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Photographie

Bamako, versant Afrique du nord

Stèle 9, série : cimetière de Zaafrane, 2008 (Tunisie).
Stèle 9, série : cimetière de Zaafrane, 2008 (Tunisie). Lilia Benzid
Texte par : Olivia Marsaud
4 min

Autour du thème des frontières, la 8e édition de la Biennale de la photographie africaine de Bamako (7 novembre-7 décembre) rassemble une centaine d'artistes venus de tous les pays du continent. On y croise quelques références internationales, comme Martin Parr, mais on y découvre aussi la vitalité et la richesse des photographes africains. C'est le cas, notamment, en Afrique du nord. Choses vues.

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Au centre-ville, le marché bat son plein mais quelque chose a changé dans le paysage. Au carrefour de la Galerie de l'Ina (Institut national des arts) et de ses murs roses, une grande bâche offre aux regards les oeuvres du Marocain Hassan Hajjaj. De la photo en plein coeur de Bamako, c'est le pari de la 8e édition de la Biennale de la photographie africaine. A l'intérieur de la cour de l'Ina, c'est le souk : Hassan Hajjaj a décidé d'inviter tous les gens du marché à venir découvrir son exposition, Dakka Marrakech, et il entraîne la foule avec enthousiasme. Dans ce travail, il parodie l'orientalisme des photos de mode prises à Marrakech par des photographes européens. Fan de pop art et de récupération, Hassan Hajjaj fabrique aussi ses cadres, avec des boîtes de soda ou d'allumettes locales et a installé un salon marocain totalement créé par ses soins. C'est drôle, coloré et subtilement subversif. 

Martyr
Martyr Majida Khattari

Subversives aussi, les images de sa compatriote Majida Khattari qui donne sa vision d'une femme kamikaze, portant un sac en forme de bombe... Ce travail fait partie de l'exposition panafricaine qui présente 40 photographes dans l'enceinte du Musée national du Mali, haut lieu de la culture, havre de paix et de silence. Une scénographie particulièrement réussie permet de se promener comme dans un labyrinthe dont les allées débouchent toujours sur une surprise photographique. On peut ainsi découvrir le travail de la Libyenne Arwa Abouon, qui interroge l'identité dans sa série Génération : deux diptyques en noir et blanc d'un père et de son fils, puis d'une mère et de sa fille, portant le même vêtement et poussant le mimétisme dans leur pose.

Cette année aussi, trois Tunisiennes ont fait le voyage à Bamako. Lilia Benzid, avec sa série sur le Cimetière de Zaafrane, dans lequel les tombes, plantées dans le sable, ressemblent étrangement à des statues et des fétiches africains. Faten Gaddes, elle, présente Transe. Cette jeune femme aux grands yeux sombres n'a pas peur de photographier les failles et les côtés obscurs de son pays, comme cette scène de transe collective. Elle a été marquée par le côté calme et serein des femmes avant la transe, qui parlent de la cuisine et des enfants. « Puis j'ai compris que la frontière entre ce calme-là et l'hystérie ne tenait qu'à un fil », explique-t-elle.

Etrangeté, encore, mais joyeuse cette fois-ci, avec les kaléidoscopes de Mouna Jemal Siala. De loin, le regard hésite : est-ce une arabesque, un moucharabieh, une tapisserie ? En fait, ce sont les images duppliquées de photographies très personnelles, prises au quotidien. L'artiste aime notamment photographier ses filles dans leurs jeux d'enfants et en fait une magnifique composition abstraite.

Enfin, on retrouve avec bonheur, dans cette Biennale, des artistes qui ont un pied de chaque côté de la Méditerranée : Mohamed Bourouissa (Algérie/France) qui, avec  Périphérie, déconstruit le regard que l'on peut avoir sur la banlieue, Malik Nejmi (Maroc/France), qui capte les regards plein de tristesse des jumeaux malgaches, qui représentent un tabou sur la Grande île, Zineb Sedira (Algérie/France), qui a exploré les plages de Nouadhibou, en Mauritanie, où les navires échoués rouillent au soleil et où les épaves, au large, ressemblent à des vigies mystérieuses.

Quant à Kader Attia (Algérie/France), il livre un sujet sur lequel il travaille depuis dix ans et qui concerne un lieu emblématique du quartier populaire de Bab el Oued, à Alger, et qu'on appelle « les rochers carrés » : un quai bétonné, construit sous Boumédiène, aujourd'hui lieu de rendez-vous d'une jeunesse en désherance. « Les jeunes passent des heures, assis sur ces blocs, à regarder, comme hypnotisés, le va-et-vient des bateaux qui relient l'Algérie à l'Europe. Cette plage est l'ultime frontière qui les sépare de ce continent, mais surtout de leurs rêves d'une vie meilleure », explique Kader Attia. Bruno Boudjelal (Algérie/France) a, lui, traversé le contient du nord au sud. Son travail, Goudron, Tanger/Le Cap, raconte ce voyage éprouvant. Il est accompagné de textes qui sont comme autant de petits reportages très personnels. Le photographe dénonce la corruption, les tracasseries, les retards, les violences, qui font du voyage en Afrique une entreprise périlleuse. Pour traverser les frontières, il ne semble rester qu'un seul outil : l'appareil photo.
 

" Année Islamique : 1420 " (LV Posse 2000).
" Année Islamique : 1420 " (LV Posse 2000). Hassan Hajjaj

 

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