Pakistan

L'explosion des compagnies de sécurité privées

Milice privée à Bajaur dans les zones tribales du Pakistan.
Milice privée à Bajaur dans les zones tribales du Pakistan. AFP/Anwar Ullah

Alors que l'économie pakistanaise s'effondre les compagnies de sécurité privées se multiplient. Le commerce florissant de ces entreprises repose sur une main d’œuvre extrêmement bon marché et des conditions d’embauche assez peu contraignantes. Une situation qui n'est pas sans danger selon les experts car il existe au Pakistan un risque d'infiltration de ces compagnies par les militants extrémistes. 

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Alors que l’économie pakistanaise s’effondre, les compagnies de sécurité privées prospèrent de jour en jour. Nombre de ces entreprises se disent à présent débordées par une demande à laquelle elles n’arrivent plus à répondre. « Depuis l’attentat contre l’université islamique d’Islamabad au mois d’octobre, les demandes de gardes armés sont en très nette augmentation. Mais on ne peut pas suivre, on n’a plus assez de personnel », explique Sajjad Hussain Minhas qui dirige ESS une société de sécurité privée.

Face à cette explosion du secteur les conditions d’embauche sont de moins en moins exigeantes. Un état de fait qui n’est pas sans danger si l’on en croit l’analyste Ishtiaq Ahmad : « Les terroristes au Pakistan, comme en Afghanistan, risquent de généraliser cette stratégie qui consiste à infiltrer les forces de l’ordre, les troupes paramilitaires et même les compagnies de sécurité privées. D’autre part les gardes sont souvent très mal payés par leurs entreprises qui, elles, s’enrichissent ». Autant dire que ces gardes sont potentiellement corruptibles. Car la moyenne des salaires pour 12 heures de travail par jour correspond à l’équivalent de 60 euros mensuels. Un revenu qui ne permet généralement pas aux gardes de s’en sortir.

A 55 ans, Ali K, en paraît 20 de plus. Il est garde pour une grosse entreprise de sécurité à Islamabad. Exténué après avoir travaillé 24 heures sur 24 toute la semaine, il compte passer sa seule journée de congé hebdomadaire à dormir. Tout en lissant ses cheveux blancs et hirsutes il assure que son recrutement s’est fait sérieusement : « La preuve, on m’a demandé mes papiers d’identité avant de m’embaucher. Je n’ai pas reçu de formation pour me servir de mon arme mais c’était inutile car j’ai dit à mon patron que je savais tirer », explique l’homme, qui porte sur l’épaule son fusil encrassé.

Le pays compte plus de 600 compagnies de sécurité privées

Selon l’association des agences de sécurité du Pakistan, le pays compte plus de 600 compagnies de sécurité privées, dont près de 60 dans la seule capitale. Mais les gardes sont loin de bénéficier de l’enrichissement du secteur. Une situation qui peut générer des frustrations. Dans ces conditions, leur présence ne rassure pas toujours. Comme en témoigne ce diplomate européen en poste à Islamabad : « On m’a adjoint des gardes supplémentaires pour renforcer ma sécurité. Mais j’ai été assez surpris de découvrir que l’un d’entre eux se réjouissait ouvertement de l’attentat-suicide qui a eu lieu il y a un peu plus d’un an contre l’hôtel Marriott. Il se félicitait en réalité que des intérêts américains et des étrangers puissent être pris pour cible ».

Pour Ikram Sehgal, à la tête de deux des plus grandes compagnies de sécurité privées du pays, le risque d’infiltration de ces entreprises par des militants extrémistes est effectivement élevé au Pakistan. Mais selon lui c’est à l’Etat de mieux jouer son rôle de régulateur. « Tant que l’Etat ne forcera pas les sociétés à mieux contrôler leur personnel, il y aura toujours un risque » souligne l’ancien militaire.

Pour l’heure, les compagnies de sécurité privées ont peu de souci à se faire au Pakistan. Comme ses collègues, le chétif Ali K. continue ses patrouilles craintives devant les écoles, les ambassades et les centres commerciaux de la capitale. Fataliste, il tente de calmer son inquiétude : « Au pire, j’ai mon téléphone portable sur moi. Si je vois des gens louches, je pourrai toujours appeler la police pour qu’elle vienne me porter secours ».

 

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