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LIBAN

Saad Hariri forme son premier gouvernement

Saad Hariri forme un gouvernement d'union nationale, après des mois d'impasse.
Saad Hariri forme un gouvernement d'union nationale, après des mois d'impasse. AFP/Joseph Barrak
4 min

Le Premier ministre, Saad Hariri, a annoncé, lundi soir, la formation d’un gouvernement d’union nationale où siègera la coalition pro-occidentale du 14-Mars aux côtés du Hezbollah et de ses alliés chrétiens. Le Liban vient de sortir d’une crise gouvernementale de plus de quatre mois, qui aurait pu se muer en crise institutionnelle.

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De notre correspondant à Beyrouth

Il aura fallu seize semaines de longues tractations et l’intervention de l’Arabie Saoudite et de la Syrie auprès de leurs alliés libanais pour que le gouvernement voit enfin le jour. Saad Hariri devient ainsi, à 39 ans, le Premier ministre du Liban, un poste qu’a occupé pendant treize ans son père Rafic Hariri, assassiné en 2005.

Dans ce gouvernement de 30 membres, la majorité parlementaire - qui dispose de 71 députés sur les 128 que compte la Chambre - détient 15 portefeuilles, l’opposition - 57 députés - obtient 10 ministères et le président de la République 5.

Le déblocage s’est produit après des concessions mutuelles sur le nombre de ministres et les portefeuilles attribués à chaque parti. Mais c’est surtout Saad Hariri et ses alliés, très affaiblis par la décision de Walid Joumblatt de quitter la coalition pro-occidentale du 14-Mars, qui ont été contraints de consentir les plus gros sacrifices. En effet, après la défection du leader druze, les loyalistes, amputés des 11 députés de bloc de Joumblatt, n’étaient majoritaires, au Parlement, qu’en théorie.

Le rapprochement de Walid Joumblatt de la Syrie et du Hezbollah, annoncé avec grand fracas le 2 août, a définitivement barré la route à la formation d’un gouvernement monochrome, composé uniquement de ministres de la majorité. C’était pourtant là le souhait des responsables américains qui ne cessaient de répéter que le nouvel exécutif libanais devait « refléter les résultats des élections législatives » du 7 juin, qui ont vu la victoire du 14-Mars. Cependant, le repositionnement politique de M. Joumblatt a mélangé les cartes.

Hariri a des marges étroites

Dès le départ, Saad Hariri se voit obligé, donc, de composer avec ses ennemis d’hier pour former son premier gouvernement. Il est encouragé dans cette voie par ses mentors saoudiens, qui demandent par ailleurs à la Syrie d’intervenir auprès de ses alliés libanais afin qu’ils facilitent la tâche de leur protégé sunnite. Les démarches de Damas et de Riyad aboutissent à un accord sur la formation d’un gouvernement d’union nationale où Saad Hariri et ses alliés ne détiendraient pas la majorité absolue (16 ministres) et l’opposition pas de minorité de blocage (11 ministres). Une formule de compromis voit le jour. Elle accorde 15 portefeuilles à la majorité, 10 à l’opposition et 5 au président de la République, Michel Sleiman. Avec une nuance : un des ministres du quota présidentiel est nommé après concertations avec la majorité et un autre avec l’opposition.

Toutefois, les Etats-Unis, par la voix de leur ambassadrice au Liban, Michel Sison, et du secrétaire d’Etat adjoint pour les Affaires du Proche-Orient, Jeffrey Feltman, critiquent cette formule, qui accorde à l’opposition une belle part et fournit au Hezbollah une légitimité politique et une couverture officielle. Forts de l’intransigeance américaine, les faucons du 14-Mars durcissent le ton et posent des conditions au leader chrétien Michel Aoun, le principal allié du Hezbollah. Ils refusent de lui accorder des maroquins qu’il convoite et d’intégrer au gouvernement son gendre, le ministre sortant des Télécommunications, Gebran Bassil, battu aux dernières législatives.

Devant ce blocage, Saad Hariri renonce, début septembre, à former le gouvernement. Il est cependant reconduit pour une seconde tentative. Un nouveau round de négociations commence. Les deux parties campent sur leurs positions pendant des semaines. En octobre, les relations syro-saoudiennes connaissent une nette amélioration après une visite de Bachar el-Assad à Riyad, suivie, quelques jours plus tard, d’un voyage du roi d’Arabie saoudite en Syrie. Dans un communiqué conjoint, les deux pays, très influents au Liban, appuient la formation d’un gouvernement d’union nationale. Devant l’insistance des autorités saoudiennes, les réticences de Washington, qui craint, malgré tout, que la crise gouvernementale ne déstabilise le Liban, finissent par s’estomper.

Entre-temps, Michel Aoun se laisse convaincre par ses alliés de revoir à la baisse ses revendications. Il accepte de céder un ministère (il en obtiendra 5 au lieu des 6 qu’il réclamait) et de ne pas nommer son gendre aux Télécoms mais à l’Energie. Les derniers obstacles tombent, ouvrant la voie à un gouvernement regroupant toutes les forces politiques du Liban, y compris le Hezbollah qui dispose de deux portefeuilles. Les ministères dits de la « sécurité » (Défense et Intérieur) sont attribués à des proches du chef de l’Etat.

L’avantage de ce gouvernement est qu’il accorde une stabilité politique au Liban. Son inconvénient est qu’aucune décision importante ne pourra être adoptée sans consensus. Dans un tel contexte, le compromis sera nécessaire sur presque tous les dossiers importants, ce qui ne facilitera pas l’adoption de réformes de fond et de grandes décisions politiques.

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