Birmanie / Entretien vidéo

Win Tin, une vie au service de la démocratie

Win Tin
Win Tin MP/RFI

Privé de liberté d’expression pendant vingt ans, « libéré » mais surveillé de près, le journaliste et homme politique Win Tin se livre dans un ouvrage écrit en collaboration avec la journaliste de RFI Sophie Malibeaux*, afin d’alerter l’opinion publique internationale sur le sort de son pays et sur l’intolérance de la junte à l’égard de tout mouvement d’opposition politique. Cela, à la veille d’un nouveau scrutin électoral, programmé pour 2010 par les militaires, sans le moindre respect des règles de base de la démocratie.

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En Birmanie, des prisonniers politiques continuent de mourir des mauvais traitements qui leurs sont infligés. De simples citoyens, militants pacifiques, continuent de se faire arrêter pour un oui ou pour un non. Le fait de communiquer à la presse étrangère des informations relatives à la situation humanitaire ou à l’évolution politique du pays suffit à se faire arrêter, enfermer ou envoyer en camp de travail.

Win Tin ne s’en prive pas malgré tout, lui qui a déjà passé vingt ans de sa vie derrière les barreaux d’Insein. Lorsqu’il en est sorti, le 23 septembre 2008, il s’est promis de poursuivre la lutte pour le triomphe de la démocratie. Agé de 80 ans, il continue de témoigner et de soutenir les familles des militants de l’opposition soumis à une féroce répression. Ancien bras droit de Aung San Suu Kyi au moment de la fondation de la Ligue Nationale pour la Démocratie en 1988, Win Tin tente d’encourager les jeunes générations à prendre la relève.
Tortures et isolement, n’ont pas émoussé sa détermination.

Chemise bleue clair, badge rouge de la Ligue Nationale de la Démocratie sur la poitrine, rien n’est innocent dans la démarche de Win Tin. La tenue bleue clair rappelle celle qu’il portait parmi les bagnards d’Insein. Les autorités ont menacé de saisir ce prétexte pour l’enfermer de nouveau. Qu’à cela ne tienne, la liberté d’expression est à ce point limitée que les opposants politiques s’accrochent aux moindres symboles.

Vingt ans après…des élections « inutiles »

Que faut-il attendre des prochaines élections –les premières à se tenir depuis 1990 et la victoire de la LND confisquée par la junte ?
Win Tin est l’un des rares militants –à l’intérieur du pays- à exprimer aussi clairement sa position à l’égard de ce qu’il qualifie comme une « farce électorale ».

Win Tin est de ceux que les offres de dialogue de la nouvelle administration américaine laissent perplexes, d’autant que l’administration Obama ne cesse de pousser à la participation aux élections, en dépit du manque de garanties fournies par les généraux. Les gestes d’ouvertures de la junte en direction de la communauté internationale s’accompagnent néanmoins de mesures toujours plus coercitives à l’égard des opposants.

La prolongation de la détention de Aung San Suu Kyi en résidence surveillée, au delà de la période envisagée pour la tenue du scrutin, augure mal de la démocratisation du régime birman. La junte ne semble pas prête à tolérer une opposition dotée d’une véritable force de frappe. Les retrouvailles de Win Tin et Aung San Suu Kyi ne sont pas pour bientôt.

*« Win Tin, une vie de dissident » éditions Michel Lafon, 29 octobre 2009

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