Rwanda

Arrestation de deux chefs rebelles hutus

Le chef de la rébellion hutu rwandaise des FDLR Ignace Murwanashyaka, ici à Rome en 2005.
Le chef de la rébellion hutu rwandaise des FDLR Ignace Murwanashyaka, ici à Rome en 2005. AFP

Le chef des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, rebelles hutus), Ignace Murwanashyaka et son adjoint Straton Musoni, sont soupçonnés de crimes de guerre et crimes contre l'humanité pour des actes commis en RDC après le génocide. Ils ont été arrêtés mardi en Allemagne.

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Avec notre correspondante à Berlin, Nathalie Versieux

Les deux hommes, recherchés par Interpol à la demande de Kigali, étaient observés par la police allemande depuis plus d’un an. Le procureur fédéral est désormais convaincu d’avoir réuni suffisamment de preuves de leur implication dans les crimes de guerre et crimes contre l’humanité, commis à l’est du Congo, entre janvier 2008 et juillet 2009.

Le procureur fédéral est convaincu que le président des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), Ignace Murwanashyaka, et son adjoint, Straton Musoni, ont commandité depuis leur exil allemand la destruction par le feu de nombreux villages, enrôlement de forces d’enfants dans la milice, viols et exécutions sommaires qui sont reprochés aux FDLR.

« Les deux hommes ont profité des failles de notre état de droit pour organiser ces atrocités par téléphone satellite dans le confort de l’exil », s’offusque aujourd’hui l’association humanitaire allemande des peuples menacés, qui se félicite des deux arrestations.

Murwanashyaka et Musoni ont été transférés mardi dans l’après-midi à un juge de la Cour fédérale, chargé de statuer sur leur détention.

Au Rwanda, on se réjouit ouvertement de cette arrestation. Le ministre rwandais de la Justice, Tharcisse Karugarama, a déclaré que « l'arrestation de ces gens est une très bonne nouvelle pour la population rwandaise et celle des Grands Lacs ».

Le FDLR est une entreprise terroriste qui mène ses actions criminelles dans la région de l'est du Congo, mais aussi une entreprise responsable des massacres et des génocides de 1994 au Rwanda.

Tharcisse Karugarama

Le paradoxe n'est qu'apparent. Ignace Murwanashyaka vit à 6 000 km du Congo, mais c'est pourtant bien lui qui exerce le contrôle et l'autorité sur le mouvement rebelle. En 2005 il a même été élu. Ce sont les combattants FDLR installés dans la brousse congolaise qui ont légitimé son pouvoir par un vote .

Un fait loin d'être anodin lorsque l'on connait la culture rwandaise de l'allégeance au chef. Un chef exilé qui était en contact quasi quotidien avec son état-major. Aucune décision tactique ou stratégique ne pouvait se prendre sans qu'il soit informé. Ignace Murwanashyaka a su renforcer son influence en donnant une visibilité médiatique au mouvement, - chaque semaine deux ou trois communiqués sont publiés -, mais également en pratiquant la désinformation pour faire croire aux troupes que le mouvement disposait de plus en plus de soutien à l'extérieur.

L'arrestation mardi du leader des FDLR et celle de son adjoint vont jouer sur le moral des combattants et probablement les déstabiliser. Traqués ces derniers mois par l'armée congolaise et les casques bleus de la Monuc, le noyau dur de la rébellion sera t-il tenté par la fuite en avant en radicalisant encore ses actions ? Certains observateurs le craignent, d'autres estiment au contraire que le choc pourrait être atténué par l'acquittement mardi au tribunal d'Arusha de deux dignitaires rwandais accusés de génocide.

 

 

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