Kosovo

Scrutin test au Kosovo

Une affiche électorale au-dessus d'un arrrêt de bus de la ville d'Urosevac, au Kosovo, le 13 novembre 2009.
Une affiche électorale au-dessus d'un arrrêt de bus de la ville d'Urosevac, au Kosovo, le 13 novembre 2009. Reuters/Hazir Reka

Les électeurs du Kosovo sont convoqués dimanche à des élections locales, le premier scrutin depuis la proclamation d’indépendance du pays, le 17 février 2008. Un des principaux enjeux sera la participation des Serbes, que Belgrade appelle à boycotter les élections.

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Pristina - Côté albanais, la bonne tenue du scrutin sera un test sur la consolidation des institutions et l’état de la démocratie, mais aussi un précieux indicateur du rapport de force politique. L’attention se concentre sur la « bataille de Pristina », qui oppose le maire sortant, Isa Mustafa, issu de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) à un challenger du Parti démocratique du Kosovo (PDK), le philosophe Astrit Salihu. Les deux formations gouvernent pourtant ensemble le pays, après avoir été « mariées de force » par la communauté internationale. En réalité, Pristina représente le dernier bastion de la LDK, le parti « historique » des Albanais du Kosovo, fondé au début des années 1990 par le défunt Ibrahim Rugova. Aujourd’hui dirigée par le président de la République, Fatmir Sejdiu, la LDK est en perte de vitesse, et le PDK du Premier ministre Hashim Thaçi, issu de la guérilla de l’UCK, espère bien que les élections de dimanche lui permettront de conforter encore sa mainmise sur toutes les institutions du pays. Seuls des petits partis disposant d’une forte implantation régionale, comme l’Alliance pour l’avenir du Kosovo (AAK), de l’ancien commandant et ancien Premier ministre Ramush Haradinaj, devraient conserver leurs bastions. 

Pour leur part, les Serbes du Kosovo sont soumis à des pressions contradictoires. Belgrade les appelle à boycotter le scrutin, tandis que les représentants internationaux les invitent à saisir la « chance » que représente la perspective de décentralisation du pays. En effet, dans le Kosovo imaginé par les Occidentaux et Martti Ahtisaari, l’émissaire des Nations unies chargé de négocier le statut de l’ancienne province serbe, les minorités nationales, à commencer par les Serbes, devaient bénéficier d’une forte décentralisation, passant par la création de nouvelles communes. En réalité, ce processus, vivement contesté par les Albanais, est au point mort, et la communauté serbe risque de boycotter très largement le scrutin du 15 novembre.

Beaucoup de Serbes seront sensibles aux consignes de Belgrade 

Depuis la proclamation d’indépendance, Belgrade a mis en place un réseau d’administrations municipales « parallèles », qui reconnaissent l’autorité de la Serbie. La zone serbe du nord du Kosovo est entrée dans une logique ouverte de sécession, et le boycott devrait y être massif. Ailleurs, dans les enclaves serbes disséminées à travers le Kosovo, la situation est plus confuse. Beaucoup de Serbes seront sensibles aux consignes de Belgrade, qui explique que participer aux élections reviendrait à reconnaître l’indépendance du Kosovo, mais certains dirigeants de la communauté estiment au contraire que les Serbes doivent participer aux élections pour prendre le contrôle des nouvelles communes prévues par le plan de décentralisation.

« Nous ne reconnaissons pas l’indépendance du Kosovo, mais nous voulons continuer à vivre ici, sur notre terre. Pour cela, il faut que nous saisissions toutes les opportunités de nous faire entendre », explique ainsi Sinisa, un Serbe du village d’Ugljare, près de Pristina, qui doit faire partie de la nouvelle de Gracanica, qui réunira les 16 villages de l’enclave serbe du Kosovo central, soit quelque 25 000 habitants. Momcilo Trajkovic, candidat du Mouvement de la résistance serbe (SPOT) à la mairie de Gracanica, ne dit pas autre chose : « Il est temps que les Serbes du Kosovo prennent eux-mêmes en main leur destin, sans attendre que la Serbie décide », assure-t-il. La décision de participer aux élections n’a pas été simple à prendre, reconnaît-il. « On nous accuse de collaborer avec les institutions du Kosovo et donc de reconnaître l’indépendance proclamée par les Albanais, mais nous voulons simplement saisir la chance que représente la décentralisation ».

Les élections ne suscitent guère qu’indifférence au sein de la population

Par ailleurs, les Serbes fidèles à Belgrade ne seront pas les seuls à bouder les urnes. Le mouvement Vetëvendosje (« Autodétermination »), qui dénonce toute forme de tutelle internationale, appelle aussi à boycotter les élections de dimanche. De la sorte, le mouvement entend dénoncer la décentralisation « imposée » au Kosovo et qui risquerait d’aboutir à une partition ethnique du petit pays. Vetëvendosje dénonce aussi la corruption de la classe politique locale, en étalant son slogan sur les murs de Pristina : « Je vote, tu votes… ils s’enrichissent ». Albin Kurti, le dirigeant du mouvement, table sur une participation inférieure à 40%.

Cet objectif risque fort d’être atteint, car les élections ne suscitent guère qu’indifférence au sein de la population. Une fois passé l’enthousiasme de la proclamation d’indépendance, les problèmes sociaux sont revenus au premier plan des préoccupations : plus de 60% de la population active serait au chômage, les privatisations se perdent dans un océan de corruption, les investissements étrangers tant attendus ne sont pas au rendez-vous. Près de 60% de la population du Kosovo a moins de 25 ans, et aucun avenir ne s’offre aux jeunes qui quittent l’école, d’autant que la « soupape de sécurité » de l’émigration ne fonctionne plus. Les politiques migratoires des pays européens sont de plus en plus restrictives et, depuis qu’il a proclamé son indépendance, le Kosovo a dû signer de nombreuses conventions de réadmission, prévoyant le retour massif de ses citoyens qui résidaient illégalement dans les pays occidentaux. 

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