Cambodge / Justice internationale

Début des réquisitoires contre Duch

Duch et son avocat François Roux.
Duch et son avocat François Roux. REUTERS/Mark Pitters

Au tribunal international chargé de juger les Khmers rouges, les réquisitoires ont commencé ce mardi 24 novembre contre l'ancien patron de la prison S-21, Duch. Un des co-procureurs, après avoir montré que le prévenu était « l'efficacité impitoyable personnifiée », a réclamé contre lui une longue peine de prison. Duch est poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, pour avoir organisé la torture et l'exécution de quelque 15 000 personnes entre 1975 et 1979.

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Avec notre correspondante à Phnom Penh, Anne-Laure Porée

L’affluence du public était frappante au tribunal en début de journée à Phon Penh. Des bonzes, des paysans, des étudiants ont remplis bien plus que sa capacité la salle d’audience, le personnel du tribunal y a même été obligé d’y faire des rotations.

La procureure cambodgienne a commencé son réquisitoire de début de journée sans
démonstrations chocs, pas de  propos enflammés en livrant un descriptif qui revient sur les faits abordés pendant les 73 journées d’audience, en rappelant que l’exécution était une certitude dans le centre S21 et que la torture y était une routine.

 Elle a expliqué également pourquoi S21 était un centre unique en son genre, parmi ses arguments : S21 était au sommet de la hiérarchie des prisons Khmers rouges, les prisonniers les plus importants y étaient envoyés,  les milliers de pages de confessions extorqués aux détenus sont sans équivalents.

L’objectif a été de montré que Duch n’était pas un simple directeur de prison et qu’il a nourri la paranoïa du régime dont il était bien un haut responsable.

 

« Duch a tout fait pour préserver ses privilèges de directeur »

« L’accusé n’était ni prisonnier, ni otage, ni victime du régime » c'est sur cet axe que le procureur William Smith a construit sa démonstration.

Alors que son homologue cambodgienne, Chea Leang, a décrit en début de journée ce qu’était S-21, à savoir « un centre dont personne ne sortait vivant, un lieu où la torture était une routine et qui se situait au sommet de la hiérarchie des prisons des Khmers rouges »; alors qu’elle a insisté sur la nature des crimes commis dans cette chambre de la mort, William Smith, lui, s’est concentré sur le rôle actif de l’accusé dans la formation de ses subordonnés, dans le fonctionnement efficace de S-21 et même dans la pratique de la torture.

Il a pointé l’absence totale d’empathie pour les détenus et les manœuvres de Duch pour préserver ses privilèges de directeur. Il a souligné la foi profonde de l’accusé dans le communisme qui l’a conduit à servir les Khmers rouges, longtemps après la chute du régime.

Au terme de cette journée, les charges sont accablantes. Quelles sentences demanderont les procureurs ? La question reste ouverte puisque l’audience s’est terminée brutalement sur un problème technique.

William Smith reprendra son réquisitoire mercredi 25 novembre, juste avant que Duch ne s’exprime devant les juges.

 

 

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