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Chine/Allemagne/Entretien

La chute du Mur vue par un dissident chinois

A burning tank after a confrontation with demonstrators in Beijing, June 4, 1989
A burning tank after a confrontation with demonstrators in Beijing, June 4, 1989 AFP/Tommy Cheng
Texte par : Mai Yanting
4 min

Dissident chinois vivant à Hong Kong, Chen Zimin est accusé par le régime d’être l’un des principaux investigateurs des manifestations de la place Tiananmen en 1989. Il a été condamné à treize ans de prison. Pour lui, la chute du Mur de Berlin symbolise la force de la démocratie et les limites d'un pouvoir repressif. C'est un espoir. Entretien.

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 RFI : Quel est le rapport entre la chute du Mur de Berlin et les manifestations de la place Tian'anmen du printemps 89 ?

 
Chen Zimin : Ces manifestations qui ont duré plus de trois mois, du15 avril au 4 juin 1989, ont probablement contribué, comme beaucoup d’autres événements de cette époque, à la chute du Mur de Berlin. En revanche, la chute du mur de Berlin n’a pas eu de retentissement équivalent en Chine pour différentes raisons.

D'une part, des milliers de démocrates ont été emprisonnés après l'intervention de l'armée le 4 juin 1989. Les soldats de l’armée populaire de libération ont tiré sur la foule, ce qui a terrorisé les Chinois. D'autre part, la censure a tellement bien fonctionné que les gens de la rue n’ont pas été informés ni du changement de régime en Europe de l’Est ni de la répression des étudiants par le gouvernement chinois. Dans ces conditions, il est difficile de parler de réaction et encore moins de révolte.

RFI : Juste avant le 4 juin, Deng Xiaoping aurait affirmé qu’il n’hésiterait pas à tuer 200 000 personnes pour avoir 20 ans de paix. Cette menace est-elle encore valable aujourd'hui ?

C.Z : La situation d’aujourd’hui est comparable au lendemain de l’événement du 13 septembre 1971 où Lin Biao, vice-président du Parti et dauphin désigné par Mao, disparut  dans un accident d’avion. Les gens étaient perplexes devant les critiques virulentes que Mao adressait à celui qui était encore peu de temps auparavant son homme de confiance. En conséquence, les gens ont perdu confiance en Mao. Mais la révolte n’a commencé qu’à partir de 1976 et n’a porté ses fruits qu’en 1978 avec la mise à l’écart du groupe maoïste.

On peut donc comparer la situation d’aujourd’hui à celle de 1971. Les gens ont perdu confiance dans le capitalisme dont ne profitent que les privilégiés. Mais l’heure n’est pas encore à la révolte. Il est difficile de prédire quand la révolte aura lieu ni quel sera l’élément déclencheur. Une révolution par définition est un mouvement spontané. Mais une fois que les conditions sont  réunies, elle surgira de façon irréversible.

RFI : Le gouvernement chinois actuel utilise de grands moyens sécuritaires pour empêcher toute formation protestataire. La révolution peut-elle avoir lieu sans groupes organisés ?

C.Z. : On a vu ce qui s’est passé en Europe de l’Est. A part en Pologne où le syndicat Solidarité a dirigé le mouvement révolutionnaire, le renversement du régime dans tous les autres pays, comme par exemple en Tchécoslovaquie, a eu lieu sans l'intervention de groupes dirigeants.

Bien sûr, les circonstances ne sont pas tout à fait les mêmes. Les pays de l’Europe de l’Est étant dominés à l’époque par l’URSS, la révolte de leurs peuples était teintée de nationalisme, ce qui n’était pas le cas en Chine. De plus, les dirigeants chinois de l’époque étaient aussi très différents de leurs homolgues en Europe de l'Est.

Appartenant à la première génération des leaders chinois après l’établissement de la République populaire, Deng Xiaoping était habitué à recourir à la répression tandis que les dirigeants de l'URSS et du bloc de l'Est, que ce soit Gorbatchev ou Ceaucescu, faisaient partie de la troisième ou, au moins, de la deuxième génération de dirigeants. Aussi, ils eurent plus de mal à donner l’ordre de tuer.

RFI : Comment voyez-vous l’avenir de la Chine ?

C.Z. : La Chine ne pourra pas devenir un pays de premier plan sans accepter les valeurs universelles. Si le pouvoir d’un parti unique a longtemps été considéré comme une mesure de protection pour que la Chine puisse se développer dans la paix, il est évident qu’aujourd’hui ce système devient un obstacle pour le développement du pays. Tout dirigeant qui a une vision d’avenir pour la Chine ne peut pas l’ignorer.

La chute du Mur de Berlin peut avoir deux significations pour la Chine. Premièrement, le pouvoir absolu ne peut réprimer éternellement la volonté du peuple. Le Mur de Berlin a été détruit physiquement par les gardiens et les peuples des deux cotés. Le pouvoir chinois sera aussi renversé un jour par ceux qui sont à l’intérieur du régime et ceux qui sont à l’extérieur. Deuxièmement, l’unification de la Chine n’est possible qu’à partir du moment où le gouvernement acceptera les valeurs universelles telle que la démocratie.

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