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Revue de presse des Amériques

La chute du Mur, vue des Amériques

Texte par : Sylvain Biville
5 min

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Le continent américain n’échappe pas aujourd’hui aux célébrations du 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin. « A qui en revient le mérite ? », s’interroge le Wall Street Journal. Sont cités, en vrac, Günter Schabowski, l’obscur fonctionnaire est-allemand qui a annoncé, presque par accident, le 9 novembre la levée des restrictions aux voyages pour ses concitoyens. Il y a aussi Mikhaïl Gorbatchev, Jean-Paul II. Mais celui qui mérite les plus grands honneurs, selon le quotidien financier, c’est Ronald Reagan et sa « détermination morale et stratégique ». Dès 1982, le président américain avait appelé à réduire le marxisme-léninisme à un « tas de cendres ». Il y eut le fameux discours du 12 juin 1987 : devant la Porte de Brandebourg, à Berlin, Ronald Reagan prononçait son célèbre : « Mr Gorbatchev, tear down this wall » (« brisez ce mur »)

« Quatre petits mots » qui vont changer l’histoire. Le Wall Street Journal publie le témoignage de l’auteur de ces lignes, Anthony Dolan, l’homme chargé d’écrire les discours de Ronald Reagan. Il explique les multiples pressions qu’il a subies de la part des conseillers de la Maison Blanche pour retirer ce passage. Il n’a été prononcé que grâce à l’insistance du président lui-même.

« L’héritage de 1989 fait encore débat », note le New York Times, qui constate qu’il y a une « lutte à la corde », en Europe et aux Etats-Unis, sur la question de savoir si c’est « l’anticommunisme résolu de Ronald Reagan ou, à l’inverse, la prudente étreinte de l’Europe occidentale à l’égard de l’Est » qui a été déterminante. « Si 90% des Américains disent que le Mur est tombé grâce à la fermeté des Etats-Unis, 99% des Européens pensent au contraire que c’est grâce à leur approche en douceur » écrit le New York Times qui conclut : « C’est rendre hommage à 1989 que de constater que sa signification est aussi fortement débattue, comme d’ailleurs l’a été la Révolution française 200 ans plus tôt ».

Les leçons pour aujourd’hui
 
Plusieurs journaux cherchent également à tirer des enseignements de la chute du Mur pour le monde d’aujourd’hui. Le Christian Science Monitor s’essaye à un parallèle - un peu tiré par les cheveux - entre le communisme et l’islamisme radical. Malgré de nombreuses différences, ils ont en commun, explique le journal, de reposer sur « le postulat erroné du contrôle sans consentement ». « Un Gorbatchev éclairé en avait pris conscience. Est-ce qu’un successeur d’Oussama Ben Laden le réalisera de la même manière ? » s’interroge le Christian Science Monitor, avant d’en appeler à la mobilisation résolue des démocrates du monde musulman comme d’ailleurs. « Le mur mental de l’idéologie djihadiste finira par se craqueler, puis par tomber » conclut, plein d’espoir, le journal chrétien.

Le New York Times replace le débat dans le contexte politique américain : « Les démocrates estiment que George W. Bush a tiré les mauvaises leçons de 1989 sur l’utilité du recours à la force. Les républicains affirment eux que ce sont Bill Clinton et Barack Obama qui ont tiré les mauvaises leçons, en estimant que la main tendue aux pouvoir totalitaires, qu’il s‘agisse de la Chine ou de l’Iran, finirait par les affaiblir ou les détruire. »
 
L’Amérique latine aussi
 
L’Amérique latine n’est pas en reste dans les célébrations de la chute du Mur. Le quotidien argentin Clarin publie un très instructif web-documentaire qui permet de revivre les événements du 9 novembre 1989 de manière interactive. Au Venezuela, TalCual rappelle que ce qu’on appelait en occident le « Mur de la Honte » avait été baptisé, dans le boc soviétique, « le Mur de protection antifasciste ».
 
Au Salvador, le quotidien El Diario de Hoy consacre l’essentiel de sa « une » aux terribles dégâts de l’ouragan Ida, qui a fait 125 morts ces derniers jours dans le pays. Mais malgré cette « tragédie nationale », le journal publie quand même un long article en « hommage aux victimes du Mur de Berlin ».

A noter aussi le commentaire original de l’hebdomadaire mexicain Proceso qui déplore que les célébrations du 20e anniversaire soient dominées par « un spectacle tapageur de style hollywoodien ». « La ville de Berlin a très bien su transformer ses malheurs en attraction touristique », écrit le journal sans complaisance.

Être soldat et musulman aux Etats-Unis
 
Le New York Times publie un reportage passionnant sur le dilemme des soldats américains de confession musulmane. Déjà en porte-à faux depuis les attentats du 11-Septembre, ils se sentent encore plus ostracisés depuis le tragique fait divers de jeudi dernier sur la base militaire de Fort Hood, au Texas. L’auteur présumé du massacre de 13 personnes, le major Nidal Malik Hasan, est lui-même musulman et cela fait de lui un meurtrier pas comme les autres, dit en substance le New York Times.

Un sénateur démocrate a même déjà demandé une enquête sur un hypothétique mobile terroriste ! Bien avant cet épisode, il y avait déjà un malaise perceptible chez les milliers de musulmans qui servent dans l’armée américaine. Depuis que les Etats-Unis sont engagés dans deux guerres en terre musulmane, leur présence est plus nécessaire que jamais, mais aussi plus compliquée, constate le New York Times, qui cite les états d’âme d’un jeune « Marine » qui rentre d’Irak. « Je ne veux pas souiller ma foi, je ne veux pas tuer de coreligionnaires musulmans, mais je ne veux pas non plus souiller le drapeau de mon pays. »

 

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