Accéder au contenu principal
Exposition & Bruxelles

Voyage en Antiquité avec Paul Delvaux

"Pygmalion" (1939)
"Pygmalion" (1939) Paul Delvaux Foundation
Texte par : Elisabeth Bouvet
4 mn

Les Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles proposent une exposition qui explore le thème de l’Antiquité dans l’œuvre du peintre belge, une des facettes encore mal connue de son travail. Pourtant, et avant même que Paul Delvaux (1897-1994) ne découvre ces lieux mythiques que sont Pompéi, l’Acropole ou Ephèse, ses toiles sont traversées de réminiscences antiques. Paul Delvaux et le monde antique, c’est donc à découvrir jusqu’au 31 janvier.

Publicité

Quand l’on songe à Paul Delvaux, on voit aussitôt apparaitre du fond de notre mémoire - et de ses toiles à lui - des figures féminines à peine réelles et très souvent hiératiques. Nul besoin que ces femmes déambulent dans des décors - et des habits - de circonstances pour immédiatement évoquer la statuaire grecque ou romaine. On le sait, et Paul Delvaux ne s’en est jamais caché, sa culture classique était immense, et son inclination pour le surréalisme ne pouvait que réactiver, entretenir ce penchant naturel. L’onirisme qui nimbe ses tableaux d’un parfum d’intemporalité a, de fait, tout à voir avec ces contrées lointaines que sont Pompéi, l’Acropole, Herculanum ou encore Ephèse qu’il n’attendra pas de visiter (à partir de la fin des années 1930 pour ce qui est de l’Italie, et de 1956 en ce qui concerne la Grèce) pour les matérialiser.

« Depuis deux mille ans, tout est là. L’Antiquité est présente, encore vivante, on peut la voir, la sentir. Pompéi […], ce n’est pas un ensemble de ruines, mais le squelette d’une civilisation. Et pour moi, le squelette est un élément de vie très intense ». Cette citation de Delvaux inscrite sur l’un des murs de l’exposition pourrait figurer au fronton de chacun des temples peints, en abondance, à partir des années 1930 même si l’élément essentiel autour duquel s’organisent ses toiles reste l’agora, symbole de la cité idéale, ce qui ne va pas d’ailleurs sans rappeler les places écrasées de soleil dans les tableaux de Di Chirico, autre grand connaisseur de l’Antiquité. Mais à l’inverse de l’Italien, les espaces de Delvaux sont traversées de femmes-statues silencieuses, souvent dénudées auxquelles se mêlent parfois un adolescent nu ou un homme en chapeau melon et long imper, « à la Magritte ». Autrement dit, là où Di Chiricho distille une forme invisible de mystère et d’inquiétude, Delvaux renvoie lui à une forme minérale d’harmonie rayonnante. En apparence. 

Ce va-et-vient entre l’Antiquité et l’époque contemporaine est une façon, en ces temps tourmentés de montée des totalitarismes en Europe, de stigmatiser le danger imminent, et de se réfugier dans le souvenir contemplatif d’un monde qui devient pour lui « le réceptacle de l’imagination moderne », ainsi qu’on peut le lire dans le catalogue de l’exposition. Dans le tableau où figure cet homme au chapeau melon lisant un journal alors que des myriades de jeunes femmes font corps avec la nature environnante, le temple qui occupe la partie gauche de la toile est en train de s’émietter, distillant ainsi l’idée de ruines, d’écroulement. On sait que les idées d’ordre et d’harmonie chères aux régimes autoritaires trouvaient une sorte de correspondance idéale dans le monde gréco-romain.

Une incise contemporaine qui n’enlève rien à l’aspect énigmatique, immatériel qui nous saisit, et nous attire. Même ce voyage éminemment intérieur et secret réussit à nous entraîner vers ce non-lieu sacré où déesses et Apollons se croisent sans heurts, vers ce décor souvent entre chien et loup qui bien que nourri aux sources du réel dessine un univers complètement fictif, parfaitement intrigant mais pas le moins du monde hermétique. On se souviendra longtemps par exemple de cette Vénus monumentale allongée telle une odalisque et dont les formes opulentes masquent une esplanade entourée de colonnades, alors que la nuit donne à l’ensemble une coloration onirique. Avec elle, on est aussi dans cette longue lignée de peintres qui du Titien à Ingres ont tous revisité l’Antiquité. Paul Delvaux s'inscrit évidemment dans ce jeu de miroir, dans cette réflexion-là, aussi.  

"Jeune fille devant un temple" (1949)
"Jeune fille devant un temple" (1949) Paul Delvaux Foundation

Paul Delvaux et le monde antique, aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles où se tient également la manifestation Europalia-China, un ensemble de concerts, expositions, films dédiés à la Chine, contemporaine et traditionnelle. C'est au Bozar, à deux pas des Musées royaux.    

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.