Royaume-Uni / Irak

La participation du Royaume-Uni à la guerre en Irak en question

Les troupes britanniques se sont retirées d'Irak en juillet 2009 avec un bilan de 179 morts dans leurs rangs.
Les troupes britanniques se sont retirées d'Irak en juillet 2009 avec un bilan de 179 morts dans leurs rangs. ( Photo : AFP )

Les cinq membres de la commission d'enquête, réclamée par les victimes britanniques de la guerre en Irak, entament ce mardi les audiences publiques des acteurs de cette guerre: du simple soldat aux plus hauts dirigeants. Témoin très attendu: l'ancien Premier ministre Tony Blair.

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179 militaires britanniques ont perdu la vie au cours de ce conflit. Leurs parents veulent connaître les vraies raisons de cette guerre et s’interrogent sur sa légalité ainsi que sur les problèmes de matériels et d'équipements qui auraient pu mettre en danger la vie de leurs proches. Il a fallu attendre le retour d’une bonne partie des troupes pour que l’enquête puisse commencer. Les cinq premières semaines d'audiences devraient permettre d’établir un compte rendu fiable de l'engagement britannique en Irak entre 2001 et le retrait de la plupart des soldats en 2009. C’est en tout cas l’objectif que s’est fixé le président de la commission, Sir John Chilcot, 70 ans, ancien haut fonctionnaire britannique en Irlande du Nord puis au ministère de l’Intérieur, qui connaît bien le milieu du renseignement.

La commission de Sir Chilcot est déjà sous le feu des critiques. Sera-t-elle suffisamment indépendante ? Sir Chilcot promet que son rapport ne servira pas à blanchir les autorités britanniques, qu’il sera complet et incisif et qu’il n’épargnera personne. La commission entendra dans un premier temps des responsables militaires, des diplomates et des hauts fonctionnaires ayant conseillé le gouvernement sur la marche à suivre en Irak ainsi que d’anciens responsables du MI6, les services de renseignement extérieur, qui ont monté le dossier sur les armes de destruction massive prétendument détenues par Saddam Hussein. Un dossier qui a servi de prétexte à la guerre.

L’ancien Premier ministre travailliste, Tony Blair, auditionné

C’est lui qui a pris la décision ultime d’envoyer 45  000 soldats britannique en Irak, aux côtés des troupes américaines, contre l’avis de la majorité de sa population et sans l’aval des Nations unies. Une décision qui a fini par lui coûter cher. D’abord, son départ anticipé du 10 Downing street, en juin 2007, puis, jeudi dernier, la présidence de l’Union européenne, qu’il convoitait mais qui a été attribuée au Premier ministre belge Herman Van Rompuy. Il sera interrogé sur les raisons de l'entrée en guerre du Royaume-Uni aux côtés des Etats-Unis en 2003. Les familles des militaires britanniques tués en Irak lui reprochent d'avoir embarqué le Royaume-Uni dans une guerre illégale et d'avoir trompé l'opinion publique sur les raisons de cet engagement. Les accusations portées par l’administration Bush et le gouvernement de Tony Blair contre Saddam Hussein n’ont jamais pu être démontrées. L’ancien Premier ministre britannique a fait savoir qu’il coopérerait pleinement à l’enquête. Son audition n’aura pas lieu avant le début de l’année 2010.

Londres n’avait pas planifié l’après-Saddam et les relations avec l’état-major américain étaient désastreuses

La commission se penchera aussi sur l’échec de la reconstruction de l’Irak après la chute de Saddam Hussein. Le manque de préparation ressort d’interviews officielles menées par le ministère de la Défense auprès de commandants britanniques de retour de mission après les premières années de pacification en Irak. Des extraits ont été publiés dans le Sunday Telegraph, ce week-end. Il apparaît que le service du Foreign Office en charge de la planification de l’après-guerre en Irak n’a été mis en place qu’en février 2003. C'est-à-dire, trois semaines avant le début de la guerre. Ce qui a sans doute contribué au chaos après l’intervention militaire. Dans un de ces documents, le chef des troupes britanniques en Irak, le colonel Tanner, décrit ses collègues américains comme « un groupe de Martiens pour qui dialoguer est une monstruosité et qui malgré notre soi-disant ‘relation spéciale’ nous traite exactement de la même manière que les soldats portugais ».

Plus grave : les soldats britanniques auraient été mal équipés

Leur vie aurait été mise en danger en raison du manque de matériel. Le gouvernement travailliste se serait désintéressé de ce problème. Des équipements mal adaptés, des livraisons qui tardent, une mauvaise organisation. Gravissime, quand il s’agit d’une rupture de stock de munitions. Des soldats sont partis au front, au début du conflit, avec pas plus de cinq balles chacun dans leur chargeur et du matériel de communication qui rendait l’âme sous la chaleur de midi. Voilà le genre d’information qui a choqué la population britannique et que la commission va devoir vérifier et évaluer.

La commission d’enquête veut tirer les leçons du conflit. Elle risque de démontrer que faire tomber un régime inique peut tourner à la tragédie surtout quand cette mission est mal préparée. Le rapport ne devrait pas être rendu public avant l’été 2010, c'est-à-dire après les prochaines élections législatives en Grande Bretagne. 

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