Bibliothèque numérique

Google un pied à la BnF ?

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C’est La Tribune qui l’annonce à sa une dans son édition de ce 18 août : « La Bibliothèque nationale ferait appel aux services du géant ». Géant derrière lequel se cache donc (encore que pas vraiment) l’Américain Google. Et le quotidien de reprendre, dans un titre propre à porter l’estocade : « Livre en ligne : Google a gagné ». Et de fait, il faut se souvenir qu’en défendant  et en lançant en novembre 2008 le projet de bibliothèque numérique européenne (Européana), la BnF faisait figure de fer de lance de la résistance contre Google. A peine un an plus tard, le moteur de recherche en ligne a, semble-t-il, terrassé tout espoir de créer une bibliothèque numérique qui ne soit pas sous la coupe de la bibliothèque universelle voulue par Google auquel, soit dit en passant, 29 grandes institutions dans le monde ont déjà confié leurs ouvrages.

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(Première publication 18 août 2009)

Après la bibliothèque de Lyon, c’est donc au tour de la BnF, à Paris, de se tourner vers Google, après pratiquement cinq années d’une résistance farouche. Et une fois encore, c’est bien l’argent le nerf de la guerre. « Ce changement de stratégie a été motivé par le coût extrêmement élevé de la numérisation des livres », écrit La Tribune qui cite Denis Bruckmann, le directeur général adjoint de la Bibliothèque : « Pour numériser les fonds de la IIIe République, il nous faudrait entre 50 et 80 millions d’euros ». Or, l’Etat français n’octroie que 5 millions d’euros au projet numérique de la Bibliothèque nationale de France (Gallica). Le recours à Google permettra donc, selon la direction, d’accélérer le programme de numérisation. Des discussions sont en tout cas en cours et un accord pourrait être trouvé d’ici à quelques mois.

Quid du respect des droits d’auteurs (ce qui vaut d’ailleurs actuellement à Google des démêlés avec les éditeurs américains, la justice devant trancher cet automne pour décider de mettre fin ou non à la bataille judiciaire), quid de la gratuité car le géant américain pour qui la numérisation à grande échelle représente (aussi) un coût non négligeable a d’ores et déjà annoncé le lancement aux Etats-Unis d’une plate-forme d’accès payant aux livres numériques… Autant d’interrogations qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, inquiètent les éditeurs. Lesquels déplorent que « la politique de numérisation sans autorisation (pratiquée par Google, ndlr) ne permet pas de mettre en place un partenariat ». Selon le quotidien économique, « la base de Google comptabiliserait aujourd’hui près de 150 000 livres d’auteurs français ».

Le délégué aux usages de l’internet auprès du secrétariat d’état au numérique et du ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur, Bernard Benhamou, était l’invité ce mardi de RFI.
 

La numérisation d’un patrimoine culturel aussi immense que celui que possède la BnF nécessite des moyens techniques et financiers colossaux et que, à l’évidence quand il est question de numériser des dizaines, voire des centaines voire peut-être à terme, des millions d’ouvrages, il est clair que l’on doit avoir des partenaires pour le faire mais dans quelles conditions faut-il s’allier ?

Bernard Benhamou

 

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