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Exposition & Anniversaire

Cartons pleins pour les 100 ans de Ionesco

BnF
Texte par : Elisabeth Bouvet
5 min

La Bibliothèque nationale de France, site Mitterrand, célèbre le centenaire de l’auteur de La Cantatrice chauve qui aurait eu cent ans le 26 novembre prochain. Sur la base de ses archives, pour la première fois dévoilées, la BnF remet Eugène Ionesco (1909-1994) sur le devant de la scène. Ce sont près de 300 objets organisés, distribués, partagés en huit sections qui se proposent de cerner les différentes facettes de l’homme à l’humour ravageur. C’est à voir jusqu’au 3 janvier 2010.

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 Petit Préambule 

Ça se passe à la Maison européenne de la photographie, à Paris. Au nombre des documents présentés pour évoquer le parcours de l’éditeur Robert Delpire, l’invité unique de la MEP cet automne, on peut revoir et réécouter les courts films d’Agnès Varda Une minute pour une image qui confrontent une photographie archi-connue et une personnalité du monde des arts. A la faveur de l’un de ses commentaires, on reconnait la voix d’Eugène Ionesco qui, décrivant le cliché de Willy Ronis sur lequel on aperçoit un homme triste égaré au milieu d’une foule d’enfants hilares, se lance dans une sorte de délire contre les gosses et la vie en général. « Eugène, tu es méchant », entend-t-on à la toute fin du film, sur un air de boutade.

Scène d’ouverture

Même court, ce face à face en dit long sur la perception que nous avons d’Eugène Ionesco, farceur pince-sans-rire voire antipathique et roi de l’absurde dont la pièce La Cantatrice chauve, qui ne quitte pas l’affiche du théâtre de la Huchette dans le quartier latin à Paris, est devenue pour ainsi dire une destination touristique. Or comme le rappelle la grande fresque qui accueille le visiteur à l’entrée de l‘exposition que lui consacre la BnF, le sanguin et rond Ionesco fut dans les années 1960 l’égal (voire plus, si l’on se fit aux très belles photographies de ses différentes pièces jouées dans le monde entier et dans toutes les langues, du grec au japonais. Sur l’une d’elles, on reconnait Orson Welles en 1960 dans un Rhinocéros monté à Londres) du grand et taiseux Samuel Beckett. Lequel aujourd’hui a davantage les faveurs des metteurs en scène et du public que l’auteur du Roi se meurt, si l’on excepte l’engouement de Jean-Luc Lagarce (1957-1995) qui a largement contribué à le dépoussiérer.
 

David-Paul Carr/ BnF

 
Eléments du décor

Dépoussiérer Ionesco, c’est précisément l’objectif poursuivi par Noëlle Giret, la commissaire de l’exposition qui, histoire de fixer tout de suite le cadre, rejette l’étiquette qui fut accolée à son œuvre - tout comme à Beckett - de « théâtre de l’absurde ». Pour lui, reprend-t-elle, « il s’agissait d’un théâtre métaphysique dans lequel il rebat tout ce qu’il considérait comme les grandes obsessions humaines dont la peur devant la mort ». C’est du reste autour des obsessions du dramaturge, qui renvoient chacune à une - ou plusieurs - pièce précise, que s’organise l’exposition : huit lettres, huit espaces du L comme langage au E comme engagement, du C comme critique à D comme dieu sans oublier le M comme mort et bien sûr le A comme accumulation. Un bric-à-brac, une accumulation visible à l’œil nu grâce à une scénographie qui, en utilisant des cartons (dans lesquels, les archives de Ionesco seraient arrivées à la BnF) pour modeler l’espace, rend également bien cette idée du déballage.

Envers dudit décor

Déballage en l’occurrence de « toutes ses facettes, jusqu’à la peinture (quand il décrète dans les années 1970 qu’il n’a plus rien à dire, ndlr) car ce n’est pas un homme monolithique. C’est une pensée très ondoyante, très complexe, très tiraillée », y compris entre des extrêmes à l’image de ce vide et de ce plein entre lesquelles il oscille sans cesse. Idem pour la politique qu’il disait rejeter à travers le théâtre épique et engagé (façon Bertold Brecht) qu’il dénigrait ouvertement mais qui, en même temps, irrigue un certain nombre de ses pièces comme Rhinocéros, Jeu de massacre, La soumission ou Tueur sans gages… Autant de pièces, hormis la première, à redécouvrir. « Ses prises de position anticommunistes à une époque où ce n’était pas la tendance surtout dans son milieu l’ont sans doute beaucoup desservi », ajoute Noëlle Giret. Lui-même n’a-t-il pas écrit, se réferrant à Samuel Beckett, « J’aurais dû me taire ».

Tirades et costumes

Le visiteur est pourtant tout à fait heureux de pouvoir l’écouter. A chacune des huit étapes du parcours, un extrait d’émission ou d'entretien est diffusée, offrant ainsi l’opportunité de réentendre la tonalité d’une époque volontiers provocatrice voire polémiste et… théâtrale. Noëlle Giret a même réservé un espace à part dédié à la seule critique qui « redonne la couleur » de ces années-là. C’est pareillement pour donner chair aux textes que quelques objets de scène se mêlent aux cartons dont trois costumes du Roi se meurt mis en scène en 2004 par Georges Werler à commencer par celui endossé par Michel Bouquet, un fidèle du rôle de Bérenger I qu’il avait campé une première fois onze ans plus tôt. « Les costumes, c’est magique », observe la commissaire consciente de toute la difficulté de monter une exposition sur le théâtre sans la scène, sans les acteurs. Reste cette masse de documents inédits qui, l'assure Noëlle Giret, permettra de redécouvrir cet auteur (définitivement) paradoxal qui prétendait ne rien vouloir garder alors même que les couloirs, armoires, tiroirs de son appartement regorgeaient de cartons pleins.
 

Valérie Karsenti, Michel Bouquet, Jacques Échantillon, Nathalie Niel, Juliette Carré et Jacques Zabor dans " Le Roi se meurt" (Mise en scène de Georges Werler, 2004).
Valérie Karsenti, Michel Bouquet, Jacques Échantillon, Nathalie Niel, Juliette Carré et Jacques Zabor dans " Le Roi se meurt" (Mise en scène de Georges Werler, 2004). Laurencine Lot/ BnF, département des Arts du spectacle

 

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