après Metafisica. C’est le retour du portrait, du nu, du cheval, des scènes tirées de la mythologie ; ce sont encore la grande série sur les gladiateurs ou des bains ; c’est surtout ce Musée imaginaire que le peintre enrichira durant quarante ans entre 1920 et 1960, dans le but de revenir à « une peinture de qualité », autrement dit de se réapproprier les différentes techniques des maîtres du passé tels que Dürer, Titien, Raphaël, Michel-Ange, Fragonard, Courbet, Delacroix et bien sûr, Rubens, « le maître qui l’a toujours intéressé ». Un « retour au métier », un « à la manière de » qui allie tous les styles et qui se permet quelques savoureuses voire hilarantes irrévérences comme en témoigne cette toile immense traversée d'oiseaux balourds, hommage explicite à un Véronèse qui aurait vu la vie exclusivement en bleu ciel et passablement de guingois, ou encore ces différents autoportraits représentant de Chirico en costumes vert ou rouge et collerettes, rejoignant ainsi la cohorte de gentilshommes des XVIe et XVIIe siècles immortalisés par les plus grands peintres.

 

« Retour d'Ulysse »
« Retour d'Ulysse » Giorgio di Chirico

Cet esprit parodique - dont le visiteur prend définitivement toute la mesure à la vision de l’entretien filmé de Giorgio de Chirico réalisé en avril 1970 et qui clôt la rétrospective - constitue probablement la part la plus inattendue, la plus surprenante de cette exposition. Car même quand, à partir des années 1940, le peintre italien donne la sensation de se répéter en reprenant certains des thèmes déjà évoqués vingt ans plus tôt, il ne cherche rien d’autre que de tourner en dérision jusqu’à son propre travail, ce dont se souviendra, entre autres, un Andy Warhol. Ou, à tout le moins, reprend Jacqueline Munck, « à jouer sur cette idée de mise à distance. S’il s’est fâché avec les Surréalistes, ce n’est pas uniquement en raison de ce pseudo-retour à un classicisme, c’est aussi parce qu’il s’est élevé contre toute forme de fétichisation de l’œuvre d’art. Il a d’ailleurs copié certains de ses tableaux, en apportant à chaque fois quelques variantes ». Ce qui ne l’empêchera pas de développer des thèmes nouveaux au nombre desquels celui des bains mystérieux.

La commissaire de l’exposition voit du reste dans ces exercices d'auto-parodie, dans ces reprises qu’il s’agisse d’Ulysse et du thème du voyage immobile ou impossible, des horloges ou des places ensoleillées mais désertes, « une cohérence qu’on ne prête surement pas spontanément à de Chirico ». Et c’est précisément de cette unité dont La fabrique des rêves tient à témoigner, au risque de surprendre voire déstabiliser le public.

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