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Analyses Marina d'Amato, entretiens d'Auxerre

Marina D’Amato, professeur de sociologie, Université Rome 3

Marina d'Amato
Marina d'Amato (RFI)
Texte par : Benoît Ruelle
4 mn

Où il est question de Georg Simmel qui, au début du XXème siècle, explique en quoi l'argent est bien plus social qu'on ne le croit. Comme la religion, il crée une communauté abstraite, met en relation ceux que la géographie et les cultures séparent. L'argent est une sorte de flux universel, un médium parfaitement ambivalent, mais efficace.

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Comme l’a rappelé Michel Wieviorka, directeur d’études à l’EHESS, directeur du Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS – EHESS/CNRS) et, depuis le 22 juillet 2009, administrateur de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme à Paris, quand on s’intéresse à l’argent, deux personnages retiennent en priorité l’attention : Karl Marx et Georg Simmel. On connaît relativement bien la position de Marx : l’argent est une source majeure d’aliénation et de domination. « L’argent avilit tous les dieux des hommes : il les transforme en une marchandise. L’argent est la valeur universelle de toute chose constituée pour soi-même ; c’est l’argent, le représentant de la valeur de toutes choses, de tout homme et de toutes les relations sociales ».

Mais ne peut-on pas, au contraire, voir dans l’argent une source de progrès ? C’est ici le philosophe Georg Simmel (Berlin, 1858 – Strasbourg, 1918) qui a apporté les développements les plus stimulants à cette orientation dans son ouvrage Philosophie de l’argent (publié pour la première fois en 1900, PUF 1897). Le professeur Marina D’Amato a rappelé que pour Simmel, l’argent est libérateur et facteur de progrès. Neutre techniquement, il est « le moyen absolu et l’outil essentiel de la vie sociale ». Il libère de la subjectivité. Il libère des liens personnels. En tant qu’instrument, il redouble la puissance des individus. Ainsi, payer l’impôt en argent, ce n’est pas pareil que de le payer en nature ou en travail. C’est gagner en autonomie : peu importe, en effet, comment le débiteur a gagné son argent. Il a pu choisir, par exemple, le type de culture auquel il va se livrer et la commercialiser sur le marché. Il n’est pas soumis aux ordres du seigneur qui exige une certaine quantité de blé, de fruits, ou de légumes. Autrement dit, l’argent réduit la dépendance, et la sortie de l’ère pré-industrielle, l’entrée dans l’ère industrielle, qui est aussi celle du salariat et donc de l’argent, se révèle, à suivre Simmel, facteur d’émancipation personnelle. A la suite de Michel Wievorka, Marina D’Amato a souligné l’actualité de la pensée de Simmel. Il s’intéresse à l’autonomie et la mobilité des individus, qui sont précisément des dimensions centrales dans l’expérience contemporaine, par exemple celle des migrants, pour qui l’important est de plus en plus non pas tant de se fixer quelque part, mais de disposer du passeport et des visas qui permettent de circuler. Chez Simmel, l’argent permet d’envisager le futur avec confiance, là où il devrait être supprimé à terme dans la société idéale selon Marx.

Philosophie de l’argent devait être intitulé « Psychologie de l’argent ». C’est dire, a souligné Marina D’Amato si, derrière l’argent, Simmel analyse la société. C’est un livre « total » qui tente de définir la place de l’homme sans l’univers.
 

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