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France / Irak

Après la normalisation politique, les contrats commerciaux

Le président irakien Jalal Talabani à son arrivée en France, à l’aéroport de Paris Orly, le 16 novembre 2009.
Le président irakien Jalal Talabani à son arrivée en France, à l’aéroport de Paris Orly, le 16 novembre 2009. REUTERS/Bertrand Guay/Pool
Texte par : Franck Weil-Rabaud
4 min

Le président irakien, Jalal Talabani est à Paris pour une visite d'Etat de quatre jours. Après l’opposition de la France à l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis en 2003, cette visite marque la normalisation des relations entre les deux pays. De nouveaux contrats commerciaux viendront sceller ce renouveau. Depuis le début de l'année, les visites de responsables irakiens et français se sont multipliées de part et d'autre. Nicolas Sarkozy était à Bagdad en février, son Premier ministre François Fillon en juillet.

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 « Il n’y a pas de raison pour que la France ne retrouve pas la relation économique privilégiée qu’elle avait avec l’Irak de Saddam Hussein dans les années 1970-1980 ». L’homme qui s’exprime ainsi n’est autre que le Premier ministre français, François Fillon, en visite à Bagdad en juillet dernier. Et pour mieux prouver la volonté de la France de redevenir un partenaire commercial incontournable d’un Irak en pleine reconstruction, le chef du gouvernement, accompagné de la ministre des Finances, avait convié Laurence Parisot, chef du patronat français (MEDEF) à se joindre à lui lors de ce voyage. La patronne des patrons français avait souligné que « dans le business, il n’y a pas de secret, il faut être présent, présent, présent ». Plusieurs industriels dont Christophe de Margerie pour Total et Louis Gallois pour EADS avaient appliqué à la lettre ce principe en venant à Bagdad.

 
La manne pétrolière

Le secteur pétrolier reste celui qui offre les plus grandes perspectives, dans un pays qui figure au troisième rang mondial en termes de réserves d’hydrocarbures derrière l’Arabie Saoudite et l’Iran. Mais de nombreuses incertitudes demeurent confortées par les récents propos du président de la commission parlementaire irakienne sur le pétrole et le gaz. Le 19 octobre dernier, Ali Hussain Balou avait souligné que « les compagnies pétrolières, qui prévoient d'investir des milliards, devraient prendre en compte le grand risque inhérent à ces contrats. Le nouveau gouvernement, issu des élections de janvier prochain,  modifiera au minimum les termes des contrats et cela ne plaira pas aux compagnies. Rien ne garantit que le nouveau gouvernement poursuivra la même politique ».
 
Ce député kurde est l’un des principaux détracteurs de la politique mené dans le domaine des hydrocarbures. Il reproche en particulier au gouvernement de négocier l’octroi des contrats en secret. Le premier d’entre eux a d’ailleurs été signé début novembre. La compagne chinoise CNPC et la britannique BP ont obtenu le droit de développer le champ pétrolifère de Rumaila, situé dans le sud de l’Irak. Avec des réserves estimées à 17 milliards de baril, c’est l’un des plus importants au monde. Un second contrat a été attribué au groupe américain Exxon et à la société anglo-néerlandaise Shell. Le groupe français Total cherche donc à se positionner pour les prochains appels d’offre visant à faire passer l’actuelle production irakienne de 2,4 millions de barils à plus de 10 millions. Cela permettrait à l’Irak de redevenir l’un des principaux pays producteurs de pétrole au monde.

Un pays à reconstruire

« L’Irak, c’est une ruine, c’est un pays à reconstruire », a déclaré le sénateur socialiste Bernard Caseau, président du groupe d’amitiés France-Irak, invité de RFI ce lundi matin. Les perspectives sont donc immenses d’autant que la France après avoir souffert de son refus de soutenir l’invasion américaine de 2003 est redevenue un interlocuteur crédible. C’est particulièrement vrai dans le domaine des infrastructures. Lors de la dernière visite à Bagdad de la secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, le groupe Aéroports de Paris a ainsi signé un contrat pour la construction d’un aéroport destiné à la desserte des villes saintes de Najaf et de Kerbala. Plusieurs groupes de travaux publics sont également sur les rangs pour réhabiliter les infrastructures routières du pays. Dans le domaine militaire, le groupe Eurocopter a signé un contrat pour la fourniture de 24 hélicoptères.

Le gouvernement français a multiplié les initiatives pour permettre un retour des entreprises nationales sur le marché irakien. On peut ainsi noter le renforcement de la Mission économique à Bagdad, la création d’un bureau de soutien des entreprises françaises à Bagdad, l’organisation d’un Pavillon France à la foire de Bagdad ou encore la création d’un Conseil franco-irakien des chefs d’entreprises. Comme le soulignait ce matin l’ambassadeur de France en Irak, Boris Boillon sur Europe 1, « les Américains sont sur une logique de départ, les Irakiens sur une logique de diversification. Tout cela fait les affaires de la France ». Reste que l’instabilité en matière de sécurité fait de l’Irak un pays dans lequel il est toujours difficile d’investir.

La reconquête économique passe donc par une stabilisation de l’Irak, dossier sur lequel la France entend également peser. Le président irakien ne devrait pas manquer d’évoquer avec son homologue français, le rôle de l’Iran. Le puissant voisin de l’Irak y possède une très forte influence. Paris et Bagdad veulent œuvrer pour convaincre la République islamique de son intérêt à disposer à sa frontière d’un Etat irakien stable. La situation sécuritaire s’est certes améliorée mais plusieurs attentats de grande ampleur, visant des ministères sont venus confirmer que la menace terroriste restait bien présente. Dans ce domaine la France devrait d’ailleurs renforcer sa coopération en formant en particulier les forces de sécurité irakienne. Cette visite d’Etat à Paris de Jalal Talabani est en tout cas le signe qu’après des années de tension, l’heure est définitivement à la coopération entre Paris et Bagdad. 

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