Football/Egypte/Algérie

Crise diplomatique après le match

Des policiers devant la boutique de téléphones mobiles saccagée du groupe Egyptien Orascom à Alger, le 16 novembre 2009.
Des policiers devant la boutique de téléphones mobiles saccagée du groupe Egyptien Orascom à Alger, le 16 novembre 2009. Reuters

Depuis plusieurs jours le ton montait autour des matches de qualification pour la Coupe du monde mais après la victoire des Fennecs contre les Pharaons, cela a tourné à la véritable crise diplomatique. Après des violences contre des supporters égyptiens, Le Caire rappelle son ambassadeur en Algérie pour consultations, et convoque l'ambassadeur d'Algérie au caire.

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Avec notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti

Le foot, toujours le foot. Cela a commencé la semaine dernière à l’occasion du match Egypte-Algérie au Caire. Des Egyptiens ont caillassé le bus de l’équipe algérienne ainsi que des supporters. Le lendemain les Algériens répondent par des agressions contre des sociétés égyptiennes et notamment les boutiques d’Orascom Telecom qui possède un des opérateurs de téléphonie mobile en Algérie. Orascom proteste vivement et demande des dédommagements. Le fisc algérien s’aperçoit soudain qu’Orascom a oublié de lui payer quelques six cents millions de dollars d’impôts.

Mercredi c’est le match à Khartoum. Les joueurs Algériens battent les Pharaons et des supporters des Fennecs battent des Egyptiens. Le Parlement égyptien, majorité et opposition, demande au gouvernement de « laver l’honneur des Egyptiens, bafoué par les Algériens ». Le gouvernement rappelle l’ambassadeur en consultation.

Et ce n’est pas fini. Le gouvernement soudanais a convoqué l’ambassadeur égyptien à Khartoum pour lui demander des explications. La veille, le ministre égyptien de l’Information avait menacé d’envoyer des troupes à Khartoum si la sécurité soudanaise ne défendait pas les Egyptiens. Et pendant ce temps là en Algérie on a fait la fête toute la journée pour célébrer la victoire des Fennecs, les joueurs qui ont reçu un accueil délirant.

Le panarabisme en prend un coup

L’opinion publique égyptienne est en colère contre l’Algérie, le Soudan, mais aussi le panarabisme. Contre l’Algérie, la rue alimentée par le roulement continu des médias crie vengeance. On ne parle plus de foot, mais des agressions dont étaient victimes des dizaines de supporters égyptiens après le match de Khartoum. Un crime prémédité, selon des politiciens, des poètes, des acteurs ou des anonymes intervenant sur les radios-télévisions.

Pour ces derniers, le Soudan a été le complice passif du crime. Autant de raisons pour faire regagner en popularité un président Moubarak vieillissant. Sa colère rendue publique, comme ses menaces d’interventions musclées contre les agresseurs des Egyptiens, ont redoré le blason du rais. Comme du temps de la signature du traité de paix avec Israël et de la rupture avec le monde arabe, beaucoup d’Egyptiens renient le panarabisme. « Nous sommes les descendants des anciens Egyptiens et non des Arabes », a-t-on pu entendre sur de nombreuses chaînes. Un discours inconcevable, il y a une semaine à peine. Sentiment durable ou emportement passager dû à la défaite, les prochains jours le diront.
 

Pour l’instant, l’Algérie n’a pas réagi officiellement à la décision égyptienne de rappeler son ambassadeur. Mais depuis le début des tensions entre les deux pays, le gouvernement algérien a plutôt choisi le silence.

Après l’agression des joueurs de l’équipe nationale au Caire, puis celle des supporters, les autorités ont joué la carte de l’apaisement en ne condamnant pas les violences et en ne demandant pas l’annulation du match de samedi.

Cette attitude des autorités algériennes est mal perçue de la population ici qui aurait voulu qu’elle réponde fermement aux attaques égyptiennes, notamment à celles de certaines télévisions très regardées ici et qui ont, selon elles, dépassé les bornes. Le 19 novembre, certains médias exigeaient via leur site Internet, une réaction. Bouteflika haussera-t-il le ton ? Il n’a plus le choix. Les Algériens n’accepteront plus une autre humiliation, affirmait ainsi le quotidien El Watan.

A lire e écouter: la revue de presse Afrique de RFI

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