Climat

Le paludisme peut-il remonter vers le Nord ?

L'association Save the Children en Inde a présenté un rapport stipulant que le changement climatique a un impact direct sur la mortalité infantile, due au paludisme.
L'association Save the Children en Inde a présenté un rapport stipulant que le changement climatique a un impact direct sur la mortalité infantile, due au paludisme. AFP/Ho/Save the children

Des études scientifiques mettent en avant des preuves accablantes des multiples impacts du réchauffement climatique sur la santé humaine. A titre d’exemple, selon certains travaux de recherche, des maladies vectorielles, comme le paludisme, pourraient remonter vers les pays du Nord. Mais, d’autres études démontrent le  contraire. Si les points de vue divergent, la question reste ouverte.

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Interviewés individuellement, le professeur d’entomologie médicale Paul Reiter -chercheur à l’Institut Pasteur- et le Docteur Sandrine Segovia-Kueny, présidente de l’Association Santé Environnement Ile de France et déléguée générale de l'association à l'échelle nationale, livrent leur avis scientifique sur le sujet.

RFI : Existe-t-il un lien avéré entre le réchauffement climatique et les maladies vectorielles comme le paludisme ?

Sandrine Segovia Kueny : Pour ma part, je considère que oui. En 2000, si on se réfère aux chiffres officiels de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 150 000 décès étaient liés au changement climatique. Le forum humanitaire mondial l’a chiffré à 300 000 morts pour 2009 -avec une projection à 500 000 décès d’ici 2030. On peut donc dire qu’il y a des effets réels et constatés du changement climatique en particulier sur les maladies vectorielles. Cela a d'ailleurs été présenté lors du colloque Urgence Santé-Climat du 12 novembre 2009.

Paul Reiter : Il est évident que la température joue un rôle en ce qui concerne la propagation des maladies vectorielles. Mais ce rôle est mineur en comparaison avec d'autres facteurs qui affectent la transmission des agents pathogènes. Il est difficile de généraliser mais, par exemple, si on regarde la carte du monde, le paludisme touche particulièrement les pays pauvres. C'est une maladie de pauvreté. Là où les niveaux de vie sont plus élevés, il y a moins de paludisme. Ainsi, on relève que la maladie a disparu dans toute l’Europe, l’Amérique du Nord et même en Russie et en Sibérie. En revanche, on la trouve toujours dans les pays pauvres des tropiques.

RFI : Un cas de paludisme en Corse (2006), de multiples cas de Chinkungunya en Italie : peut-on imaginer que les maladies présentes dans les pays du Sud remontent vers les Pays du Nord ?

P. R. : Pas du tout. Premièrement, la température n’est pas le facteur déterminant. Par exemple dans l’époque qu’on appelle la petite époque glaciale -il y a environ 300-400 ans-, les températures étaient beaucoup plus basses mais le paludisme

Paul Reiter nous parle du virus du Chikungunya

était très présent en Europe. En Finlande et en Sibérie, le paludisme était même un problème de santé majeure mais il a été éradiqué. Les moustiques existent encore mais je ne pense pas que le réchauffement climatique puisse entrainer quelque remontée de la maladie. Le paludisme est une pathologie transmise entre les humains et le parasite peut être tué avec des médicaments. Alors de temps en temps, certes, certaines personnes qui reviennent des pays impaludés peuvent avoir été piquées par des moustiques vecteurs de la maladie. Le risque de contamination peut donc exister. Mais dès qu’une personne est affectée on peut désormais la soigner grâce aux systèmes de soins actuels. Je n’ai aucun doute, on ne peut pas poser le problème en ces termes même si les températures globales doivent augmenter dans le futur.
 
S. S.- K.: On peut prévoir une extension géographique du paludisme. Le

Sandrine Segovia-Kueny : les pays europeens susceptibles d'être touchés.

phénomène est lié au réchauffement climatique. Néanmoins, dans des pays où sont mis en place des systèmes de prise en charge sanitaire efficaces, ce risque devrait être minime voir exclu. Ajoutons à celà des campagnes anti vectorielles comme il en est régulièrement fait en Camargue, dans le sud de la France, par exemple, ou dans d'autres régions en Europe, on s'attaque directement à l'agent pathogène. Donc, en somme, on peut dire que les maladies vectorielles auront certes un périmètre plus large géographiquement mais selon les pays où elles émergeront, elles seront plus ou moins prises en charge et auront un impact ou non sur la santé.  

RFI : Seriez-vous prêt, Paul Reiter, à dénoncer une certaine désinformation quant au traitement médiatique de ce champ de recherche ?

P. R. : Oui. Je suis responsable à l'Institut Pasteur de la recherche fondamentale sur les maladies vectorielles et je déplore de voir mes travaux mal interprétés : il est vraiment tragique que mon sujet d'étude soit utilisé par des gens qui ne comprennent pas la dynamique de transmission de ces maladies. J'insiste, le paludisme est avant tout une maladie de pauvreté (…). Chaque année, des personnes peuvent subir jusqu'à 300 piqûres de moustiques infectés par cette maladie. Si le climat se réchauffe, cela ne changera pas grand chose puisqu'ils sont déjà infectés trois cent fois par an ! ... Si je mets de l’eau dans un verre et que le verre est plein et si j'en ajoute encore, y aura-t-il davantage d'eau dans le verre ?! ... non, n’est-ce pas ?!
 

(Aide-mémoire Copenhague, 4 avril 2008)

« Des températures et des précipitations favorables au paludisme persistent dans certaines zones d’Europe et d’Asie centrale, faisant peser la menace d’une transmission. À l’heure actuelle, six pays de la Région (Azerbaïdjan, Géorgie, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Turquie) signalent des cas de paludisme. L’Europe du Sud est également menacée, mais la capacité des systèmes de santé à détecter et à soigner rapidement les malades limite la probabilité d’une propagation du paludisme. »

 

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