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Analyse Laurence Fontaine, entretiens d'Auxerre

Laurence Fontaine, historienne, directrice de recherche au C.N.R.S

Laurence Fontaine
Laurence Fontaine (RFI)
Texte par : Benoît Ruelle
3 min

Où il nous est dit que les crises, la peur de la pauvreté, les questions sociales ne sont en rien une préoccupation exclusivement d'aujourd'hui. "L'étude comparée du passé et du présent, dans leur distance respective, est source d'intelligence et garde-fou contre l'emportement des illusions".

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Si l’argent, nous dit Georg Simmel, a réduit la dépendance et si l’entrée dans l’ère industrielle, qui est aussi celle du salariat et donc de l’argent, se révèle facteur d’émancipation personnelle, Laurence Fontaine s’est précisément attachée à décrire la réalité de l’activité économique dans l’Europe préindustrielle. Et elle donne plutôt raison à Georg Simmel. Méprisé par l’aristocratie (favorable au paiement en nature : matière première, objets, services, etc.), méprisé également par les classes populaires, mais pas pour les mêmes raisons (manque de liquidités, absence d’un marché de l’argent organisé car le prêt à intérêt est interdit), l’argent, plus exactement son utilisation, a rendu la société plus égalitaire. C’est la création des monts-de-piété et la fin des interdits de l’usure qui a moralisé les pratiques informelles.

Si, au passage, Laurence Fontaine réhabilite Adam Smith, très insistant sur la nécessité du bien public, très insistant également sur la nécessité d’encadrer l’argent, Adam Smith qu’elle rapproche du prix Nobel d’économie Amartya Sen, son essai est aussi (peut-être même surtout) à lire dans une perspective actuelle. Dans une longue conclusion particulièrement en prise avec notre société mais plus encore avec l’actualité des pays du sud, elle réfléchit au rôle du microcrédit et celui des femmes et des migrants aspirant à la microfinance. L’analyse des stratégies de survie, dans l’Europe moderne comme dans le monde contemporain, amène Laurence Fontaine à plaider pour une réhabilitation du marché au profit des pauvres. Une position qui est apparemment aux antipodes de toute esquisse d’une Autre économie, que ses promoteurs entendent fonder sur le don et la solidarité. Le récit des altermondialistes à destination du grand public, constate Laurence Fontaine, raconte que la modernité, en réalisant la « désencastrement » de l’économie, serait portée par une volonté de l’Etat d’affranchir l’économie des règles qui l’encadraient au cours des époques antérieures. Manifestement elle n’en croit rien. Ou plus exactement, elle est beaucoup moins catégorique. L’âge d’or n’a pas existé, en économie comme dans les autres domaines. Et, au passage, Laurence Fontaine ne se gène pas – moment passionnant de son essai - de contredire l’un des pères tutélaires des altermondialistes : l’anthropologue et économiste Karl Polanyi (mort en 1964) qui, en 1932, a écrit un livre important : Economie et démocratie. Et qui, dans La Grande Transformation (Gallimard, 1983), a proposé une analyse des effets de passage d’une économie de marché à ce qu’il appelle une société de marché.

A lire

L’Economie morale. Pauvreté, crédit et confiance dans l’Europe préindustrielle. Gallimard, Paris, 2009.
 

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