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Thérapie génique

Un essai clinique prometteur contre une redoutable maladie neurodégénérative

Texte par : Dominique Raizon
4 min

L'équipe française du professeur Aubourg et du Dr Cartier-Lacave, de l'Inserm, a traité avec succès, par greffe de cellules souches «corrigées», deux enfants atteints d'une maladie génétique rare et mortelle du cerveau, appelée adrénoleucodystrophie. Leur approche, dont les résultats sont publiés le 6 novembre 2009 dans la revue américaine Science, a consisté à greffer aux patients leurs propres cellules de moelle osseuse, après traitement par thérapie génique. Cette Première est l'aboutissement de 16 années de recherche et constitue un immense pas en avant pour traiter d'autres maladies. 

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Les deux enfants sur lesquels ont été menés à bien les essais cliniques souffraient d'une maladie neurodégénérative grave liée au chromosome X, qui affecte 1 sur 17 000 garçons à partir de 6-8 ans : la myéline, c'est-à-dire la gaine qui entoure les neurones se détruit et les cellules nerveuses ne peuvent plus fonctionner. La détérioration du systéme nerveux engendre des troubles moteurs, intellectuels et auditifs profonds, suivis d'une paralysie générale et du décès des patients avant l'adolescence.

Aujourd'hui, après un suivi qui a duré respectivement vingt-quatre et trente mois après qu'ils ont subi le traitement par thérapie génique -faute de donneurs disponibles-, les deux enfants  « vont bien et vont à l'école », a indiqué le Dr Nathalie Cartier-Lacave.

Les patients avaient été pris en charge par le Professeur Aubourg à l'Hôpital Saint-Vincent de Paul (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris). L'approche thérapeutique a consisté à remplacer le gène défaillant, responsable de la maladie, par un gène correcteur au moyen d'un vecteur. 

Pas d'anomalies génomiques dans les cellules corrigées

Une fois les cellules souches de la moelle osseuse prélevées, elles ont été «corrigées» par insertion d'un gène «médicament», efficace, pour remplacer celui, déficient. Ces « cellules médicaments » ont ensuite été réinjectées au malade. Et, pour introduire le gène correcteur dans les cellules, l'équipe du Pr Aubourg a utilisé un vecteur dérivé du virus VIH rendu inoffensif : « C'est la première fois qu'on utilise un vecteur dérivé du VIH pour corriger des cellules souches de la moelle osseuse », a souligné le Dr Nathalie Cartier-Lacave, un des principaux chercheurs de l'équipe avec Patrick Aubourg de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale - Université Paris-Descartes.

Franc succès : ll'équipe médicale observe désormais « une stabilisation complète de la maladie » chez ces deux enfants ainsi qu'une proportion de « 15% de cellules corrigées à long terme ». Aucun effet secondaire n'a été relevé jusqu'ici. Les analyses réalisées par Christof Van Kalle (Centre national pour les maladies tumorales, Heidelberg, Allemagne) n'ont pas montré d'anomalies génomiques dans les cellules corrigées.

Docteur Nathalie Cartier-Lacave, membre de l'Inserm et médecin à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris

« Différents succès sont très encourageants »

Il n'en demeure pas moins que l'utilisation des vecteurs de thérapie génique restant délicate, « avec notamment un risque de modifier la biologie de la cellule et d'engendrer des effets délétères », les chercheurs restent très prudents et leur défi numéro un est le dépistage précoce des enfants porteurs de la maladie pour tenter le traitement par thérapie génique avant l'apparition des lésions.

Le professeur Aubourg estime qu'il « faudra traiter plus de patients, plus longtemps, pour être définitivement rassuréUn troisième malade a été traité, mais il est trop tôt pour parler de succès », a-t-il précisé, ajoutant que : « La thérapie génique ne va pas tout résoudre. (...)  Elle n'exclut pas les autres démarches mais ces différents succès sont très encourageants

  • Début des années 1980 : Patrick Aubourg met au point le premier test biochimique capable de diagnostiquer la maladie
  • 1989 : les professeur Pierre Bougnères et Patrick Aubourg découvrent qu'une greffe de moelle osseuse peut-être efficace si la pathologie est diagnostiquée suffisamment tôt et le le Pr Claude Griscelli de l'hôpital Necker-Enfants malades, à Paris réalise la 1ère greffe de moelle osseuse avec donneur compatible. L'ex-malade, âgé de 29 ans, se porte bien.  
  • Depuis 1989, l'équipe réalise entre trois et cinq greffes de moelle par an.
  • 1993 : Jean-Louis Mandel, professeur à la faculté de médecine de Strasbourg, découvre le gène responsable de la maladie ce qui ouvre la voie à de nouveaux traitements de thérapie génique.
  • Fin des années 1990 : des chercheurs du Salk Lake Institute aux États-Unis et des scientifiques français mettent au point  un vecteur dérivé
  • du VIH pour corriger des cellules souches de la moelle osseuse
  • 2004 : la firme californienne Cellgenesis de s'investir dans la production du gène-médicament
  • 2005 : l'équipe française obtient l'autorisation de le tester

 

Le projet a été soutenu par ELA (Association européenne contre les leucodystrophies) parrainée en France par Zinédine Zidane, et l'Association française contre les myopathies (AFM), organisatrice du Téléthon.

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